Black Sea (Kevin Macdonald, 2014)

de le 18/05/2015
 
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Black Sea 1Kevin Macdonald est un réalisateur au talent polymorphe. D’abord réalisateur de documentaires (notamment un consacré à la prise d’otages des J.O de Munich), Macdonald se fit remarquer dès son premier film de fiction Le Dernier Roi d’Écosse (après le semi-documentaire La Mort suspendue) véritable descente aux enfers viscérale sur un sujet qui fleurait pourtant bon l’indignation facile oubliant de faire passer son propos en faisant du Cinéma, et qui permit à Forest Whitaker de gagner l’Oscar du meilleur acteur en 2007.

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Après ce coup de maître (dans la fiction tout du moins), ses films suivants se firent pourtant moins remarquer par le grand public. Du thriller politique (Jeux de Pouvoir), au récit initiatique post-apo (How I Live Now), en passant par le péplum (L’Aigle de la Neuvième Légion), Kevin Macdonald n’a pourtant pas cessé d’enchaîner les réussites en touchant donc à tous les genres, s’entourant toujours d’un casting solide (Russell Crowe, Saoirse Ronan…), et en continuant même de signer des documentaires (le glaçant Mon Meilleur Ennemi consacré à Klaus Barbie) entre deux films de fiction. Black Sea sera la confirmation de plus que Macdonald est un réalisateur aussi précieux que discret.

S’inscrivant dans le sous-genre du film de sous-marin en assumant toutes ses caractéristiques, Black Sea étonne pourtant d’abord par le choix de ses protagonistes. Ici point de corps militaire, mais des ouvriers maritimes britanniques et russes, dont la présentation sera faite par une exposition aussi concise qu’efficace, résultat d’une nouvelle collaboration entre Macdonald et la monteuse Justine Wright.

Black Sea 4Ce choix de caractérisation se révélera assez vite comme étant le terreau idéal à un récit de lutte des classes. En effet, commanditée par un riche magnat, l’expédition illégale en Mer Noire, à la recherche d’un trésor datant de la Deuxième Guerre Mondiale, sera éreintante mais surtout très périlleuse. A cela s’ajoutera un personnage à bord (Scoot McNairy), représentant du commanditaire, et désigné par les autres personnages comme étant « le banquier ». Le tableau est enfin complété par l’ajout scénaristique, et salutaire pour la progression dramatique, de tensions constantes et de rapports de force sans cesse renouvelés entre membres d’équipage (entre britanniques et russes, britanniques et britanniques, russes et russes) n’hésitant pas à prendre de funestes décisions par appât du gain. Cette pure mécanique de thriller révèle au fur et à mesure une vision désabusée vis-à-vis de l’humanité, par ce microcosme des plus mouvementés.

Et pourtant, il serait réducteur de limiter le film à cet aspect. Comme dit précédemment, Macdonald n’a jamais été un réalisateur pensant qu’un sujet seul suffit. Tout ce sous-texte passera uniquement par son récit même (par le scénario de Dennis Kelly, créateur de la série Utopia) et sa réalisation. Jouant à merveille sur la claustrophobie inhérente à son décor, par ses cadres, variant les teintes de l’image (la photographie du film est à saluer) selon les péripéties et les louvoiements intérieurs des personnages, le film se fait surtout sensitif, éprouvant mais ludique. A l’image de cette scène de plongée suffocante et citant même, au détour d’un plan, Abyss de James Cameron, et allant même jusqu’à flirter avec l’horreur graphique lors de l’exploration du sous-marin abritant le trésor.

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Cette séquence constitue un des nombreux pivots moraux vis-à-vis de Robinson (le choix de son patronyme n’est pas anodin) personnage principal magnifiquement campé par Jude Law, et îlot d’humanité au milieu de cette aventure cauchemardesque. Robinson est un homme brisé par les conséquences de ses fautes du passé, tout juste licencié alors qu’il avait justement perdu sa raison de vivre à cause de cet emploi trop accaparant. Il cherchera dans un premier temps une sorte de consolation par le personnage du jeune mousse (Bobby Schofield) qu’il engage pour l’expédition, et sur lequel il fait une projection de sa perte fondatrice. L’expédition en elle-même constituera pour Robinson une ultime tentative de rédemption qu’un plan final poignant viendra parachever.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans le but d'arranger les choses avec ses anciens employeurs, un capitaine de sous-marin accepte un job illégal dont le but est de faire des recherches dans les profondeurs de la Mer Noire, à la recherche d'un sous-marin qui serait chargé d'or.