Coming Home (Zhang Yi-Mou, 2014)

de le 14/06/2014
 
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Présenté hors compétition au dernier festival de Cannes, le nouveau film de Zhang Yi-Mou est un mélodrame en partie raté. Mais aussi grande soit la déception, il n’en reste pas moins un film contenant des éléments très importants, notamment car il s’agit du premier mélodrame « réaliste » du réalisateur avec sa muse Gong Li depuis plus de vingt ans. Mais c’est malgré tout l’impression de facilité qui prédomine devant ce spectacle tire-larmes.

Coming Home 1Coming Home est à la fois un film très simple, à l’ambition clairement affichée, mais également une œuvre assez troublante dans le rapport qu’il entretient entre le réalisateur Zhang Yi-Mou et l’actrice Gong Li. Celle qui fut sa muse pendant de si nombreuses années, et qui participa à faire de films comme Le Sorgho rouge, Ju Dou ou Vivre de véritables petites merveilles, fut également sa femme jusqu’en 1995. 20 ans qu’ils sont séparés donc, leurs « retrouvailles » cinématographiques ayant eu lieu il y a quelques années via l’opulente Cité interdite. Loin d’une information gossip inopportune, cet élément est essentiel dans la façon de recevoir les images que filme le réalisateur et en particulier son évidente obsession pour celle qui fut sa compagne et qu’il cadre amoureusement du début à la fin. C’était déjà le cas dans La Cité interdite, ça l’est encore dans Coming Home, film dont l’existence ne semble être justifiée que par une nécessité de filmer Gong Li.

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Sinon, pourquoi sacrifier ainsi un sujet en or massif au profit d’une simple romance, certes ludique et touchante, comme le cinéma hollywoodien en produit tant ? Il émane de Coming Home un vrai parfum, vraiment troublant, de tendresse et de mélancolie qui va bien au-delà de l’écran. C’est sa force principale, car le film en lui-même s’avère particulièrement décevant. Pourtant, sa première partie est formidable. Zhang Yi-Mou est un grand metteur en scène et se montre particulièrement habile pour capter l’essence d’une époque. Ici, lui qui fut taxé, à juste raison, d’égarement nationaliste et propagandiste dans son pourtant très beau Hero, pose un regard lucide et désabusé sur la Chine maoïste et les méthodes douteuses du gouvernement. Manipulation de l’opinion, chantage à la réussite sociale et artistique, persécution de l’opposition, tout y passe. Coming Home propose une vision noire et sans fard de cette Chine dont les idéaux firent tant fantasmer l’occident, mettant en avant ses délires dictatoriaux. S’ouvrant sur une somptueuse scène de ballet avec des danseuses du régime dansant avec une arme au poing, la première partie du film est vraiment remplie d’espoirs pour la suite, il s’y cache un grand film offensif, divinement mis en scène, avec tout le faste dans la réalisation auquel nous avait habitué Zhang Yi-Mou. C’est beau, riche, d’une tristesse infinie, très bien rythmé et découpé, à l’image de cette incroyable scène de la gare bénéficiant d’une tension exacerbée par le montage. Mais tout finit par s’écrouler et le grand film politique s’efface progressivement, finalement réduit à un simple propos sur la mémoire et à une image un peu basique d’un régime brisant des êtres humains.

Coming home 3La suite est bien moins heureuse. Le tout s’avère somme toute recommandable, car le ballet qu’entame le mari de retour du camp auprès de sa femme qui l’a oublié est à la fois exaltant et quelque part très touchant. Mais ce qui devait être un grand mélodrame à la Douglas Sirk ne va pas très loin et se contente d’aligner des séquences tantôt amusantes, tantôt tristes, sans véritablement créer quelque chose. Il s’en dégage une sensation quelque peu désuète d’un mélodrame à l’ancienne absolument pas tourné vers l’avenir, un peu comme le regard de Zhang Yi-Mou sur son grand amour Gong Li. Les stratagèmes s’enchaînent pour tenter de lui faire retrouver cette part de mémoire qui a disparu suite à divers chocs émotionnels, et le tout fonctionne plus ou moins tant que subsiste l’espoir du mari. Même si finalement, tout cela s’avère bien gentillet et propre sur lui.

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Un des problèmes majeurs du film vient de son traitement du mélodrame. Le récit en lui-même, belle romance qui pourrait même être bouleversante (le final est très fort), est suffisamment puissant pour véhiculer de l’émotion. Mais l’omniprésence des notes de Chen Qi-Gang empèse l’ensemble plus que de raison, comme s’il pointait à chaque fois le moment où il faut que le spectateur lâche ses larmes. Le procédé finit par lasser, amoindrissant l’impact de Coming Home qui s’installe paisiblement dans le fauteuil bien confortable du mélodrame carré, précis, relativement efficace mais vieillissant. C’est beau, touchant, parfois drôle, mais c’est un peu lourdingue et assez peu stimulant dans la mesure où Zhang Yi-Mou passe assez clairement à côté du sujet politique de son film. Reste Gong Li, impériale comme à son habitude, électrisant le cadre qu’elle occupe en permanence. Elle éclipserait presque la formidable prestation de Chen Dao-Ming dans le rôle complexe de ce mari qui fait face à cet amour qui ne le reconnait plus. Il y a des éléments bouleversants dans Coming Home, mais c’est vraiment un des films très mineurs de son auteur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lu Yanshi, prisonnier politique, est libéré à la fin de la Révolution Culturelle.
Lorsqu’il rentre chez lui, il découvre que sa femme souffre d’amnésie.
Elle ne le reconnait pas et chaque jour, elle attend le retour de son mari, sans comprendre qu’il est à ses cotés.