Comancheria (David Mackenzie, 2016)

de le 05/09/2016
 
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Pour son nouveau récit, le scénariste du puissant Sicario s’offre les services du réalisateur britannique du percutant Des poings contre les murs. Ces deux là nous plongent dans ce Texas du nouveau western, avec de bons Chris Pine et Ben Foster en frères braqueurs sur fond de crise économique. Un film qui touche surtout par son histoire de l’Amérique éternelle aujourd’hui défaillante qu’il s’approprie comme décor, plutôt que pour son Jeff Bridges en roue libre incarnant un Texas ranger à l’accent poussif.

Comancheria

Flic taciturne dans la série Sons of Anarchy, l’acteur Taylor Sheridan s’est depuis illustré comme un excellent scénariste américain. Son regard affuté et son esprit d’analyse se sont emparés de la zone Sud des États-Unis, en proie à la violence et la misère. Toute d’abord, il s’était fait remarqué avec l’écriture de l’impressionnant Sicario de Denis Villeneuve qui présentait que les États-Unis avaient une véritable guerre à mener aux cartels mexicains, de part et d’autre d’une frontière poreuse. Celui-ci sélectionné en compétition officielle à Cannes en 2015, le film issu de son nouveau scénario se retrouve lui l’y ramène en 2016 dans la catégorie Un certain regard, sous la caméra de David Mackenzie.

Comancheria

Sheridan aura porté longtemps son scénario de Comancheria, jusqu’à faire partie de la fameuse liste noire d’Hollywood. Liste qui rassemble des histoires géniales mais, étrangement, pas encore tournées. C’est donc le réalisateur britannique qui s’est chargé de l’adaptation de ce récit de braquages de banques qui dépasse le simple cadre d’une quête d’enrichissement. Chris Pine incarne le rôle d’un père de famille en plein divorce et qui voit la ferme de sa défunte mère, et son seul héritage, récupéré par la banque ayant alloué un crédit impossible à rembourser à sa mère. Son seul espoir de récupérer la ferme et les terres qui l’entourent est de racheter le prêt de la banque avant l’échéance légale. Il se tournera alors vers son frère, tout juste sorti de prison, pour l’aider à braquer des agences de cette même banque, source de tous leurs malheurs.

ComancheriaAprès la guerre au Mexique, c’est donc les conséquences bien concrètes de la crise auxquelles s’est attaqué le scénariste Taylor Sheridan. Les travaillant à travers le prisme du nouveau western, il recréé dans le Texas désœuvré avec le réalisateur David Mackenzie le mythe du Robin des bois qui combat l’institution bancaire, non pas pour son enrichissement personnel, mais pour récupérer ce dont il a été exproprié de façon malhonnête et qui lui est le plus cher en ce bas monde : la terre.

En plus d’un casting de seconds rôles convaincants, le duo Foster et Pine fonctionne bien. Sont-ils prêts à aller jusqu’au bout ? Jusqu’à ce que quelque chose dérape lors de l’un des leurs braquages que le personnage de Chris Pine prépare minutieusement ? En franchissant la ligne de la Loi, sont-ils encore du bon côté de la morale et des valeurs saines qu’on leur a inculqué ? Ces considérations importent peu le Texas ranger tenu par Jeff Bridges qui est à la poursuite des deux frères braqueurs. Mais ce dernier sera le gros point faible de Comancheria. Toujours à côté de ses santiags pour tenir sobrement son rôle, Bridges cabotine jusqu’à ce que son accent rende sa performance parfois inintelligible sans l’aide des sous-titres. Or, dans ces trous perdus et ces patelins paumés, la seule justice qui compte vraiment n’est pas celle de l’état, mais celle que l’on porte en étui à sa ceinture. Et de nos jours, jouer les héros du far west d’antan est si vite arrivé…

Comancheria

Si la logique des attaques des succursales bancaires est rapidement décryptée par le texas ranger, sa finalité révélée sera d’une force plus belle et altruiste encore. Comancheria est donc un long-métrage qui brille surtout par son scénario. Contrairement à son précédant Les Poings contre les murs, la valeur ajoutée par la mise en scène de David Mackenzie est moins perceptible à l’écran, malgré l’usage du cadre Cinemascope et de filtres nous rappelant la chaleur écrasante de ce désert en pleine désertification. On notera aussi la participation de Nick Cave et Warren Ellis à la bande originale, aux côtés de morceaux de Townes Van Zandt et Colter Wall, nous immisçant parfaitement dans l’ambiance locale.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque.
Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent.
À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.