Café Society (Woody Allen, 2016)

de le 16/05/2016
 
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Participent aux cycles de chaque année : Noël, la Saint-Valentin ou encore Woody Allen. Façon lapin Duracell, l’éternellement angoissé réalisateur new-yorkais tient un rythme qui est tout à son honneur. Par sa succession de grands et petits films, il contribue encore aujourd’hui à la globalité d’une œuvre complète, une saga centrée sur la dissection des corps amoureux, bourgeois et parfois même vains. Café Society le repropulse nécessairement dans le charme de son univers nostalgique, ici face au désuet, peut-être même fantoche, fantasme hollywoodien.

Cafe Society 1Les mauvaises langues pourraient dire que Woody Allen fait toujours le même film. Et alors ? De près ou de loin, c’est en réalité la caractéristique de nombre de cinéastes américains obsessionnels, de Scorsese à Malick. Ces variations infinies sur la société officient justement comme occasion pour affiner toujours plus sa vision, selon le prisme de l’optimisme (Magic in the Moonlight) ou du pessimisme (Crimes et Délits). Depuis le drame ou la comédie romantique, il construit son cinéma sur l’alchimie de ses protagonistes dont désormais il semble avoir parfaitement saisi le mécanisme, peut-être au prix d’archétypes biens connus et renouvelés. Il se saupoudre toujours lui-même au-dessus d’une poignée de nerveux à tendance intellectuelle, et constitue de la sorte non seulement un regard sur lui-même, mais aussi, après tout, sur l’Amérique.

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Au sein de cette recette qui paraît éculée, Woody Allen apporte néanmoins, de manière éparse, des éléments qui parviennent à donner de la singularité à ses métrages, leur donner une âme distincte malgré tous les rapprochements que l’on pourrait et devrait faire. Il profite même de Café Society pour faire un pas de géant dans la technique de sa filmographie, avec son premier film tourné en numérique, supervisé par l’œil expert de Vittorio Storaro. Le détail n’est pas anodin puisque non seulement son approche esthétique se métamorphose, tout du moins évolue, mais c’est plus encore l’occasion de repenser discrètement sa mise en scène et son adéquation avec le fond. Exit le surexposé selon Darius Khondjhi, ici il travaille des gammes pâles, parfois mêmes désaturées, où éventuellement les jeux de couleurs s’appliquent à façonner avec justesse le monde art déco et l’architecture façon Frank Lloyd Wright. Il observe la superficialité depuis un regard, technique faisante, qu’il a réussi à rendre d’autant plus superficiel.

Cafe Society 3En fin de compte, c’est surtout de l’humour, qu’il se défait. Si l’on extrait les apartés new-yorkais de la famille juive (l’occasion, forcément, de revenir sur sa religion avec un cynisme délicat : “ils auraient beaucoup plus de clients s’ils proposaient une vie après la mort”) ou même l’introduction de Steve Carell – toujours génial, ça n’est pas nécessairement un film drôle, ni même tant que cela absurde. En se concentrant sur le vide sentimental de ses protagonistes, il revient à un ton s’égarant entre le charme, la nostalgie et la mélancolie. Dans Jesse Eisenberg, il (re)trouve sans surprise l’alter-égo comblant sa frustration de ne plus pouvoir jouer lui-même ce genre de protagonistes. C’est là qu’on se rend compte, peut-être davantage vis-à-vis de tous les acteurs avec lesquels Woody Allen a collaboré, dans quelle mesure Eisenberg reçoit presque ce que l’on pourrait qualifier être un “traitement de faveur”, car l’auteur regarde forcément ce miroir déformant avec une tendresse qu’il ne peut dupliquer avec un autre.

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Entre vide et plénitude sentimentale, le charmant duo Eisenberg / Kristen Stewart est rendu magnétique par la caméra du réalisateur – qui aura toujours su remarquablement bien filmer ce genre situation, il faut bien l’avouer. Mais comme tout vrai amour, celui qui connaît le manque et la frustration, il est rendu impossible. Ceci dit, la délicatesse avec laquelle Woody Allen le traite fait encore une fois ici toute son exception : ça n’est non pas une tragédie, mais simplement une chose de la vie. Il s’en accommode comme d’un souvenir immuable du passé, dont il est désormais préférable de ne retenir que la beauté, que le bon. Le pessimisme est finalement relatif, quand l’absence de l’autre disparaît devant un dernier sublime fondu enchaîné. Un art simple comme bonjour, et pourtant, désormais si rare dans une forme aussi belle en guise de conclusion.

FICHE FILM
 
Synopsis

New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d'étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l'engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n'est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu'au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l'horizon s'éclaire pour Bobby et l'amour semble à portée de main…