Casino (Martin Scorsese, 1995)

de le 16/10/2015
 
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Parmi les nombreux classiques diffusés en l’honneur de Martin Scorsese au Festival Lumière, Casino est une incroyable épopée mafieuse à Las Vegas. Un chef d’œuvre qui demeure encore aujourd’hui l’une des plus belles réussites de son immense cinéaste.

Casino 1C’est en découvrant un article du Las Vegas Sun de 1980 sur la vie du gangster Frank Rosenthal que Nicholas Pileggi développe l’idée d’un nouveau livre dans la veine des Affranchis. Parallèlement à la sortie de son livre intitulé Casino, il travaille au scénario avec Scorsese tout juste sorti de l’échec en salles de son mélodrame Le temps de l’innocence. Barbara De Fina, fidèle collaboratrice du metteur en scène, se charge de produire l’ensemble avec Universal Pictures et les français de Légende Enterprises (1492 : Christophe Colomb). Le cinéaste retrouve ses interprètes fétiches Robert De Niro, Joe Pesci et Frank Vincent. Pour Ginger McKenna de nombreuses actrices telles que Nicole Kidman, Madonna ou Traci Lords sont envisagées. Sean Young enceinte doit renoncer au rôle qui échouera à Sharon Stone. James Woods rejoint la distribution après avoir laissé un message sur le répondeur du cinéaste ou il jouait une célèbre scène de Taxi Driver, tandis que L.Q. Jones ancien interprète de Sam Peckinpah vient compléter la distribution. Michael Balhauss étant occupé sur Alerte ! de Wolfgang Petersen, c’est Robert Richardson ancien collaborateur d’Oliver Stone, qui se charge de la photographie, inaugurant une fructueuse collaboration avec Scorsese.

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Dès le somptueux générique de Saul Bass qui renoue avec ses meilleures créations pour Hitchcock, le ton tragique et épique du 16ème long métrage de Scorsese est donné. À travers une approche qui a déjà fait ses preuves sur Les affranchis. Cependant Scorsese ne minimise pas les risques « c’est un film qui a une histoire mais pas d’intrigue » confiait-t’il à la sortie. La narration s’articule sur les moments de vie clés des protagonistes. De nombreuses parenthèses permettent de mieux comprendre les tenants et aboutissants politico-économique du Tangiers, ses répercussions régionales voir nationales. Loin d’être un handicap ces intermèdes permettent d’étaler l’incroyable documentation y compris dans des détails en apparence anodins (le poids des dés, le nombre de myrtilles dans les gâteaux), qui permettent à Rothstein de prospérer sur son empire. Une maniaquerie qui permet une immersion émotionnelle totale. La voix off se veut un point de vue introspectif et désenchanté sur les évènements dont nous sommes témoins privilégiés. Le cinéaste allant jusqu’à briser le 4ème mur au détour d’un « freeze » dont découlera tout le dernier acte. Le force du cinéma de Scorsese est d’avoir détourné quantité d’effets censé interroger la place du spectateur dans le processus filmique, à des fins narratives et immersives. Il en va de même pour la mise en scène toujours en accord avec les états d’âmes des personnages et les enjeux scéniques : steadycam, composition tridimensionnelle du cadre, courte focale extrême, reflets sur toute surfaces susceptibles de les accueillir (miroirs, lunettes de soleils….). Une virtuosité de chaque instant jamais gratuite car toujours au service de l’histoire et non l’inverse.

Casino 3Thelma Schoonmaker profite de ce long métrage pour expérimenter le montage numérique et perfectionner un rythme soutenu qui ne faiblit jamais grâce à de nombreux effets, comme le fondu enchainé entre deux travellings et le jump cut. À l’instar de la collaboration entre Janusz Kaminski et Steven Spielberg, Robert Richardson permet à Scorsese de trouver une seconde jeunesse visuelle. Le chef opérateur de Tueurs Nés, surnommé le « roi de l’éclairage Rock N’Roll », multiplie les sources lumineuses vives et les contrastes colorimétriques violents afin d’accentuer la grandiloquence de l’univers dépeint. Si les points communs entre Les affranchis et Casino sont nombreux : épopées mafieuses couvrant plusieurs décennies, présence de De Niro et Pesci au casting, scénario co-écrit par Pillegi… Le second est moins une relecture du précédent que sa suite thématique. Si le 1er film prenait place dans la middle class américaine, le second se situe dans les hautes sphères du pouvoir par l’intermédiaire de Las Vegas. Ace cherche à rester le plus « clean » vis à vis d’opérations pourtant illégales.

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Pour sa 8ème et dernière collaboration avec Scorsese, De Niro démontre à nouveau l’immense étendue de son talent mais dans un registre sensiblement différent de ses prestations dans Taxi Driver et Raging Bull. Son interprétation n’étant pas s’en rappeler son mimétisme introspectif de Heat sorti la même année. Quant à Joe Pesci sa prestation tantôt humoristique tantôt terrifiante rappelle celle de James Cagney. Dans le rôle de McKenna, Sharon Stone offre sa meilleure prestation dans un registre à fleur de peau qui lui permet de tenir tête à ces deux interprètes. Son personnage est l’un des principaux éléments qui vont conduire Rothstein à sa chute. La tragédie doit autant à la naïveté d’Ace qu’à l’autodestruction de McKenna. Une relation passionnelle, dont le point d’orgue est la dispute au petit matin devant la résidence de Rothstein. Scène où Scorsese met à nu l’aspect pathétique de ses personnages comme en témoigne les réactions de leur voisinage. Cependant loin d’être misanthrope, Scorsese garde une profonde humanité vis à vis de ses personnages en dépit de leur immoralité. À travers le trio principal c’est toute une vision de l’Amérique auquel nous convie le cinéaste. Si le personnage de De Niro parvient à mettre de nombreux politiciens dans sa poche, la suite du récit sera bien moins glorieuse avec la destruction des différentes casino de l’époque remplacés par l’ère des buisnessmen et des traders. Tout un symbole à l’image du lion/MGM à la fin. Animal que l’on retrouvera en ouverture du Loup de Wall Street.

Casino 5Les concordances entre ses deux œuvres et Les Affranchis, y compris dans leurs conclusions qui tiennent d’avantage de la ponctuation musicale. Scorsese nous amène à questionner la moralité et le destin de ses personnages. Une vision certes morale mais pas moraliste de son sujet qui permet au cinéaste de toucher à un point de vue profondément humain et universel. Sorti le 25 novembre 1995 aux États Unis le film rapporta 42 millions de dollars pour un budget de 52. Sharon Stone remporta le Golden Globe de la meilleure actrice. Le film marqua le début d’un nouveau départ aussi bien pour Martin Scorsese que pour son interprète fétiche. Casino est considéré comme une œuvre importante dans la filmographie de ses créateurs. Un statut totalement justifié.

Casino constitue une pierre angulaire dans la filmographie de Martin Scorsese. Le cinéaste y livre un chef d’œuvre qui n’a rien perdu de sa vigueur autant formelle que narrative. Sa richesse se situe aussi bien dans son écriture dense, que dans son impressionnante réalisation et ses géniaux interprètes. Un des meilleurs films des années 90.

FICHE FILM
 
Synopsis

En 1973, Sam Ace Rothstein est le grand manitou de la ville de toutes les folies, Las Vegas. Grace à la mafia , il vient d’être nommé à la tête du Casino le Tangies et épouse une virtuose de l’arnaque, Ginger Mc Kenna, qui sombre bien vite dans l’alcool et la drogue. Mais un autre ennui guette Sam, son ami d’enfance Nicky Santoro, qui entreprend de mettre la ville en coupe réglée…