5 ans de réflexion (Nicholas Stoller, 2012)

de le 22/07/2012
 
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Dans la grande galaxie Apatow, Jason Segel et Nicholas Stoller continuent leur petit bonhomme de chemin en s’imposant comme des maillons essentiels du système. Le premier comme acteur et scénariste, le second comme scénariste et réalisateur, on les trouve sur à peu près tous les bons coups de ces dernières années. Avec 5 ans de réflexion, c’est le grand dépoussiérage d’un des genres les plus tristement codifiés d’Hollywood, avec ses acteurs interchangeables, ses intrigues clonées et ses bons sentiments tellement surréalistes qu’ils finissent par donner la nausée. Du cinéma de mamie qui n’a plus rien à raconter de neuf. Et là, le miracle. Toutes ces années d’errance pour nous endormir et nous préparer à LA comédie romantique parfaitement construite, qui ne cède à la norme qu’en de rares occasions, construites sur des situations aussi burlesques que réalistes, des personnages hors des caricatures et un vrai sens du rythme. 5 ans de réflexions c’est le film qui venge le spectateur de toutes ces horreurs avec Katherine Heigl ou Sandra Bullock, en y apportant des trucs tout bêtes : des personnages consistants et un script intelligent.

La première belle idée de 5 ans de réflexion est de bâtir son discours sur un couple lambda. Ils ne sont ni des psychopathes en puissance, ni des dépressifs, ni des originaux, ils correspondent tout à fait à l’idée d’un couple qui serait formé par Jason Segel et Emily Blunt, des Monsieur et Madame tout le monde en puissance. Les archétypes de comédie sont relégués au rang de seconds rôles, savoureux et venant pimenter le film sous forme de ruptures rythmiques. Aussi bête soit-elle, cette idée redéfinit en quelque sorte les enjeux de la comédie romantique qui se retrouve projetée vers le réel, sans que cela empêche le film d’être drôle. Et il l’est plutôt beaucoup, avec des gags imparables (le vomi, un grand classique réinventé, la séance de chasse, la poursuite…) et parfois de mauvais goût, mais la palette humoristique développé ici provoque de véritables réjouissances. Côté comédie pure, 5 ans de réflexion est donc très efficace. Il en est de même dans la romance, enfin crédible et qui permet donc une identification immédiate. On assiste à un modèle d’histoire d’amour contrariée dans l’air du temps, assimilant l’idée bien réelle qu’une romance ne peut pas être idéale comme dans un conte de fées, que le sens du sacrifice fait partie intégrante de la vie de couple. Ainsi le film offre une vision extrêmement lucide d’une relation « classique » qui s’éloigne de la version idéalisée et totalement utopique véhiculée par la masse de comédies romantiques. Mieux encore, la « patte Apatow » fait mouche lors d’une longue partie qui plonge directement dans une phase dépressive, qui vient donner au film un ton presque noir, jouant pour beaucoup dans sa réussite. Cet acte entièrement voué à la chute du couple, imparable et logique, est à la fois drôle et pathétique, fondé essentiellement sur les failles de la relation et non son ciment. Et comme souvent chez Apatow, tout va très loin, jusqu’à l’excès même quand les scènes de gag ou de malaise s’étirent plus que de raison jusqu’à créer une vraie sensation de gêne. Et le fait est qu’en poussant ainsi jusqu’à la limite une situation de couple tout à fait crédible, mettant en lumière les sacrifices qui se cognent aux idéaux (le simple fait de mettre en place une situation qui entraîne un choix entre la situation professionnelle de l’homme et celle de la femme, sans consensus possible, ne peut donner lieu qu’a du machisme ou du féminisme primaire) permet finalement une analyse psychologique assez fine du fonctionnement d’un couple. Drôle et intelligent, 5 ans de réflexion l’est assurément, malgré de vraies limites à l’exercice.

La première, sans doute intimement liée à la société américaine, vient de cette obsession pour le mariage qui est vu non seulement comme un idéal de vie à deux mais surtout comme la solution miracle à tous les problèmes du couple. Et cette vision à sens unique de l’utopie maritale, à peine écorchée par le couple Chris Pratt/Alison Brie qui montre de sérieux signes de crise de nerfs, pose les vraies limites de l’exercice. Car il n’y a finalement pas de véritable réflexion sur le mariage dans tout ça, à l’exception de 2-3 punchlines comiques un peu limites. L’institution est là et elle représente ce après quoi le couple court pendant tout le film. On sait qu’à partir du moment où ils vont se marier, s’ils y parviennent, ça sera la fin. C’est donc plutôt dans le traitement du couple au sein du genre « comédie romantique » que le film est intéressant plus que dans cet enjeu principal un brin simpliste et traditionnel, obsession de Judd Apatow. Bien plus intéressant est le basculement constant entre l’homme et la femme, entre la gentille humiliation et la prise de pouvoir, qui ne peut déboucher que sur une situation qui ne satisfera pleinement personne. Mais le jeu mis en place, de domination en même temps que jeu amoureux, est intéressant et prend plusieurs fois la norme à revers. C’est mis en scène comme toute comédie de luxe, sans éclats mais avec une réelle application, Jason Segel et Emily Blunt sont formidables, comme la plupart des seconds rôles. Dommage que la réussite de l’ensemble soit un peu plombée par cette morale à sens unique et certains clichés vieillots qui ternissent vraiment le désir de 5 ans de réflexion de se démarquer de la masse de comédies romantiques.

FICHE FILM
 
Synopsis

De l’avis général, Tom et Violet sont faits l’un pour l’autre et pourraient constituer le couple marié idéal. Lui, star de la haute cuisine de San Francisco, est prêt à rejoindre le gotha de la gastronomie californienne ; elle est une brillante doctorante en psychologie sociale à Berkeley. Deux «winners»… mais voilà que ce mariage imminent devient soudain un problème. Violet, rejetée par l’université dont elle rêvait, se rabat sur celle d’Ann Arbor, dans le Michigan. Tom se sacrifie pour la suivre, pensant que la «noce parfaite» peut attendre quelques mois. Puis d’autres obstacles, inattendus, se profilent, s’enchaînent. Le couple diffère, hésite, tergiverse… les mois passent, puis les années. Promesses en cascade, toujours remises en question… Cinq ans de réflexion…