50/50 (Jonathan Levine, 2011)

de le 10/11/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Jonathan Levine a du talent, beaucoup de talent. Il l’avait prouvé avec l’excellent et pourtant inédit en salle All the Boys Love Mandy Lane, qui partait sur une trame classique pour proposer un exercice des plus réjouissants autour du passage cruel à l’âge adulte et des figures imposées du slasher qui se voyaient transformées. Il avait semble-t-il confirmé avec The Wackness en 2008 pour une incursion dans la comédie dramatique. Et le bougre réalise la passe de trois avec 50/50, un objet cinématographique multi-facettes au charme incroyable. 50/50 c’est un sujet à priori ultra casse-gueule, celui d’un trentenaire à qui est diagnostiqué une vilaine tumeur. Mais 50/50 c’est un traitement tellement intelligent que même s’il n’aura pas le label « nécessaire » ((celui synonyme de « si tu n’aimes pas tu es un nazi »)) il touche le spectateur à tous les étages en fonctionnant sur deux niveaux distincts qui cohabitent parfaitement, à l’image du duo d’acteurs à priori improbable mais qui fait des étincelles. En fait, 50/50 réussit là où la plupart des tentatives se plantent tout en surfant sur cet étrange phénomène qu’est le cancer au cinéma et à la TV, avec The Big C par exemple.

Avec 50/50 Jonathan Levine laisse quelque peu de côté ses ambitions formelles, adoptant un style assez transparent de comédie US calibrée pour mieux se concentrer sur son récit et ses acteurs, moteurs uniques d’un projet à risques. Les pièges tendus à une comédie qui abordent le cancer sont tellement gros qu’ils semblent infranchissables, avec d’un côté le pathos lié à la maladie – qui vient en plus frapper un jeune homme au mode de vie plutôt sain – et de l’autre un humour délicat à gérer étant donné le sujet. C’est pour cela que la forme du buddy-movie immobile convient finalement le mieux, chaque entité du duo catalysant un des aspects du film. Pour le drame, c’est Joseph Gordon-Levitt qui s’en charge, laissant au spécialiste Seth Rogen les pirouettes humoristiques sans filet. Et ça fonctionne. Celui qui jadis nous faisait vivre les tourments d’une jeunesse détruite dans Mysterious Skin possède aujourd’hui les épaules et le talent pour un rôle d’une telle stature, tandis que la star de l’écurie Apatow, également producteur, assure dans sa spécialité : l’humour bien gras et les vannes au-dessous de la ceinture. Une véritable alchimie se crée entre eux, tout comme avec les seconds rôles féminins. Anna Kendrick pousse bien plus loin sa construction d’un personnage de débutante dans un métier complexe que ce qu’elle avait entamé dans In the Air, composant une psy d’abord agaçante puis vraiment touchante, tandis que Bryce Dallas Howard trouve un nouveau rôle de connasse lâche et destructrice qu’elle endosse avec brio. C’est en partie dans ces choix osés que se situe la réussite délicate de 50/50, une comédie dramatique sans cesse dans une partition de funambule et qui provoque autant de larmes par le rire que par le poids du drame. Et c’est finalement rassurant de voir des auteurs capables de jongler efficacement avec des sujets de société très actuels et très lourd sans tomber dans la facilité. D’autant plus rassurant qu’il s’agit là du premier scénario de Will Reiser, un des rares jeunes scénaristes à ne pas être issu de la TV.

Une TV par ailleurs bien présente dans la construction du film. En effet, 50/50 utilise des éléments de sitcom mis en scène comme du cinéma pour la majeure partie du film. Des éléments intéressants comme un nombre de lieux restreint et qui permet la prise de pouvoir totale des personnages sur l’environnement, avec nombre de scènes finalement attendues mais qui emportent l’émotion par le talent des acteurs. Et si le personnage de Joseph Gordon-Levitt apparaît clairement comme le personnage central du récit, c’est à travers celui de Seth Rogen que va s’opérer le basculement dramatique essentiel du dernier acte. Toute cette construction à l’équilibre difficile pour utiliser les passages obligés, de la première chimiothérapie aux groupes de soutien en passant par la tonte du crâne du malade, mais les transcender par un humour sensible – on n’oublie jamais la maladie et l’ombre de la mort – emmène le spectateur vers un dernier acte émotionnellement puissant. Le drame prend alors le pas sur la comédie, mais sans lourdeur, simplement de façon naturelle à travers les coeurs qui s’ouvrent enfin, les personnages qui se parlent vraiment. Et si on n’est peu surpris par le dénouement, il faut bien avouer que 50/50 nous fait vivre quelque chose d’intense, à la fois dans le rire et dans les larmes. Une nouvelle preuve qu’on peut rire de tout quand on possède un peu de talent.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le quotidien d'Adam, 27 ans, bascule le jour où il est diagnostiqué d'un cancer. Il l'annonce alors à sa petite amie, son meilleur ami et sa mère qui, tous trois, vont réagir différemment à la nouvelle et conduire le jeune homme à s'interroger sur la manière dont il veut vivre cette épreuve.