3h10 pour Yuma (James Mangold, 2007)

de le 29/08/2009
 
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Le western au cinéma est mort il y a déjà longtemps, précisément en 1992 pour le western américain avec Impitoyable du grand Clint et bien plus tôt, en 1968 pour le western italien par l’ultime Il était une fois dans l’Ouest… deux chefs d’œuvre à jamais inégalables qui ont scellé le destin d’un genre qui a pourtant fait vivre le cinéma pendant de longues années. Mais malgré ça, on voit de temps en temps ressurgir, le temps d’un film ou deux, cet univers magique fait de crasse, de poussière, d’alcool et de sang… le genre n’étant plus vraiment bankable, c’est toujours des réalisateurs intéressants qui s’y collent! Sam Raimi sur Mort ou Vif, Ed Harris sur Appaloosa, Takashi Miike avec Sukiyaki Western Django, Alex de la Iglesia avec 800 Balles, les frères Coen avec No Country for Old Men, Andrew Dominik avec l’assassinat de Jesse James, John Hillcoat avec The Proposition… soit des purs westerns soit des variations passionnantes du genre. Et puis il y a l’inégal James Mangold qui décide de sortir un remake du classique 3h10 pour Yuma de Delmer Daves (1957)… fait rare, le remake est vraiment réussi!!!

Mangold s’est déjà frotté au western mais de façon détournée sur son excellentissime CopLand, cette fois il l’aborde de façon frontale en réadaptant la nouvelle d’Elmore Leonard et en développant certaines parties du film de Daves comme le voyage de la ferme de Evans jusqu’à Contention. S’il y a un gros problème dans ce film c’est qu’il est très (trop) classique… dans sa construction, dans sa mise en scène, donc loin de l’extravagance de Raimi mais sans pour autant atteindre la perfection d’Eastwood. C’est dommage car il y avait matière à faire un nouveau classique, il n’est que très bon. Le script, cinquante ans plus tard, reste d’une efficacité redoutable, certes rempli de clichés du genre mais qui fonctionnent toujours. Ainsi on n’évite pas les passages obligés: duels, attaque de diligence, attaque des apaches… mais si ça peut donner envie à de nouveaux spectateurs de découvrir le genre, c’est tant mieux!

Le film fonctionne à travers de nombreuses scènes d’actions très réussies, de superbes paysages… mais il serait juste moyen sans un casting formidable et des personnages à la psychologie complexe est très bien écrite. Ainsi leurs relations prennent une dimension qu’on ne soupçonnait pas, à tel point surprenante qu’à la première vision du film, certaines décisions nous paraissent carrément incohérentes! Mais quand on le revoit et qu’on se penche un peu plus dessus, tout s’éclaire. La relation entre Evans et son fils qui le regarde avec dédain prend tout son sens à la toute fin, c’est cette relation, mise en parallèle avec sa propre enfance, qui va motiver les choix de Ben Wade, choix qui peuvent paraître incohérents. Car Wade, à la différence d’Evans, connaît la sensation d’être admiré (par Charlie, une admiration et un respect qui sont même très proche de l’amour, l’homosexualité latente étant une figure récurrente du western tout comme de ses pendants asiatiques) alors qu’il ne sait rien de celle d’admirer.

Wade et Evans sont à la fois complètement opposés (l’un s’enferme dans sa faiblesse, l’autre a un ego démesuré) mais très proches (tous deux ont sans doute servi pour le Sud, mais l’un d’eux à choisi de devenir hors-la-loi pour continuer sa guerre contre les yankees). Wade, par sa prestance et son audace, devient rapidement un modèle pour le fils d’Evans… alors que lui n’a jamais pu admirer son père… Tout cela va entraîner le film vers une illustration d’une sorte de syndrome de Stockholm mais dans l’autre sens, car le dominant n’est pas celui qui devrait l’être. Bref c’est une idéologie plutôt intéressante qui est développée ici! Et bien sur sans acteurs de talent ça n’aurait jamais fonctionné!

Christian Bale assure comme toujours, et comme d’habitude c’est dans les rôles de personnages faibles qu’il est le meilleur, il est sevi ici avec un looser borderline pris entre l’argent facile et une ligne de conduite qu’il cherche à dicter à son fils. En face de lui, un autre poids lourd, Russel Crowe, parfait en bad guy capable des pires atrocités mais très attirant par sa forme de raffinement et son intelligence. Un bon western mérite toujours un beau duel d’acteurs, on est servi. Au niveau des seconds rôles ça fait plaisir de retrouver Peter Fonda dans le rôle d’un Pinkerton, ordre de pourritures (à la base ils étaient les gardes du corps de Lincoln) perpétuant des massacres au nom d’une soit-disant justice… Et Ben Foster en Charlie, qui encore une fois nous gratifie d’une performance hallucinante. Son personnage est d’une classe folle mais c’est la figure parfaite du bandit à la gachette qui lui démange… son regard halluciné en fait presque le personnage le plus effrayant, après son maître Wade.
Et bien sur on retrouve autour d’eux toute une galerie de sales gueules indispensables à tout western qui se respecte.

Niveau mise en scène, comme je l’ai dit plus haut il n’y a rien d’extraordinaire, c’est simplement élégant et efficace, icônisant à mort le personnage de Charlie à chaque apparition contrairement aux autres qui sont traités avec plus de simplicité… le score de Marco Beltrami colle bien aux images même s’il est un peu en retrait, il se permet lors d’une scène un beau clin d’oeil à Morricone et prend enfin de l’ampleur lors du final.

[box_light]On est là devant une réussite indéniable. Certes 3h10 pour Yuma est un remake, ce n’est pas un modèle d’originalité… mais ça reste un bel hommage en plus d’être un excellent film, avec un scénario efficace, des personnages hauts en couleurs qui lui font prendre vie et un final bien couillu. Pas inoubliable pour autant, ni même le renouveau du genre, mais une belle pierre apportée à l’édifice de sa pseudo-renaissance et la confirmation que James Mangold reste capable de grandes choses.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Revenu blessé de la guerre de Sécession, Dan Evans a établi sa famille dans un ranch. La sécheresse a ravagé ses terres, décimé son troupeau et miné la considération que lui portent sa femme et ses enfants, en particulier son aîné Will, âgé de 14 ans. A la suite d'une attaque de diligence, le célèbre bandit Ben Wade passe par la ville de Bisbee où il est arrêté avec le concours fortuit de Evans. Recherché pour ses hold-up et ses meurtres répétés, Wade doit être convoyé vers Contention, à trois jours de cheval, pour embarquer sur un train à destination de Yuma, où se trouve le tribunal fédéral. Contre une prime qui peut sauver son ranch, Dan Evans s'engage dans l'escorte qui doit accompagner le dangereux criminel. Il est bientôt rejoint par son fils Will, fasciné par l'aura du tueur. Tandis que son gang organise son évasion, Wade engage sur le chemin de Contention un bras de fer psychologique avec ses gardiens, usant à la fois de la peur qu'il leur inspire et de la séduction qu'il exerce sur eux...