2 Doors (Hong Ji-you & Kim Il-rhan, 2011)

de le 05/11/2012
 
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Festival du Film Coréen à Paris 2012 : Section paysage.

2 Doors fait partie de ces documentaires coréens à la fois très engagés et au ton très partial qui, avec une date de sortie proche de la prochaine échéance présidentielle, pourrait très bien être taxée d’œuvre de propagande par le président sortant. Sauf qu’à ce positionnement à charge contre le pouvoir en place s’ajoute une précision factuelle qui dédouane complètement 2 Doors de toute tentative de manipulation. Il aurait pourtant été facile de répondre au mal par le mal, dans l’illustration de ce quartier de Séoul devenu un enfer pendant quelques heures.

Le 20 janvier 2009, 6 personnes (5 civils et 1 policier du SWAT) trouvaient la mort dans un incendie survenu sur le toit d’un immeuble. Il était occupé par des manifestants pour protester contre sa démolition, rouage du plan d’urbanisation du quartier de Yongsan jugé intolérable par les expulsés. A raison. 2 Doors en fait le récit pointilleux, des raisons qui ont mené à ce drame jusqu’aux conclusion du procès et les diverses condamnations. Pour bien saisir les raisons qui font de ce documentaire une sorte de procès à charge, il faut se pencher sur le cas des deux réalisatrices. Hong Ji-you était co-monteuse sur le précédent documentaire de Kim Il-rhan, 3xFTM, une œuvre déjà très engagée socialement et dont le sujet était l’identité transgenre Koh Jong-Woo, femme devenue homme. Elles sont de ces artistes qui pointent leur doigt là où ça dérange et 2 Doors en est l’exemple parfait. Comme tout documentaire à charge, le film est construit sur la forme d’un uppercut dont le seul et unique objectif est d’alerter le peuple sur des agissements révoltants. 2 Doors se prête ainsi à une somme d’attaques, mais répond aux manipulations des autorités par une autre forme de manipulation, et crée l’électrochoc par un traitement extrême.

2 Doors c’est un peu comme un documentaire de Michael Moore sans l’abus de mélodrame et sans un réalisateur qui aime surtout parler de lui. Construit à la manière d’une enquête de journaliste, le film fait un choix curieux en ne laissant pas la parole aux victimes (de nombreuses personnes ont été blessées) mais à des journalistes justement, ainsi qu’à plusieurs avocats des manifestants. Ils rejouent ainsi face caméra leur plaidoyer, dans de nombreuses séquences d’interviews, tandis qu’en fond se rejoue la journée du drame à travers des éléments vidéo qui vont de la prise de vue d’internautes à des images de chaînes de TV, en passant par d’autres, plus fortes encore, des agents du SWAT. La structure de 2 Doors est relativement académique, sans le moindre chichi visuel à l’exception de quelques extraits de phrases reprises symboliquement en plein cadre, mais participe ainsi à la puissance du discours. Offensif, le film n’y va pas par quatre chemins et se concentre sur l’essentiel : pourquoi ? De cette question découle non seulement un regard assassin sur cette tragédie humaine, mais plus encore un vaste panorama des dysfonctionnements de tout un système. Inutile de préciser qu’à la veille des élections, 2 Doors fait l’effet d’une bombe tant il fustige la philosophie de « la loi et l’ordre » si chère au président Lee Myung-bak. Il s’en détache une analyse assez fine de ce qu’une démonstration de force décidée dans l’urgence peut engendrer. Le documentaire ne prend pas nécessairement la défense des manifestants qui usaient de violence, répréhensible, mais celle d’êtres humains traités avec toute la rage d’une offensive de pure répression. 2 Doors propose d’ailleurs un discours évolutif concernant les forces de l’ordre, tout d’abord pointés comme les fautifs puis finalement traités en hommes manipulés, en mettant en lumière leur terreur face au drame.

La cible n’est ainsi pas l’autorité envoyée sur le terrain, mais bien les hautes instances du pouvoir derrière l’opération bâclée. Les autorités ont décidé de réprimer l’occupation du bâtiment en 24 heures sans aucune tentative de négociation, ce qui se traduit à travers 2 Doors par une opération d’envergure militaire sur le vif, sans la préparation nécessaire pour éviter un massacre; considérant les manifestants comme des ennemis de la nation et rien d’autre. Entre témoignages audio du procès, interviews, textes officiels, images d’archive et reconstitutions, en incluant habilement les éléments écrits ou filmés cachés par les autorités et la justice, 2 Doors peint le portrait d’une justice tout sauf indépendante et le résultat à l’écran, dans la dernière partie, est une vision de l’enfer hallucinante. Cette vigie plantée en haut de l’immeuble, prise dans un incendie chimique que les lances à eau ne peuvent contrer (autre preuve de l’opération bâclée, un feu de solvants ne peut être contenu par l’eau), résume à elle-seule l’horreur de la situation. L’application bête et précipitée d’un ordre lancé uniquement pour démontrer la force de frappe des instruments du pouvoir ne pouvait que mener à cette vision infernale. Et tout le film, dans son analyse des causes de la tragédie à travers les diverses ramifications du pouvoir et la manipulation grotesque de la population par les médias, n’est là que pour provoquer une prise de conscience publique. On pourra reprocher aux réalisatrices de ne pas vraiment laisser de place à un contrepoint, refusant ainsi toute neutralité, mais 2 Doors est l’exemple parfait d’un documentaire contestataire, prouvant que le cinéma peut encore élever la voix contre le pouvoir en place. L’image du gouvernement coréen et de la justice à sa solde n’en ressort pas grandie, et en cela l’objectif du projet est parfaitement rempli.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ce documentaire retrace la tragédie de Yongsan en janvier 2009, qui causa la mort de cinq manifestants et d’un officier de police. Alors qu’une trentaine de manifestants occupait le toit d’un immeuble menacé de démolition afin de protester contre le manque de compensation pour leur départ, la police tenta de les expulser. Au cours des affrontements, l’immeuble prit feu, menant à ce drame humain choquant l’opinion publique en quête de vérité.