Black Storm (Steven Quale, 2014)

de le 11/08/2014
 
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Quand le niveau zéro du cinéma rencontre l’univers des tornades cela donne Black Storm. Malgré son solide CV de technicien dans les effets visuels, Steven Quale n’a rien d’un réalisateur et se laisse complètement dévorer par la tendance actuelle du found footage. Quitte à se faire un film sur les tornades, autant se refaire Twister qui avait des idées de mise en scène. On aura moins l’impression de se faire aspirer son argent par un film de producteurs formellement opportuniste.

Black Storm 1En 2014, lorsque l’on parle de tornades au cinéma, deux références nous viennent à l’esprit. Tout d’abord le long-métrage de Jan de Bont de 1996. Blockbuster surfant sur la vague de la fin des années 90 des catastrophes naturelles, Twister était alors le film abordant les tornades et suivait une bande de leurs chasseurs avec Bill Paxton et Helen Hunt en têtes d’affiche. Puis, plus récemment, on associe à l’image des tornades celle du requin avec le tristement célèbre direct-to-video Sharknado dont la suite vient de faire surface. Conçu de base comme de l’entertainment de piètre qualité, ce film avait su faire son trou grâce à un brillant écho sur les réseaux sociaux, plus porté sur le second degré de la chose. Cette fois, c’est la Warner qui avance ses pions avec Black Storm et tente un revival des tornades au cinéma. En 3D ? Même pas !

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Il aurait mieux fallu se méfier lorsque la promotion mettait plus en avant le hashtag du film ou le fait que ce dernier soit réalisé par le responsable des effets spéciaux d’Avatar. Étrange qu’ils n’aient pas plutôt mentionné sa précédente prestation sur le grand écran avec le cinquième opus de la saga Destination Finale. Or, on connaît bien le sort réservé aux spécialistes réputés des effets visuels une fois dans le fauteuil de réalisateur. Les exemples sont légion (Phil Tippett, les frères Strause, Stefen Fangmeier…) et le pauvre Steven Quale ne dérogera pas à la règle. On peut se douter aisément que ce sont des producteurs qui ont opté pour un dispositif conscient à la Blair Witch Project et continuer de profiter de la mode des films de found footage. Seul problème, c’est comme la quasi totalité de ces productions, le principe ne va pas plus loin que l’intention de départ et les possibilités restreintes de mise en scène ne laissent jamais la place à une créativité de la part des réalisateurs engagés.

black storm 3Les caméras sont placées n’importe où et n’importe comment. Jamais Steven Quale n’essaie de jouer avec l’idée du found footage pour rendre son film un minimum réaliste ou cohérent. À la fin, on ne sait même plus qui filme. Souvent personne, il faudrait croire à une caméra magique qui flotte toute seule dans les airs dont les images tournées auraient été montées à postériori au reste. Black Storm ce sont deux trois groupes perdus au milieu de la tornade : un premier de chasseurs de tornade avec l’argument scientifique bateau, des ados devant filmer leur dernier jour de lycée et deux rednecks ahuris prêts à mettre leurs vies en danger. Les groupes se croisent de temps à autre sans jamais que le film ne parvienne à créer un seul lien empathique envers ses personnages. Face à la tempête qui les menace, tous passent par un acte de contrition en se rendant coupables de tous les maux sur une partition poussive de Brian Tyler, plus assourdissante encore que la tempête. Bref, la caractérisation n’est pas le point fort de Black Storm, au moins c’est clair.

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Le sujet central, c’est la grosse tornade et puis c’est tout ! On prend donc notre mal en patience pendant les trente premières minutes que daigne débouler d’un nuage un tourbillon dévastateur. Pour un blockbuster usant de nombreux effets visuels, le film ne cumule qu’une cinquantaine de millions de dollars pour son budget. C’est beaucoup, mais à l’échelle d’un tel projet c’est deux à trois fois moins que la moyenne hollywoodienne. Triste est de constater que le niveau des effets visuels numériques pour recréer une tornade à l’écran n’a pas évolué depuis ce qu’avait sorti ILM pour Twister il y a 18 ans. Le côté démo technique est aussi décevant, malgré les quelques tentatives déjà présentes dans les bandes-annonces avec le ravage d’un aéroport ou un tourbillon enflammé. Ajoutez à cela un casting de téléfilm Disney Channel avec à son sommet un Richard Armitage complètement privé de tout son charisme dans la trilogie du Hobbit et vous obtiendrez Black Storm, dont l’épilogue révèle la malhonnêteté d’un projet à destination de la population américaine du Midwest, victime permanente des tornades.

FICHE FILM
 
Synopsis

En une journée, la petite ville de Silverton est dévastée par une multitude de tornades sans précédent. Les habitants sont désormais à la merci de ces cyclones ravageurs et meurtriers, alors même que les météorologues annoncent que le pire est à venir…
Tandis que la plupart des gens cherchent un abri, d’autres se risquent à se rapprocher de l’œil du cyclone pour tenter d’immortaliser en photos cet événement exceptionnel.