Cendrillon (Kenneth Branagh, 2015)

de le 22/03/2015
 
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Face à la machine de guerre corporative qu’est le groupe Disney, il est honnêtement compliqué de se montrer confiant. Toutefois, dans le carnet de commandes parfois contestable d’une série de relectures de leur grands classiques, le projet d’un Cendrillon réalisé par Kenneth Branagh a de quoi intriguer. Hélas, le metteur en scène britannique a entamé un sévère virage dans sa carrière depuis 2011, où il s’était retrouvé aux commandes du formaté Thor pour Marvel, qui ne brillait modestement que grâce à quelques éclats shakespeariens que l’ancien réalisateur d’Hamlet avait su incorporer. On sentait alors l’ogre hollywoodien le happer et ainsi nous nous retrouvions à chercher où pouvait bien se situer Kenneth Branagh dans l’insipide The Ryan Initiative. Reste à croire que c’est donc avec Disney que le sir revient aux affaires, signant, malgré un lourd cahier des charges, un film personnel hétérogène mais agréable.

Cendrillon 3Pour couper court au problème majeur de cette nouvelle adaptation, le constat est simple : le désir de Disney d’avoir la transposition relativement fidèle de son classique de l’animation sorti en 1950. Néanmoins, à l’heure des révisions faussement iconoclastes et douteuses comme Maléfique, le choix de la fidélité peut presque faire office de garantie, si l’on fait mine d’accepter l’éventuelle paresse que cela induit aussi. Ainsi, l’intention et le rapport personnel qu’entretient Kenneth Branagh envers Cendrillon peut presque rappeler, en sans doute moins virtuose et réussi, Sam Raimi et son Monde Fantastique d’Oz, qui sous couvert d’un classicisme inévitable dans le récit, imposait un film à l’esprit inimitable. Branagh parvient tout de même à s’approprier l’immuable histoire grâce à quelques menus détails, dans l’écriture ou ailleurs, qui illustrent ses idéaux de cinéma.

Cendrillon

A travers un certain nombre de nuances apportées à l’univers, Kenneth Branagh façonne un réel intérêt pour cette nouvelle adaptation. Une sous-intrigue politique, bien que trop courte, est rajoutée au sein de la cour royale, écho aux dimensions politiques et jeux de pouvoirs régulièrement présents dans les œuvres du dramaturge anglais que Branagh affectionne tant, et ici mise notamment en valeur par l’élégante et toujours délicieuse présence de Derek Jacobi en monarque. Ailleurs, la caractérisation du personnage de la marâtre, campée par la peu subtile (mais très charismatique) Cate Blanchett, prend une nouvelle allure lors d’une très juste réplique finale. On se prête presque volontiers au jeu, tout en en réclamant davantage, comme si cette nouvelle version pouvait se permettre de durer trois heures et de prendre davantage des allures de fresque shakespearienne. Et c’est peut-être là où le bât blesse également ; si les modestes ajouts typiques de Branagh confèrent une force supplémentaire au récit, il se retrouve prisonnier, dans d’autres chapitres du film, de séquences qu’il ne parvient pas à intégrer dans son cinéma. La Bonne Fée, interprétée par Helena Bonham Carter, est alors expédiée avec un mauvais goût foisonnant au manque d’inspiration et de rigueur tranchant avec ce dont est capable le réalisateur. En parallèle, Branagh se gamelle également au même endroit que Christophe Gans dans son adaptation de La Belle et la Bête, rendant les sœurs tellement vaines et insupportables que les séquences elles-mêmes en souffrent.

CendrillonDe la sorte, le film oscille entre des chapitres résolument passionnants, pour ne pas dire virtuoses, et d’autres qui apparaissent comme des étapes obligées, traitées sans génie. Si l’acte d’exposition est remarquable dans son efficacité et son authenticité, il faudra attendre la fameuse scène de bal avant de retrouver une maîtrise équivalente dans le métrage. D’ailleurs, ledit bal est peut-être le point qui justifie à lui-seul le visionnage du film, tant il orbite complètement autour de la séquence, magnifiée en puissance par la caméra habile et énergique de Kenneth Branagh qui n’avait peut-être pas eu autant de panache depuis Hamlet, épousant au passage une direction artistique globalement brillante et achevée. D’autant plus que, comme à l’accoutumée, Branagh a su conserver les services du génial et loyal Patrick Doyle, qui signe une fois de plus une partition à la précision musicale enchanteresse dont il a le secret, conférant de la sorte aux images de Branagh, somptueusement photographiées par Haris Zambarloukos (avec qui il collabore depuis Le Limier), l’ampleur qu’elles méritent. On en vient presque à oublier les séquences plus malheureuses impliquant des trucages numériques peu maîtrisés.

Cendrillon 4

Il ne faut du coup pas se méprendre non plus sur l’intérêt final de nouveau Cendrillon : c’est uniquement Kenneth Branagh et ce qu’il apporte. Si le film pourra sans doute trouver une place dans le cœur des amateurs, ou connaisseurs, du metteur en scène, son intérêt pour un public plus large risque de demeurer limité. Et ça n’est sans doute pas le duo plutôt fade présent qui leur fera oublier le classique d’animation. Peut-être aurait-il fallu retourner davantage à l’essence d’un des textes d’origine, que ce soit chez Perrault ou les frères Grimm, pour proposer quelque chose de plus original, comme Kenneth Branagh lui-même l’avait fait sur son Mary Shelley’s Frankenstein. Dans le cas présent, on peut tout de même jouir, et ça n’est pas tous les jours qu’on le dit chez Disney, d’un imparfait, modeste mais beau film d’auteur. Auteur que l’on espère définitivement sorti de sa mauvaise passe.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le père d’Ella, un marchand, s’est remarié après la mort tragique de la mère de la jeune fille. Pour l’amour de son père, Ella accueille à bras ouverts sa nouvelle belle-mère et les filles de celle-ci, Anastasie et Javotte. Mais lorsque le père d’Ella meurt à son tour, la jeune fille se retrouve à la merci de sa nouvelle famille, jalouse et cruelle. Les trois méchantes femmes font d’elle leur servante, et la surnomment avec mépris Cendrillon parce qu’elle est toujours couverte de cendres. Pourtant, malgré la cruauté dont elle est victime, Ella est déterminée à respecter la promesse faite à sa mère avant de mourir : elle sera courageuse et bonne. Elle ne se laissera aller ni au désespoir, ni au mépris envers ceux qui la maltraitent. Un jour, Ella rencontre un beau jeune homme dans la forêt. Ignorant qu’il s’agit d’un prince, elle le croit employé au palais. Ella a le sentiment d’avoir trouvé l’âme soeur. Une lueur d’espoir brûle dans son coeur, car toutes les jeunes filles du pays ont été invitées à assister à un bal au palais. Espérant y rencontrer à nouveau le charmant Kit, Ella attend avec impatience de se rendre à la fête. Hélas, sa belle-mère lui défend d’y assister et réduit sa robe en pièces… Pendant ce temps, le Grand Duc complote avec la méchante belle-mère pour empêcher le Prince de retrouver celle qu’il aime... Heureusement, comme dans tout bon conte de fées, la chance finira par sourire à Ella : une vieille mendiante fait son apparition, et à l’aide d’une citrouille et de quelques souris, elle va changer le destin de la jeune fille…