Creed : L’héritage de Rocky Balboa (Ryan Coogler, 2015)

de le 12/01/2016
 
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Quasiment dix ans après le dernier Rocky, le réalisateur Ryan Coogler prolonge la mythologie de l’Étalon italien avec l’efficace Creed : L’héritage de Rocky Balboa. Son travail de scénariste et de metteur en scène rattrape l’écueil de son précédent film. Ce nouvel opus, très efficace dans les combats, aurait mérité de s’éloigner encore plus de son modèle. Car ses trop nombreuses références le présentent plus comme un Rocky VII qu’un Creed Ier. Stallone y livre une très belle interprétation et vole, malgré lui, la vedette à la performance de Michael B. Jordan.

Creed 1Janvier 2007, les salles de cinéma françaises accueillaient sur leurs écrans l’ultime volet d’une saga qui marqua aussi bien l’histoire du cinéma que la carrière de l’acteur-réalisateur-scénariste charismatique qui l’a porté. Après trente ans de service, Sylvester Stallone, alias Rocky Balboa, raccrochait les gants définitivement avec un sixième épisode fort et émouvant, teinté d’une mélancolie propre au cinéma de Clint Eastwood. À ce moment là, Stallone mettait fin à l’histoire de l’Étalon italien avec une subtilité et un brio qu’on n’attendait plus de lui. Ce ne sera pas le pathétique Match retour proposé par Peter Segal, le faisant affronter Robert de Niro en ombre lointaine du Jake LaMotta de Raging Bull, qui viendra entacher la légende de la boxe au cinéma. La même année sortait le premier long-métrage de Ryan Coogler qui avait reçu à Sundance le Grand Prix du jury et le Prix du public, mais également le Prix du Meilleur premier film à Cannes dans la sélection Un certain regard. Fruitvale Station revenait sur une bavure policière dramatique survenue au passage à l’année 2009 à Oakland en Californie où un jeune noir était abattu par la police devant de nombreux témoins. Le regard partisan du réalisateur avait abouti à un film assez malhonnête et dangereux, ne cherchant pas à comprendre comment un tel drame avait pu arriver en se limitant simplement à l’irruption de flics brutaux et racistes, tuant de sang froid un jeune noir érigé en martyr.

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Difficile alors de s’imaginer à l’époque que Ryan Coogler préparait ce nouveau long-métrage, avec comme projet de relancer (en quelque sorte) la saga Rocky en nous rappelant son plus fidèle adversaire : Apollo Creed. L’envie de départ est intéressante. Alors que le premier Rocky abordait le retour inespéré d’un boxeur trentenaire déjà sur le déclin, Creed : L’héritage de Rocky Balboa se recentre depuis le point de vue d’un jeune talent qui a tout à prouver, mais aussi tout à apprendre. Or sa prédisposition familiale est autant un don qu’une malédiction. Malédiction qu’il écarte en prenant le nom de sa mère, qui a connu une aventure adultère avec le champion Apollo Creed, peu avant sa mort tragique sur le ring. La main tendue par la veuve de son père sortira Adonis Johnson de la promesse d’une jeunesse violente au sein d’établissements de redressement semblables à des prisons pour enfants. L’appel de la nature semble plus fort et sa passion secrète pour la boxe dans les rades crasseux du Mexique va le pousser à quitter sa situation aisée pour tenter sa chance sur le ring. S’il y a bien une chose à laquelle Coogler a bien répondu en touchant à la mythologie Rocky, c’est bien la question de l’apprentissage de l’humilité. Et malgré qu’Adonis parvienne à allonger d’un crochet des jeunes de son âge, lorsqu’il s’agit de se confronter à la maîtrise de vétérans, au parcours affiché sur l’écran par le réalisateur, le seul usage de la force ne parvient plus à le faire tenir debout. Lui qui aimait rouler des mécaniques va alors ravaler sa superbe et va se mettre en quête d’un entraineur, d’un mentor, comprenez d’un père de substitution.

Creed 3C’est ainsi que Creed : L’héritage de Rocky Balboa va devenir un remake réussi de Rocky V où Balboa à la retraite se laissa convaincre d’enseigner son savoir, emporté par sa passion pour ce sport éminemment cinématographique. Le réalisateur envoie son héros en quête à Philadelphie, ville toujours marquée par le culte de Rocky. La visite touristique nous fait passer de la fameuse statue de la légende à son petit restaurant. C’est toujours un vrai plaisir de revenir dans ces lieux qui nous ont marqué avec la saga Rocky, c’est indéniable. Pourtant, c’est sans doute la faiblesse formelle de ce Creed : L’héritage de Rocky Balboa. Pourquoi ? Ce tour, ainsi que les nombreuses références et reprises des codes traversés par les précédents six opus, donnent aussi bien l’impression d’un film de fan de Rocky (et Adonis est un fan de l’Étalon italien qui a été un ami de son père) que l’étrange sensation d’un septième Rocky et non d’un premier Creed. Le long-métrage de Coogler aurait largement gagner à s’émanciper plus encore de la prime saga. Car dès que Sylvester Stallone apparaît à l’écran, tout le talent de Michael B. Jordan ne suffit pas à se dégager de l’ombre gigantesque de Balboa à l’écran. La présence de Stallone à l’écran vampirise tout malgré lui, d’autant que son personnage évolue à nouveau dans cet opus. Nous revoilà avec notre héros qui a encore vieilli et dont la sagesse et l’humilité nous irradient à chaque instant. En plus des clins d’œil et des montages d’entraînement devenus une tradition dans cette saga, Ryan Coogler fait invoquer à son compositeur Ludwig Göransson la musique de Bill Conti (autant les morceaux classique que ceux plus intimistes entendus dans Rocky Balboa).

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Faut-il imputer au réalisateur ce référentiel multiple restreignant aux épisodes Rocky ou bien à ses producteurs (qui sont les mêmes que sur Rocky Balboa) de crainte que le public ne retrouve pas assez de Rocky dans ce Creed ? Une réflexion intéressante pour un résultat mitigé. Cette ambiguïté de proposer du neuf avec du vieux, auquel on revient en permanence, s’est énormément retrouvée à Hollywood ces cinq dernières années, où les nouveaux gros projets meurent d’un échec commercial attendu. Le risque de la nouveauté est abandonné par producteurs et studios américains pour l’assurance de suites au succès garanti. Dommage que Creed : L’héritage de Rocky Balboa ait cédé à ces tentantes sirènes. Certes, le réalisateur manque de subtilité pour filmer la romance et aurait dû porter un peu plus d’attention au tiraillement intérieur du personnage d’Adonis. Néanmoins, Ryan Coogler possède de vraies propositions de mise en scène au résultat assez bluffant. L’influence des derniers travaux du chef opérateur de génie Emmanuel Lubezki s’impose au premier combat officiel pour le jeune premier avec un résultat aussi efficace que bluffant, apportant un vrai plus au long-métrage. Les autres combats ne seront pas non plus en reste. Michael B. Jordan est impressionnant sur le ring. Coogler fait passer la mythologie de l’ère des gladiateurs (la fameuse fanfare de Bill Conti n’est rien d’autre que celle de l’arène d’un péplum) à celle de la chevalerie où les sessions d’entrainement d’Adonis est accompagné par des jeunes faisant des roues arrières à leurs montures ou le faisant affronter un colosse Anglais. Avec le succès américain de Creed : L’héritage de Rocky Balboa et la garantie d’un Creed 2, les portes d’Hollywood étaient grandes ouvertes pour le réalisateur. Étrange qu’il aille finalement s’enterrer chez Marvel en signant leur Black Panther.

FICHE FILM
 
Synopsis

Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…