2012 (Roland Emmerich, 2009)

de le 02/05/2010
 
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2012, fin du monde selon le calendrier Maya, bizarrement plus on s’en approche plus on prend cette prédiction au sérieux. Sauf que quand on s’appelle Roland Emmerich on y voit surtout matière à sortir le chef d’oeuvre de toute une carrière, LE film catastrophe ultime relayant tous ses modèles à l’état de gentils amusements avec 3 immeubles qui s’effondrent. Et étant donné le talent indéniable du bonhomme pour filmer des catastrophes (on peut lui en reprocher des choses mais pas celle-là) on était en droit d’attendre quelque chose d’impressionnant, d’autant plus que les diverses bandes annonces ne laissaient aucune place au doute: on allait vivre la fin du monde au cinéma! Sorte de plaisir coupable ultime en fait. Surtout qu’on a toujours en mémoire un certain Jour d’Après loin d’être mauvais (tout en étant loin d’être bon c’est vrai) et qui semblait représenter un tournant dans la filmographie de l’allemand, même s’il est retombé dans ses pires travers lors d’un 10.000 de sinistre mémoire. Sauf qu’arrivé au terme des 2h40 de film, on n’a qu’une seule envie, crier au scandale, à l’arnaque, au vol!! Non pas qu’on s’attendait à un chef d’oeuvre, vu l’énergumène aux manettes ce serait naïf, mais on est très très loin du grand spectacle qui nous a été promis. En fait avec le recul la vraie grande qualité de 2012 est qu’il nous permet de re-évaluer à la hausse d’infâmes bouses telles que le Pic de Dante ou Volcano, au même titre que tous ces téléfilms catastrophes diffusées sur M6 aux heures de faible audience. Le pays des blockbusters sans âme et ennuyeux à mourir vient de trouver son roi, et Emmerich confirme (une fois de plus) qu’il est un des plus grands tâcherons d’Hollywood.

2h40 quand on se fait chier c’est très long, et grâce à 2012 on en fait la pénible expérience. Pendant les premières 45 minutes, le réalisateur ne fait ni plus ni moins que répéter l’éternel schéma de ses films, à savoir de longues introductions qui multiplient les personnages à la manière d’un film choral. Aux USA, en France, en Inde, on sent déjà poindre l’ennui devant ces micro-récits auxquels on ne peut pas vraiment prêter d’attention tant ils sont inintéressants. On sait déjà ce qu’il va se passer entre eux avant même le drame pour lequel on patiente, on voit venir le pathos bas de gamme à des kilomètres avec l’écrivain raté, divorcé, qui voit ses gosses de temps en temps, le pauvre génie scientifique indien, le président afro-américain… du déjà vu tellement souvent! Et ça ne s’arrange pas quand Emmerich nous sort la pire collection de clichés possibles qui en vient à provoquer un réel écœurement.

[quote]Nous étions prévenus… mais pourquoi sommes-nous allés le voir?

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Cela va de l’image des russes qui sont tous des milliardaires et se tapent des jeunes blondes sans cervelle au sauvetage du chien au péril de sa vie (il a un réel problème avec les chiens Roland) en passant au hasard par les suisses qui vont garder les oeuvres d’art, les chinois capables de tout construire en un temps record devenant le dernier espoir de la planète, les réconciliations père/fils à l’aube de la mort, le sacrifice du président qui va se recueillir dans sa chapelle privée ou encore l’illuminé écolo qui vit dans un camping-car et qui savait lui qu’il y avait un complot derrière tout ça. C’est l’indigestion totale, avec le vomi assuré. Mais on se dit qu’on va passer outre tout ce bavardages incessant et qu’on va avoir notre fin du monde démentielle en 5.1, et que rien que pour ça on va l’aimer le film. Sauf que là, c’est la douche froide. Sur ces longues 2h40, on n’a que 40 minutes de catastrophe à se mettre sous la dent, c’est très peu et si on ajoute que les scènes les plus impressionnantes avaient déjà été dévoilées dans les diverses bandes annonces, il devient clair qu’on peut parler d’arnaque.

Comme dans tout film de Roland Emmerich on a droit à une brochette d’acteurs has-been qui cachetonnent, cette fois c’est Danny Glover en président, John Cusack en anti-héros (mais qui devient héros quand même), Thandie Newton (plus never-been que vraiment has-been) en fille du président un peu rebelle mais surtout pas trop. Tous sont mauvais et semblent être là simplement pour leur chèque, à l’exception d’Oliver Platt plutôt convaincant en grosse pourriture mais surtout Woody Harrelson en prophète hippie qui en fait des tonnes dans le surjeu mais qui a le mérite de livrer quelque chose d’intéressant et de paradoxalement naturel. Niveau mise en scène c’est du trompe l’oeil permanent, souvent mou du genou sauf pendant ces fameuses 40 minutes où la caméra vire au rollercoaster, comme d’habitude la bande son sort volontiers les violons jusqu’à outrance, bref c’est du réchauffé sans la moindre prise de risque et sans style.

Emmerich s’essaye en vain au message social en taclant généreusement les riches et les élites sauf que finalement il n’y a qu’eux qui s’en sortent, il tombe dans le happy end le plus crade qui soit toujours dans les pires clichés. Sans même parler de ce message pro-catho permanent du plus mauvais goût. Alors 2012 qu’est-ce qu’on en retiendra? Absolument rien, les scènes de catastrophes sont impressionnantes mais les CGI sont souvent hideux, le film est radin en action et généreux en bavardages sans intérêt. On s’ennuie ferme et jamais on ne ressent le moindre plaisir mais plutôt un profond agacement de revoir encore et toujours la même chose à l’écran, des situations débiles et des personnages creux. On se sent un peu pris pour un con aussi. Vraiment Roland, il faut arrêter là, laisser tomber le futur massacre de Fondation et retourner faire un film d’1h30 avec JCVD, au moins ça pourrait être fun à l’inverse de cette vaste fumisterie.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les Mayas, l'une des plus fascinantes civilisations que la Terre ait portées, nous ont transmis une prophétie : leur calendrier prend fin en 2012, et notre monde aussi. Depuis, les astrologues l'ont confirmé, les numérologues l'ont prédit, les géophysiciens trouvent cela dangereusement plausible, et même les experts scientifiques gouvernementaux finissent par arriver à cette terrifiante conclusion. La prophétie maya a été examinée, discutée, minutieusement analysée. En 2012, nous saurons tous si elle est vraie, mais quelques-uns auront été prévenus depuis longtemps... Lorsque les plaques tectoniques se mettent à glisser, provoquant de multiples séismes et détruisant Los Angeles au passage, Jackson Curtis, romancier, et sa famille se jettent à corps perdu, comme des millions d'individus, dans un voyage désespéré. Tous ne pourront pas être sauvés...