Crazy Kung Fu (Stephen Chow, 2004)

de le 26/07/2013
 
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Réalisateur aussi passionnant que peu prolifique, Stephen Chow s’est fait un nom à l’international avec Shaolin Soccer, comédie d’action assez géniale qui mêlait footbal et arts martiaux façon manga. Trois ans plus tard, il revenait avec Crazy Kung Fu, une œuvre folle, profondément geek dans la démarche et qui dynamitait divers genres de l’intérieur pour leur livrer le plus beau des hommages. A la fois parodique et très sérieux dans sa démarche, Stephen Chow est bien l’équivalent asiatique d’un Edgar Wright, sauf qu’il est dans l’industrie depuis presque 20 ans.

Comment rendre ludique un film d’arts martiaux, sans trahir la discipline, la philosophie, et en sortant grandement des codes établis ? C’est toute la problématique de Stephen Chow avec Crazy Kung Fu, comme ce fut le cas avec Shaolin Soccer ou God of Cookery, quelques années plus tôt. Sa solution est à la fois simple et géniale. Il s’agit d’aborder l’exercice sous l’angle de la parodie, de l’infuser d’une multitude d’éléments en provenance d’autres genres n’ayant à priori rien à voir, de rendre hommage aux légendes d’hier et d’aujourd’hui, pour produire un objet filmique complexe, foisonnant, s’adressant autant à l’amateur qu’au novice. Un pur film de geek cinéphage qui déborde d’amour pour le septième art mais ne se contente jamais de recopier quelque chose. Chez Stephen Chow, la phase de création est essentielle, à tel point qu’au final, Crazy Kung Fu est un film qui ne ressemble qu’à lui-même. Il est le produit de cette génération de cinéastes à la fois excessivement doués et nourris d’une culture populaire extrêmement vaste, même si Stephen Chow fait figure de senior avec ses 50 ans au compteur et son look de faux sosie de Tony Leung Chiu-wai. La densité de Crazy Kung Fu est telle que sa cohérence parait au premier abord impossible, sauf que tout fonctionne, opérant un pont entre les genres d’une générosité et d’une ampleur qui imposent le respect. Dès lors, difficile de comprendre pourquoi Stephen Chow est aujourd’hui boudé par les distributeurs à l’international, même si son CJ17, assez mineur, apporte un élément de réponse.

Crazy Kung Fu 1

Crazy Kung Fu est un film pétri de motifs cinéphiles dans tous les sens, de références parfois très nobles, parfois beaucoup plus axées cinéma de genre, mais qui font toujours sens. Et s’il s’agit bien évidemment d’un film de kung fu, de par son sujet central, Stephen Chow renoue surtout avec une tradition dont le cinéma d’action, ses combats chorégraphiés tels des moments de danse et ses dizaines de personnages à l’écran, est en quelque sorte un héritier : la comédie musicale. Rien d’étonnant à cela, cinéma, musique et chansons ont souvent été liés dans l’histoire du cinéma chinois. Crazy Kung Fu s’ouvre ainsi sur une séquence qui n’est pas sans rappeler l’ouverture de Gangs of New York en mode musical de Broadway, de quoi rapidement mettre en place le ton décalé du film. Mais ce qui frappe le plus, c’est la maîtrise de la narration de Stephen Chow, capable de jongler avec des éléments qui semblent incompatibles (film de gangsters old school, numéros chorégraphiés, humour façon Tex Avery et critique assassine de la corruption policière). Une parfaite entrée en matière qui donne le ton de tout ce qui va suivre, une sorte de film insaisissable, follement moderne tout en restant profondément ancré dans la tradition, jusqu’à faire triompher cette dernière par dessus tout. Ainsi, tout le monde pourra se régaler de la multitude de citations, du pouce sur le nez de Bruce Lee, idole de Stephen Chow, à la cascade de sang de Shining, en passant par une relecture impressionnante du fameux Burly Brawl de Matrix Reloaded. Un véritable festival qui ne tombe jamais dans le clin d’œil gratuit mais s’inscrit dans une véritable de démarche de parodie, au sens le plus noble du terme, tout en étayant la narration du film lui-même.

Crazy Kung Fu 2

Crazy Kung Fu est ainsi un exercice filmique extrêmement ludique, jouant avec tous les codes de la comédie, essentiellement visuelle voire très inspirée cartoon, pour mieux amener son beau parcours héroïque, tel un récit initiatique amusant au possible, doublé d’une histoire d’amour toute mignonne. Il s’agit d’un film qui le laisse aucune place au cynisme et ose ainsi tous les excès graphiques. Une course poursuite façon Tex Avery qui se termine dans un panneau publicitaire, des bastons incroyables où les corps volent dans tous les sens, des experts en arts martiaux cachés dans les personnages les plus improbables (notamment un tailleur très efféminé, caricature très touchante et terriblement drôle), des gags visuels complètement fous, l’inclusion de séquences carrément fantastiques et l’apparition à l’écran de légendes du cinéma HK, tous ces éléments s’emboîtant à la perfection. Stephen Chow ne s’impose aucune autre limite que celle de son imaginaire débordant, et le résultat est quelque chose de foisonnant, sans cesse sur le point de déborder mais qui reste miraculeusement cohérent. Non seulement le plaisir, en terme de pur divertissement, est total, mais Crazy Kung Fu est avant tout un film extrêmement solide sur tous les points, de l’acting débridé à la mise en scène toujours élégante, en passant par un découpage d’une précision remarquable. Qu’il s’agisse de la pure comédie, drôle à en pleurer, ou des scènes d’action (signées Sammo Hung et Yuen Woo-ping tout de même), tout transpire le beau cinéma et non l’effet facile et cheap. Tout y est maîtrisé de A à Z, certaines séquences sont de purs moments de poésie visuelle (l’attaque du duo de tueurs et leurs notes de musique… coupantes) et l’ensemble avance à un rythme parfaitement tenu. Et le tout en mariant parfaitement une approche très ancrée dans la tradition asiatique et une ouverture totale à l’international, tout en prônant des valeurs toujours très saines.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sing, un prétendu gangster, doit surmonter son incapacité à manier le sabre et démontrer qu'il a toutes les qualités requises pour appartenir au prestigieux gang de Axe.
Dans le même temps, ce gang veut régner en maître sur le territoire le plus convoité qui est en fait une rue sacrée protégée par une bande de personnages hauts en couleurs. La plupart d'entre eux sont des maîtres du kung fu déguisés en personnes ordinaires.
Après plusieurs rencontres avec des voyous et une véritable brute connu sous le nom de "The Beast", Sing parvient à vaincre ses handicaps et réalise qu'il est devenu l'un des plus grands maîtres de kung fu destiné à protéger la rue sacrée.