Broken (Lee Jeong-ho, 2014)

de le 04/11/2014
 
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Festival du Film Coréen de Paris 2014 : section paysage.

Après quatre ans d’absence, le réalisateur Lee Jeong-ho revient avec un film de vengeance âpre et viscéral. Répondant un peu trop docilement aux codes définis par ce genre, Broken reste néanmoins un long-métrage percutant, qui va chercher dans cette part la plus sombre tapie en chacun de nous et remet en question l’efficacité système judiciaire coréen devenu obsolète.

Broken 1Si le cinéma coréen a su exploiter à plusieurs reprises le thème de la vengeance, avec notamment la fameuse trilogie de Park Chan-wook en tête de gondole, il semble ne pas en avoir finit d’en tirer de nouvelles orientations. C’est à ce genre que s’essaie le réalisateur Lee Jeong-ho pour son deuxième long-métrage avec un pur film de vengeance. Le tout part de ce père de famille incarné par Jeong Jae-yeong (vu récemment dans le Sunhi de Hong Sang-soo) qui n’a plus rien à perdre après que sa fille ait été violée et retrouvée morte dans un squat. Cette adaptation d’un roman japonais de Keigo Higashino publié en 2004, prend très vite ses marques dans les codes balisés des films de vengeance en adoptant un point de vue omniscient avec une mise en parallèle du père, des policiers et des meurtriers en fuite. De ce côté, Broken n’est pas vraiment surprenant.

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Lee Jeong-ho se débarrasse rapidement de la mise en forme de son récit, avec comme prologue une scène qui se situera juste avant le dénouement, pour mieux se concentrer sur la vraie question que pose son film. Le deuxième long-métrage de ce dernier est une expérience très dure. Non pas parce que son point de départ et ses conséquences sont tragiques, ressemblant à un énième fait divers, mais bien dans la manière de traiter la légitimité d’une rétribution personnelle, face à un système judiciaire dépassé par les dérives contemporaines. Car la pauvre fille n’a pas été assassinée par un tueur en série. Elle est la victime anonyme d’un groupe de jeunes du même âge, inconscients d’avoir perdu leur humanité et qui s’amusent à enregistrer leurs sordides exploits pour garnir leur tableau de chasse en ligne. Rien n’excuse cette jeunesse de bourreaux perdue et rien ne pourra ramener cette fille à son père désormais seul au monde.

Broken 3Or une justice trop bienveillante auprès de ces mineurs n’inculpera que de quelques années de prison ces meurtriers qu’ils ne feront même pas. Prise entre deux feux, la police semble l’éternelle incapable de ce système qui ne fonctionne plus. L’inspecteur souhaite autant que le père voir ces jeunes payer pour ce qu’ils ont fait, mais se doit de les protéger de ce père devenu aussi assassin. Tout ce questionnement s’impose au spectateur lorsque le père retrouve la trace du premier adolescent. Lee Jeong-ho nous met face à ce choix impossible où les deux se font face. Nous sommes poussé avec le père dans ses derniers retranchements et cette question : « Pourquoi ? » S’en suivra un déchainement de violence de l’homme sur le garçon. Le réalisateur nous fait témoin de cette scène et complices de cette brutalité qui s’abat sur un être ignoble. Nous sommes avec le père. Lui à qui la police avait demandé de ne rien faire, ce père est devenu monstre de rage et de colère face à l’insoutenable, ne permettant pas que l’assassin s’en tire à bon compte, comme si sa fille n’avait jamais existé.

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Broken sait nous prendre aux tripes. À convoquer ce qu’il y a de plus révolté en nous pour justifier cette vengeance qui remonte la chaîne jusqu’au dernier suspect. Le film pose également la position délicate des parents, tous victimes, qu’ils soient ceux des victimes que ceux des meurtriers avec cette scène dans le commissariat opposant les deux facettes aux deux extrémités de la pièce. Il est dommage que Lee Jeong-ho n’ait pas su se démarquer un peu plus des codes et passages obligés du film de vengeance. En plus de sujet et de son traitement, le réalisateur avait tout pour faire de Broken une nouvelle référence du genre. Cependant, son dernier long-métrage nous remue, pendant et après la séance, nous interrogeant sur ce que nous serions prêts à faire si nous nous retrouvions dans cette terrible situation. Est-ce pour soulager notre conscience ou notre soif de justice expéditrice que nous serions prêts à commettre l’irréparable ? Souhaitons que nous n’ayons jamais à nous poser cette question.

FICHE FILM
 
Synopsis

Sang-hyun est veuf et élève seul sa fille adolescente. Lorsque le cadavre de celle-ci est retrouvé, son monde s’écroule. Hébété dans un premier temps, il va recevoir un sms lui donnant l’adresse de l’assassin de sa fille. Plutôt que d’en parler à la police, Sang-hyun va se rendre seul à cette adresse. Bientôt une quête de vengeance anime ce père qui n’a plus rien à perdre, et que la police va devoir arrêter avant qu’il ne soit trop tard.