360 (Fernando Meirelles, 2011)

de le 07/07/2012
 
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Jusqu’à présent, le brésilien Fernando Meirelles pouvait se targuer d’une œuvre relativement colossale malgré le peu de films réalisés, et ce même si Blindness en avait déjà déçu beaucoup. Adapter aussi brillamment John le Carré puis José Saramago n’était pas à la portée de n’importe qui. Avec 360, il livre une nouvelle adaptation, cette fois il s’agit de la pièce de théâtre à scandale La Ronde d’Arthur Schnitzler qui donna lieu à toutes sortes de réactions répugnantes au début du siècle dernier. 360 en est une adaptation très libre assurée par le très sérieux Peter Morgan (scénariste de The Queen, Frost/Nixon, l’heure de vérité ou encore Le dernier roi d’Écosse) qui sert de base à un véritable exercice de style pour Fernando Meirelles. Quelque part dans les traces d’Alejandro González Iñárritu il signe un film choral à la structure étonnante mais qui peine à dévoiler son véritable sujet. A moins qu’il n’en ait pas vraiment besoin et que la démonstration technique lui suffise. C’est dommage, car ces destins croisés d’handicapés sentimentaux auraient pu créer un véritable tourbillon émotionnel, on en reste malheureusement exclu à observer à distance cette valse de personnages.

L’exercice du film choral est toujours périlleux car chacun doit trouver sa place dans un récit cohérent, chacun doit pouvoir exister et alimenter le discours afin que cela ne ressemble pas à une vulgaire réunion d’acteurs qui se croisent. 360 reprend l’idée de base de la pièce consistant à se concentrer sur des tableaux de mettant en scène que des couples. Ainsi, de l’intimité d’une chambre au fourmillement ininterrompu d’un aéroport, Fernando Meirelles fait tout ce qu’il peu pour conserver du mieux possible ce dispositif et toujours isoler deux personnages dans le cadre. Car 360 est un film qui cherche à scruter l’échange, les relations entre hommes et femmes, dans ce qu’elles peuvent avoir de plus simple ou de plus complexe. Donc chaque plan devient un tube à essai dans lequel deux êtres vont interagir. Plutôt passionnant sur le papier, le résultat à l’écran reste extrêmement bancal. Le principal problème vient du fait qu’on ne sait pas vraiment où le réalisateur souhaite aller. On y croise une multitude de personnages qui ne savent pas aimer, qui ont souffert par amour, qui sont détruits par la passion ou par les regrets de ne pas avoir vu l’amour devant eux. On y voit des êtres devenus des fantômes, qui passent d’un aéroport à une chambre d’hôtel, d’un bar à une voiture de luxe, des hommes et femmes qui semblent tous suivre une thérapie. Que ce soit à travers une psychologue, un guide religieux, une forme d’éducation ou même une prison, tous vivent une expérience au cours de laquelle ils cherchent à soigner cet handicap émotionnel, du plus extrême au plus bénin. Là encore, 360 ne s’envole jamais, se contentant d’observer ses cobayes sans chercher à construire une véritable évolution. Il s’agit clairement d’un instantané de presque deux heures de comédie humaine, ou plutôt de tragédie tant la petite évolution de chacun passe par une certaine violence des actes. Là où Wong Kar Wai, cité par Meirelles tous les 3 plans, en aurait fait une grande valse romantique de corps abimés, lui se contente de guetter la faute, de capter un regard ou un début d’émotion. C’est un parti-pris clair et courageux mais qui aboutit sur une œuvre froide alors qu’il est question d’amour et de passion du début à la fin. Et il est bien difficile de se sentir proche de ces pauvres personnages qui ont tout pour créer de l’empathie mais dont on reste à une distance sure, à l’inverse du réalisateur qui aime les filmer au plus près. Et au final, que cherche à dire Fernando Meirelles ? Que l’amour est une chose complexe et qu’il faut saisir chaque chance de le vivre ne serait-ce qu’un peu mais intensément ? C’est un peu léger tout de même.

Pourtant, on trouve dans 360 des séquences magnifiques, dans ce qu’elles montrent. Un tour en Mercedes entre deux inconnus, une rencontre tendue à l’extrême entre un délinquant sexuel et une jeune fille très libre et alcoolisée, les révélations d’un père détruit de l’intérieur… 360 ne manque pas de belles séquences mais peine à en tirer un ensemble solide. Chaque petit destin en lui-même est fascinante, chaque faille, chaque blessure intime, mais cette boucle narrative qui doit être bouclée l’est de façon totalement artificielle en jouant de la répétition (la scène d’ouverture et la scène de conclusion) plutôt que de façon naturelle. Il manque tout simplement à 360 le ciment des grands films chorals, un fil directeur solide et un objectif commun à tous ses destins. Fuite en avant, fourberies, vengeance, violence ou manipulations, le film est riche en analyse de l’âme humaine mais il oublie la conclusion de son étude. Reste l’exercice de style, brillant. En effet, en plus de la démonstration de découpage et de mise en scène, avec une construction des plans toujours complexes, avec toujours un élément de premier plan pour créer une intimité avec le spectateur, une grammaire filmique très travaillée, 360 est un fascinant exercice de montage. De ses split-screens casse-gueules à ses transitions d’une élégance folle, on sent bien que Daniel Rezende, monteur souvent génial, s’est fait plaisir. Sauf qu’à faire dans la démonstration technique, le film impressionne pour les mauvaises raisons, et tous ces beaux acteurs tous excellents dans leurs compositions, dont un Anthony Hopkins bouleversant, un Ben Foster toujours sur la brèche ou une Rachel Weisz fragile et rongée par le doute, ne sont plus que des marionnettes agitées pour montrer à quel point Fernando Meirelles est un metteur en scène doué. Dommage, car à l’image de cet avion qui habite de nombreux plans, le cœur de 360 ne fait que s’échapper et le transforme en beau film, magnifique même, mais qui ne raconte pas grand chose…

FICHE FILM
 
Synopsis

Fernando Meirelles et Peter Morgan (scénariste de The Queen, Frost/Nixon ) nous présentent 360, une relecture moderne et dynamique de la pièce La Ronde, d’Arthur Schnitzler. Une histoire d’amour chorale où les destins de personnages d’horizons différents s’entrecroisent.