Bone Tomahawk (S. Craig Zahler, 2015)

de le 07/03/2016
 
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Véritable touche-à-tout, S. Craig Zahler passe avec brio l’essai de la mise en scène d’un long métrage avec Bone Tomahawk. Pur western dans la grande tradition américaine, couplé à un film d’horreur d’une brutalité extrême, Bone Tomahawk est une série B extrêmement noble, qui ne cherche pas à tergiverser et livre exactement ce qui était promis, voire même un peu plus. Et le tout en s’appuyant sur un budget ridicule, soit une nouvelle et belle preuve que cette excuse n’est avancée que par les médiocres pour justifier un échec artistique.

Bone TomahawkS. Craig Zahler sait tout faire. Directeur de la photographie sur quelques films, auteur de romans assez radicaux (Wraiths of the Broken Land ou Exécutions à Victory), membre du groupe de black metal Charnel Valley et scénariste (The Incident d’Alexandre Courtès, une poignée de scripts dont un de western ultra violent présent sur la black list il y a quelques années et qui devait être mis en scène par Park Chan-wook). Il ajoute maintenant la casquette de réalisateur avec cet impressionnant Bone Tomahawk. Impressionnant à plusieurs niveaux. Tout d’abord car avec un budget inférieur à 2 millions de dollars et un tournage d’une vingtaine de jours, le film ne fait jamais cheap et parait même coûter plus cher que certaines grosses productions. Ensuite car il s’agit là d’un film qui choisit un cap et ne se dérobe jamais, fruit d’une intégrité absolue. Enfin car S. Craig Zahler ne recule devant rien et a tout compris à comment satisfaire les amateurs des genres convoqués.

Bone Tomahawk

Et ce sans essayer de marcher dans les pas de l’immense et toujours trop méconnu Vorace, qui mélangeait déjà brillamment western et cannibalisme. Bone Tomahawk emprunte un tout autre chemin. Celui d’un western finalement assez classique mais qui va lentement mais surement dévier vers l’horreur barbare pure et dure. Ainsi, s’il n’y avait pas la séquence d’ouverture, déjà franchement graphique en plus de donner une occasion de croiser la trogne de Sid Haig, comme un avant-goût bien sanglant, toute la première partie pourrait faire illusion quant à la nature hybride de cette série B. Un type un peu louche débarque dans une petite ville tranquille, le shérif du coin l’envoie en cellule et le lendemain matin le bonhomme ainsi que l’assistante du docteur local ont disparu, kidnappés par des membres d’une tribu d’indiens « troglodytes ». Une petite équipe part alors à leur rescousse. Soit un script qui se cale à priori confortablement dans le schéma éprouvé de La Prisonnière du désert de John Ford. Mais là encore, si l’idée générale est assez proche, le résultat n’a rien à voir car S. Craig Zahler choisit une toute autre approche. Une des grandes réussites de son film tient dans la construction des quatre personnages principaux (les secondaires ne bénéficiant malheureusement pas d’un soin particulier) et dans la direction des quatre acteurs qui les incarnent. Avec un soin du détail, une certaine science du dialogue et la volonté de ne rien surcharger au niveau de l’intrigue, il parvient à bâtir des personnages de cinéma qui se tiennent et qui évoluent logiquement. Mais également de véritables vecteurs d’émotion. En particulier Richard Jenkins, littéralement bouleversant dans le rôle de l’adjoint au shérif, et ce jusqu’au dernier instant. Le seul bémol concernerait peut-être Patrick Wilson qui hérite du personnage le moins complexe, et ce même s’il assure dans la peau du notable symboliquement castré, à plusieurs reprises qui plus est.

BONE TOMAHAWKSans grande surprise, Kurt Russell est génial dans la peau du shérif taciturne et symbole de masculinité, d’autant plus touchant lors de la conclusion. Quant à Matthew Fox, il se montre étonnamment bon dans le rôle du chasseur efficace, sur de lui et presque dénué d’émotions. Ces quatre bonhommes sont écrits avec suffisamment de talent qu’un lien assez fort se crée entre eux et le spectateur. Une implication émotionnelle essentielle, sachant qu’il parait évident assez tôt dans le récit que cette folle équipée ne peut pas bien se terminer. S. Craig Zahler fait le choix, courageux, d’une aventure qui va opposer des sauvages (qu’il prend le soin de ne pas assimiler aux indiens d’Amérique le temps d’une séquence), à l’homme blanc qui part dans une quête vengeresse et forcément punitive et sanglante. Le film ne peut ainsi que se terminer par un massacre.

Bone Tomahawk

Ainsi, dès que l’action se voit déplacée dans le lieu de résidence des troglodytes, le film bascule littéralement dans l’horreur. Une horreur sourde, brutale et frontale, qui se traduit à l’écran par un déferlement de gore qui tache. Ici, on n’est pas devant les pitreries d’Eli Roth mais bien devant de la sauvagerie à l’état brut, et qui va crescendo. Un basculement assez fascinant dans la mesure où Bone Tomahawk déroulait jusque là son récit dépouillé à un rythme très posé, sans chercher à aller trop vite, et ce dans un scope somptueux. La lumière composée par Benji Bakshi, plutôt habitué à de la série B de bas étage voire presque Z du type Big Ass Spider! ou Some Kind of Hate, perd peu à peu de sa chaleur jusqu’à approcher d’un monochrome poussiéreux palpable à l’écran. Des choix astucieux afin de na pas se faire torpiller l’esthétique du film par un budget restreint. Voila un film qui a de la gueule et des tripes, qui aborde les genres avec respect et maîtrise, qui refuse tout cynisme ambiant et qui renoue avec un cinéma viril et brutal, excessif mais jamais grand-guignolesque. Un film qui assume pleinement ce qu’il est et ne cherche pas à s’en excuser. Soit la preuve que S. Craig Zahler est parvenu au juste dosage, un film qui va droit au but, avec l’équilibre parfait entre sérénité et sauvagerie.

FICHE FILM
 
Synopsis

1850 - quelque part entre le Texas et le Nouveau Mexique. Dans la paisible ville de Bright Hope, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Le shérif local accompagné de quelques hommes se lance alors à leur poursuite pour tenter de les sauver…