Blood Father (Jean-François Richet, 2016)

de le 31/08/2016
 
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Pour sa seconde expérience en langue anglaise, Jean-François Richet hausse le ton et se paye l’acteur qui reste, malgré toutes ses années de purgatoire, peut-être ce qui se fait de mieux dans le monde. Mel Gibson, à qui il offre en plus un rôle complexe qui l’amène à nouveau sur le chemin de la rédemption. En résulte un film étonnant, qui ne correspond en rien à la série B d’action qu’on a bien voulu nous vendre.

Blood Father 3D’un côté un metteur en scène français capable du meilleur (Mesrine) comme du pire (Un Moment d’égarement). De l’autre une légende du cinéma, aussi à l’aise dans l’action que dans le drame ou la comédie, et qui a depuis quelques années un mal fou à obtenir autre chose que du caméo dans des séries Z mal branlées, dans lesquelles il écrase toute une distribution (Machete Kills ou Expendables 3) en une apparition. Et ce après un second souffle pourtant obtenu grâce au Complexe du castor de Jodie Foster et un Kill the Gringo assez épatant. Blood Father est dans un sens, en attendant son grand retour derrière la caméra avec Hacksaw Ridge, une bénédiction. Tout simplement car l’acteur retrouve un rôle à sa démesure, dans un film tout à fait modeste que son talent vient transcender. Soit tout sauf la resucée de Taken, concept sans doute vendeur, à laquelle on a voulu nous faire croire.

Blood Father

En effet, Blood Father ne peut être considéré comme un « film d’action » dans la mesure où l’action en question y est présente avec parcimonie, afin d’apporter une certaine rythmique au récit. Adaptation partielle du roman « Père de sang » de Peter Craig, Blood Father est une production modeste (le même budget que celui d’Un moment d’égarement d’après Richet, soit une douzaine de millions d’euros) qui n’essaye jamais de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Ainsi, Jean-François Richet ne se laisse pas tenter par un spectaculaire pour lequel il n’aurait de toute façon pas les moyens et s’en sort en patron, par le biais de sa mise en scène. Si le montage du long métrage s’avère parfois confus, la mise en scène en elle-même s’avère extrêmement propre et autant en accord avec son histoire que son budget. Dans les faits, cela se traduit par une économie de plans larges et de mouvements d’appareils majestueux et une profusion de plans au plus proche des acteurs. Et surtout d’un acteur évidemment, le visage et les yeux de Mel Gibson restant un des plus beaux décors de cinéma qui soit. Il est tellement présent, il habite tellement chaque cadre dans lequel il apparait, que ce récit semble avoir été conçu pour lui. Sans même parler des éléments qui viennent directement faire écho à la vie personnelle de l’acteur ou à sa carrière.

Blood Father 1En effet, Mel Gibson y interprète un bonhomme capable d’exploser, avec des idées très arrêtées sur les différentes communautés qui constituent l’Amérique, ex-alcoolique qui vit dans une caravane et manie merveilleusement le shotgun. Il y a donc, consciemment ou non, du Mad Mel, du Martin Riggs et même du Max Rockatansky dans ce John Link. Sans grande surprise, l’acteur efface littéralement ceux qui ont le malheur de partager l’affiche avec lui, et en premier lieu Erin Moriarty, qui ne parvient jamais à créer une forme d’empathie pour son personnage de « fille indigne ». Même les seconds rôles, campés par les pourtant très bons William H. Macy, Michael Parks ou Diego Luna, paraissent bien fades. Il faut avouer que le scénario de leur facilite pas la tache, centré exclusivement sur le duo père-fille. Ce qui est en même temps la grande force de Blood Father.

Blood Father

Si on met de côté une vision des gangsters latinos qui ferait passer Sons of Anarchy pour un documentaire du National Geographic, et quelques rebondissements quelque peu tirés par les cheveux (et qui, pour le coup, entraîneraient bien le film sur le terrain glissant de la série B sans grand intérêt), la rugosité que touche Jean-François Richet pour traiter son vrai sujet est une belle réussite. En effet, le grand intérêt de Blood Father, et là où il trouve une véritable justesse, tient dans son propos sur la paternité et les rapports si particuliers entre un père et sa fille. Ce récit de rédemption prend ainsi tout son sens lorsqu’il s’agit pour un père absent, pour ne pas dire un vrai sale type, d’affronter ce qu’est devenu sa progéniture et à quel point il est responsable. Poids du passé, moralité et métaphore du formidable sacrifice que représente le fait d’être père sont au centre de ce thriller pas nécessairement original, ni exceptionnel, mais qui raconte quelque chose, le raconte plutôt bien et offre au toujours génial Mel Gibson une occasion de faire à nouveau briller son talent. Pour incarner cet homme empruntant le chemin de croix de la rédemption, et qui va payer cher ses choix de vie et son inconsistance face aux responsabilités de père, mais non sans cet humour détaché toujours aussi efficace. Une noble petite série B transcendée par un immense acteur.

FICHE FILM
 
Synopsis

John Link n’a rien d’un tendre : ex-motard, ex-alcoolique, ex-taulard, il a pourtant laissé tomber ses mauvaises habitudes et vit reclus dans sa caravane, loin de toute tentation.
C’est l’appel inattendu de sa fille Lydia, 17 ans, qui va lui faire revoir ses plans de se tenir tranquille…
Celle-ci débarque chez lui après des années d’absence, poursuivie par des narcotrafiquants suite à un braquage qui a mal tourné.
Lorsque les membres du cartel viennent frapper à la porte de John, ils sont loin de se douter à qui ils ont affaire…