Broken City (Allen Hughes, 2013)

de le 25/04/2013
 
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Tandis que son frère jumeau Albert est en pleine galère pour monter son Motor City avec Gerard Butler, Allen Hughes a réussi à quitter le nid pour réaliser Broken City, un titre plein de promesses quand on connait la tendance frondeuse du duo. Malheureusement, point de film engagé à l’horizon avec en lieu et place un thriller légèrement mou du bulbe qui se voudrait héritier du film noir moderne mais ne se donne jamais les moyens de ses ambitions. Et s’il n’y avait pas cette sophistication dans la mise en scène ou ce casting aux petits oignons, l’intérêt de la chose frôlerait le néant.

Il fallait bien que ça arrive, les deux frères Hughes se sont séparés. Eux qui avaient signé dans les années 90 deux films incroyables, autant au niveau de leur approche cinématographique que de leur engagement politique :  Menace II Society et  Génération sacrifiée. Presque 20 ans plus tard, après une adaptation en demi-teinte d’Alan Moore et un film post-apocalyptique globalement conspué, c’est en solo que revient Allen Hughes avec Broken City et son titre plein de promesses. Des promesses car il y est question de politique, de justice, de crise du logement, du monde du cinéma, le tout sous la forme de ce qui s’apparente volontiers à une variation de film noir. Avec Chinatown ou L’année du dragon en ligne de mire, il vaut mieux assurer et Allen Hughes y va malheureusement trop mollement. La faute en grande partie au scénario signé Brian Tucker, son premier, qui manque cruellement de cohérence et ne parvient jamais à faire naître un quelconque effet de surprise. Sachant que tout bon film noir prend son envol dès lors que le pot aux roses est découvert, la faculté de Broken City à paraître limpide à chaque instant, sans la moindre petite situation inattendue, pose un sérieux problème. Au moins autant que la façon dédaigneuse dont sont balayés les quelques sujets de fond mentionnés ci-dessus.

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Avec son rythme ronflant, Broken City ressemble à une Porsche roulant en sous-régime. La puissance se fait sentir mais elle est bridée par bien trop de paramètres. Tout est pourtant là, des rues de New York où la violence frappe à n’importe quelle heure et n’importe qui, y compris les enfants, aux méthodes peu orthodoxes des requins de la politique, en passant par une justice à la botte des puissants. Mais d’un tel matériau, Allen Hughes ne fait pas grand chose, trop occupé à astiquer sa parure étincelante. Dès lors, l’ensemble des sous-intrigues qui auraient pu former une nouvelle charge virulente à l’encontre d’un système, caractéristique du cinéma des frères Hughes qui leur aura posé tant de problèmes pour concrétiser leurs projets à Hollywood, sont systématiquement avortées. Une tendance à ne pas aller au bout des choses qui se répercute également sur la trame principale du récit, à l’image du personnage de la femme de Mark Wahlberg, interprétée par une Natalie Martinez convaincante en actrice en devenir, complètement sacrifié. C’est simple, le temps d’un rebondissement, elle disparait purement et simplement du film sans aucune logique apparente. C’est d’autant plus ennuyeux que son personnage permettait de construire celui de Wahlberg, donnant même lieu à un couple de scènes assez géniales concernant le milieu du cinéma snobinard. Mais là encore, tout n’est que survolé et il sera bien difficile d’y voir autre chose qu’une gentille pique à des confrères peu compatissant, mais sans aucune conséquence. Broken City manque de coffre et n’est au final qu’un film neo-noir de milieu de tableau, loin d’être désagréable malgré son manque de rythme flagrant, mais qui semble passer à côté de tout son potentiel.

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Sans surprise Mark Wahlberg y est très bon, dans un rôle qui semble taillé pour lui, tout comme Russell Crowe, étonnamment sobre, parfaite incarnation de l’homme politique manipulateur derrière son bronzage aussi artificiel que sa parole. Avec un tel casting, dont la qualité s’étend jusqu’aux seconds rôles, on était en droit d’attendre un film d’un tout autre calibre. Car pour l’aspect film noir, on se situe tout de même très loin du genre, mis à part une poignée de motifs repris assez vulgairement. Il est bien entendu question de manipulation et de paranoïa, d’un faible face à des puissants, mais tout est tellement cousu de fil blanc qu’on finit par de plus y voir aucun intérêt. On est bien loin de la performance de Polanski sur Chinatown, modèle bien trop immense auquel Broken City essaye de se frotter. C’est d’autant plus rageant qu’Allen Hughes reste un habile filmeur et qu’il déploie une grammaire cinématographique très noble. A grands coups de travellings circulaires et de plans séquences toujours très maîtrisés, il impose un style de narration visuelle qui place le film, au niveau formel, au-dessus du lot. Sauf que cette mise en scène très élaborée ne trouve jamais de justification dans le récit et ressemble ainsi plus à de la frime qu’à autre chose. Broken City a de la classe mais manque de matière. Et le film a beau proposer une belle séquence de course-poursuite et une photographie qui capte merveilleusement les extérieurs nuit de New York (signée Ben Seresin, directeur de la photographie d’Unstoppable et Pain & Gain), ainsi qu’une composition musicale atmosphérique du plus belle effet par Atticus Ross et consorts, il n’en reste pas moins un thriller/film noir vaguement politique et manipulateur très moyen. Il serait de bon ton que les frères Hughes reforment leur duo.

FICHE FILM
 
Synopsis

Engagé par le maire pour enquêter sur la possible infidélité de sa femme, un ex-flic devenu détective se retrouve au coeur d'une vaste machination politique.