Conjuring : Les dossiers Warren (James Wan, 2013)

de le 16/07/2013
 
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Entre un premier Insidious assez décevant et sa suite, en attendant sa vision annoncée un brin hardcore de la franchise Fast & Furious, James Wan continue son petit parcours dans le cinéma horrifique, là où il n’est clairement pas le plus intéressant. Avec Conjuring : Les dossiers Warren, il livre une énième variation autour du motif de la possession démoniaque pour un résultat très efficace, à défaut de proposer quoi que ce soit de véritablement original.

D’Insidious premier du nom, difficile de retenir autre chose que le dernier acte complètement fou, libéré des contraintes et des motifs classiques du cinéma de maison hantée qui handicapaient jusque là. Avec Conjuring : Les dossiers Warren, James Wan aborde un autre sous-genre du cinéma horrifique, celui de possession et d’exorcisme, dont les maîtres-étalons L’exorciste et La Malédiction semblent toujours impossibles à rejoindre. Bien conscient de ses propres obsessions, le réalisateur part de son image favorite de la poupée/marionnette pour lancer un récit à la narration limpide malgré son traitement de deux sous-intrigues. Il faut bien avouer qu’il maîtrise plutôt bien son sujet, sans se reposer sur l’argument légèrement faisandé du « tiré d’une histoire vraie » et s’avère capable de poser une ambiance flippante avec une certaine maestria. A ce titre la première partie du film, bien qu’elle repose à nouveau sur des schémas éculés, est un modèle du genre qui a parfaitement assimilé les enseignements des plus grands, le Poltergeist de Tobe Hooper, vers lequel les références fusent, en tête. Une première partie axée sur les personnages plus que sur la volonté d’effrayer et qui fonctionne ainsi parfaitement, en grande partie grâce aux compositions exemplaires des deux couples incarnés par Vera Farmiga et Patrick Wilson d’un côté, Lili Taylor et Ron Livingston de l’autre.

The Conjuring

Ces personnages, plus encore que toute la ribambelle d’enfants présents dans le film, sont clairement le vecteur émotionnel de Conjuring : Les dossiers Warren. Et ils ne peuvent remplir cette tâche qu’en faisant naître une véritable alchimie entre eux, qui efface la fiction pour faire place à une fausse réalité. Ils y parviennent merveilleusement, à tel point qu’à aucun moment il n’est possible de remettre en cause la véracité des faits. Et cela tout au long de cette première partie qui leur laisse l’espace d’expression nécessaire, surfant sur une vague horrifique tout en relative retenue, avec une poignée de séquences ou de simples plans pensés plutôt intelligemment pour créer l’effroi mais surtout pour mettre en place une ambiance malsaine. James Wan se montre là extrêmement habile, avec l’assurance nécessaire pour faire passer des dialogues assez médiocres sans qu’ils ne parasitent quoi que ce soit. Ces personnages, solidement écrits, avec un background qui l’est tout autant, portent littéralement le film vers une deuxième partie qui change complètement de ton. Si le premier acte laisse la place à un film de fantômes assez doux, ou quelque chose qui s’y apparente grandement, la suite prend une tournure bien plus hardcore et physique, cherchant à remuer le spectateur sans lui laisser de répit. C’est la recette James Wan, poser des bases pour les faire voler en éclats par la surenchère totale. Dès lors, si le film devient moins intéressant, il gagne assez clairement en impact. Cette seconde partie est une sorte de virée infinie dans un train fantôme, repoussant sans cesse les limites en matière de rythme. Ce qui aboutit sur un résultat qui ne manque évidemment pas d’efficacité – c’est sans doute le film d’horreur le plus efficace vu depuis bien longtemps – mais qui manque bien trop d’originalité pour espérer marquer le genre d’une pierre blanche. En gros, tout a été déjà vu et reviendra encore chez d’autres, mais Conjuring : Les dossiers Warren pousse tous les curseurs assez loin pour proposer un spectacle vivifiant en terme de terreur.

The Conjuring

James Wan se livre à un exercice pervers et dangereux dans la mesure où il semble parfaitement conscient que le spectateur a vu les mêmes films que lui, mais qu’il cherche tout de même à le prendre à revers. Dans les faits, cela se traduit par un jeu sur la frustration, des plans fixes dans lesquels le surgissement d’une silhouette attendue n’est pas toujours présent, des mouvements panoramiques qui ne révèlent pas toujours quelque chose, ou encore des éléments sur lesquels sa caméra s’attarde, comme s’ils allaient prendre une certaine importance, alors qu’il n’en est finalement rien. Ce côté ludique fonctionne plutôt bien, tandis qu’en même temps, il va jouer sur la surenchère totale d’effets de peur. Là encore, James Wan sait bien que le spectateur du cinéma d’horreur a vu des centaines de films aux mécanismes précis et rabâchés, et il va jouer la carte de l’épuisement. Le dernier acte de Conjuring : Les dossiers Warren est carrément éreintant car il va tester en permanence la résistance et l’attention du public, les jump scares s’enchaînant à un rythme assez hallucinant. C’est plutôt amusant, même si dans le fond, là encore, il fait surtout étalage de ses compétences en terme de conteur tout en étalant son amour pour le genre. Rien de honteux, au contraire, mais le film manque tout de même cruellement d’originalité en recyclant à peu près tous les motifs connus du genre. Mais le bonhomme est suffisamment généreux pour que l’ensemble fonctionne, atteignant tout de même certaines limites parfois, le film devenant plus fatiguant qu’effrayant. Des limites également dans sa conclusion, complètement ratée au niveau de l’émotion, bien trop facile et faisant un brin tâche au milieu de tout ce qui précède. Efficacité avant tout donc, et cela passe énormément par le talent de metteur en scène de James Wan, son film étant une petite merveille à ce niveau, avec un gros travail sur la composition de ses cadres pour les rendre vivants, des plans parfois d’une beauté macabre saisissante, et un découpage qui joue également la carte de l’efficacité avant tout. Concrètement, Conjuring : Les dossiers Warren assure le boulot, procure quelques frissons par intermittence, bénéficie d’un traitement à la fois noble et généreux, mais n’apporte rien de bien nouveau au final.

FICHE FILM
 
Synopsis

Avant Amityville, il y avait Harrisville… The Conjuring raconte l'histoire horrible, mais vraie, d'Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, venus en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée… Contraints d'affronter une créature démoniaque d'une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l'affaire la plus terrifiante de leur carrière…