C’est la fin (Evan Goldberg & Seth Rogen, 2013)

de le 04/10/2013
 
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Après quelques années passées à écrire pour les autres des films plus ou moins glorieux, le duo Evan Goldberg et Seth Rogen passe enfin derrière la caméra pour un premier essai franchement réussi. C’est la fin surfe sur la vague en pleine extinction des films abordant la fin du monde, mais par le prisme de la comédie postmoderne. Le résultat est plutôt fou, bourré d’idées, franchement attachant, mais surtout porté par un tempo comique qui fait des ravages.

La fin des temps et l’apocalypse sont devenues le terrain de jeu de toutes sortes de cinéastes, de sombres inconnus à des pointures intouchables. Après une grosse vague de films tous plus sérieux et pessimistes les uns que les autres, l’idée d’une fin du monde qui pourrait être proche a enfin été assimilée afin d’en faire une zone d’exploration sereine pour la comédie. Rire de la fin est peut-être encore plus pessimiste que d’en pleurer, mais cela donne lieu à quelques embardées parfois géniales (Le Dernier pub avant la fin du monde) ou parfois tout simplement très drôles et débridées comme C’est la fin. Ici, le procédé peut agacer car Evan Goldberg et Seth Rogen n’ont pour seule ambition que de mettre en scène un délire entre potes, comme si tout le film n’était qu’un de ces délires émergeant d’une violente séance de beuverie. Soit le spectateur entre dans le délire et c’est alors un petit festival de vulgarité typique du duo, soit il reste à distance et risque de s’ennuyer ferme. Dans tous les cas, C’est la fin ressemble énormément à ses auteurs et n’est qu’une suite logique de leurs précédents travaux en tant que scénaristes.

Seth Rogen;Jay Baruchel;James Franco

La grande idée de C’est la fin est de permettre aux acteurs de tous jouer sous leur vrai nom. Plus qu’un vague délire méta sans intérêt, il s’agit d’un artifice formidable pour leur permettre de jouer non pas avec leur vraie vie mais avec l’image qu’ils renvoient. Ainsi, le film est truffé de petites piques bien senties à l’image publique de ces stars, comme par exemple l’homosexualité présumée de James Franco qui ne perd pas une occasion de ne pas se prendre au sérieux. Le délire va parfois très loin, de la mise en scène façon suédée d’une bande annonce de Délire express 2 aux premières frappes d’une attaque apocalyptique (donnant lieu à un large bodycount chez les célébrités, ainsi qu’à un regard drôle et cruel sur la lâcheté d’autres), en passant par tout un tas de saillies envers les films dans lesquels ont pu jouer les membres de la joyeuse bande. Green Hornet, Spider-Man 3, Votre majesté… ils ne sont pas tendres avec leur propre travail et ce regard auto-critique est assez salvateur dans un milieu tournant souvent à l’auto-congratulation. Et si cette approche franchement post-moderne ne manque pas de saveur, permettant logiquement une proximité avec des personnalités publiques faisant mine de se dévoiler, de montrer leurs failles et leurs rancœurs les uns envers les autres, cet aspect s’efface relativement derrière la vraie comédie, tout en l’alimentant inconsciemment. C’est la fin est l’archétype du film de potes, dans lequel, comme toujours chez Seth Rogen et Evan Goldberg, tout passe par la bromance et des personnages immensément geeks. Ce qui, et c’est là le revers de la médaille, limite toutefois le film à une certaine génération – grosso modo les trentenaires – comme cela est le cas de nombre de comédies, celles de Judd Apatow, leur parrain, en tête.

1170481 - This Is The End

Difficile en effet, à moins d’avoir vécu la « grande » époque des boys bands, d’être sensible à cette obsession régressive pour les Backstreet Boys par exemple. Comme souvent avec cette bande d’auteurs/acteurs, l’humour passe par des canaux très précis, à savoir les références « geeks », le sexe, l’alcool et la drogue, soit des axes qui limitent également le film à un certain public. Néanmoins, l’écriture de C’est la fin s’avère suffisamment fine pour donner au film un tempo comique qui ne faiblit pas, avec une succession de vannes/gags qui s’enchaînent avec précision et sans jamais baisser de rythme. Dès lors, par la profusion, tout ce qui peut tomber à plat se voit équilibré par quelque chose de bien plus efficace, conférant ainsi au film un potentiel drolatique plutôt élevé. D’autant plus que C’est la fin évolue lentement mais surement vers le grand n’importe quoi, avec des extraterrestres, des personnages possédés par le démon, des créatures des enfers et autres joyeusetés qui le font basculer dans un cinéma de genre parfaitement assumé. C’est la fin se permet même quelques saillies gores du plus bel effet. Et sans surprise, l’impact le plus fort sur le comique du film vient de l’incroyable Danny McBride complètement déchaîné dans un nouveau rôle de connard beauf et égoïste, menant vers une nouvelle preuve de l’auto-dérision de Channing Tatum dans un caméo tout simplement génial. Parfois le film part un peu dans tous les sens, se montre bavard, ne développe pas vraiment une grammaire cinématographique très élaborée, mais l’ensemble s’avère suffisamment généreux et fou pour palier à ses quelques fautes, à l’image de son final un brin moralisateur immédiatement effacé par un épilogue hilarant. Et si tout fonctionne aussi bien, c’est que C’est la fin bénéficie d’un énorme travail d’écriture au niveau de la caractérisation de tous les personnages, permettant ainsi d’accepter tous les excès, y compris ceux du plus mauvais goût.

FICHE FILM
 
Synopsis

Six amis se retrouvent enfermés dans une maison alors qu’une épouvantable catastrophe ravage Los Angeles. Tandis qu’à l’extérieur le monde s’effondre, à l’intérieur, le manque de provisions et l’isolement vont vite rendre la situation intenable. Contraints de s'aventurer dehors, ils vont affronter leur destin et découvrir le véritable sens de l’amitié et de la rédemption.