Brothers (Vidhu Vinod Chopra, 2015)

de le 04/01/2016
 
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Après 8 années d’absence, essentiellement consacrées à la production et à l’écriture, Vidhu Vinod Chopra est de retour derrière une caméra. Un retour qu’il opère non pas en Inde mais sur le sol américain, livrant avec Brothers un remake de son grand classique Parinda, un des plus grands films indiens jamais réalisés. Il signe ainsi un drame et un thriller poignant, et insuffle dans un genre typiquement américain une identité visuelle et thématique qui en fait un film sortant clairement des sentiers battus.

Brothers 3En 1989, Vidhu Vinod Chopra signait avec Parinda un drame puissant articulé autour de deux frères liés par le sang, évoluant dans un monde de violence incroyable. Le film, aujourd’hui considéré comme un classique, faisait entrer le cinéma indien dans une ère nouvelle, perpétuée aujourd’hui par des auteurs tels qu’Anurag Kashyap. Un cinéma noir, violent et réaliste qui tranchait avec les traditions de pur entertainment. Depuis, le réalisateur s’est fait un nom à l’international, notamment avec Mission Kashmir sorti en 2000. Mais depuis 2007 et son grand drame Eklavya, Vidhu Vinod Chopra a laissé tomber la mise en scène. Il signe son grand retour avec Brothers, une relecture de Parinda mais où les rues de Mumbai ont laissé place à petite ville américaine proche de la frontière mexicaine.

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Un simple changement de décor ? Pas tout à fait. Un des sérieux atouts de Brothers vient de l’identité que possède le film, directement liée à la nature d’un réalisateur étranger shootant sur le sol américain. Ainsi, si de nombreux films ont pris le même cadre, et des intrigues relativement proches, celui-ci possède une fraîcheur dans le traitement que les autres ont perdu. Brothers se pare ainsi d’une imagerie très typée western, le genre américain par excellence, pour traiter d’un récit d’infiltration dopé par une emphase dans le drama directement hérité du cinéma indien. Il y règne une ambiance extrêmement lourde, une noirceur extrême qui tranche avec le soleil de plomb qui assomme le décor. Visuellement, la mise en scène très inspirée de Vidhu Vinod Chopra trouve un écho remarquable dans la photographie de Tom Stern, chef opérateur attitré de Clint Eastwood qui livre un travail tout en contrastes. Rares sont les fausses notes, à l’image de cette explosion aussi forte sur le plan symbolique qu’assez pauvre sur le plan visuel dans le dernier acte. Mais à l’image de la séquence introductive, portée par un Thomas Jane tout en retenue, le film s’appuie sur un traitement visuel léché permettant de véhiculer une violence sourde.

Brothers 1Le récit, élaboré par Vidhu Vinod Chopra et Abhijat Joshi (fidèle collaborateur de l’auteur depuis Kareeb en 1998), est une sorte de créature à deux têtes parfois déstabilisant. En effet, le film prend pour cadre la frontière entre les USA et le Mexique, et par conséquence les récits secondaires se situent à la rencontre entre les deux univers criminels. Malheureusement ces éléments sont trop vite expédiés, de sorte que certains éléments du récit paraissent flous. Cependant, lorsqu’il se concentre sur l’histoire de ces deux frères, chacun offrant en quelque sorte sa vie en sacrifice à l’autre, Brothers trouve toute sa puissance.

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Ainsi, lorsqu’il dirige tous ses efforts vers la pure tragédie shakespearienne au cœur de son film, Vidhu Vinod Chopra retrouve la grâce et la puissance évocatrice de ses œuvres indiennes. Avec emphase et un traitement purement cinématographique du drame, sans retenue ni cynisme, il capte merveilleusement les racines du mal ainsi que la complexité des relations humaines, en particulier tout ce qui traite des liens du sang et du dilemme moral incroyable qui en découle bien souvent. Il n’y a rien de bien nouveau dans tout cela mais c’est exécuté avec suffisamment de talent pour imprimer au film quelque chose de durable. Tout ce qui peut paraitre légèrement brouillon s’efface derrière des personnages principaux très bien écrits, très « naturels » dans leur caractérisation, un recours à une violence extrême et frontale utilisée avec parcimonie, et cette ambiance très noire qui scelle l’identité propre à Brothers. Le duo formé par Anton Yelchin et Chris Marquette fonctionne à la perfection, même si le premier manque légèrement de charisme. Un charisme qui ne fait pas défaut à Vincent D’Onofrio, impeccable dans la peau du gros gangster local. Un personnage qui échappe à tout manichéisme dans la mesure où en plus d’être un simple bad guy, il développe une véritable forme d’amour paternel envers ses hommes de main. Une relation complexe pour cet homme aux comportements souvent inhumains. Par sa simplicité et ses choix jamais mis en défaut, Brothers s’impose comme un petit film capable de grandes choses, et notamment d’exporter un talent qui semblait inéluctablement lié à la culture dont il était issu.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jacob et Buddy sont deux frères que tout sépare. Promis à un brillant avenir de violoniste à New York et sur le point de se marier, Jacob rend visite à son frère dans sa ville natale au Texas. Il y découvre que Buddy est manipulé par un baron du crime local, qui a fait de lui un tueur à gages impliqué dans une guerre avec un cartel mexicain. Jacob décide alors de sortir son frère de ce milieu…