Barry Seal : American Traffic (Doug Liman, 2017)

de le 13/09/2017
 
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Tom Cruise et le réalisateur Doug Liman refont équipe, trois ans après Edge of Tomorrow, pour cet irrévérencieux et frénétique Barry Seal : American Traffic. Un biopic qui aurait eu plus de force en jouant la carte du pamphlet sérieux, pour dénoncer le système dans lequel fut embarqué le pilote américain, plutôt que celle de la satire fun et référencée 80’s. Malgré tout, c’est le meilleur film avec Tom Cruise que vous verrez cette année.

Tom Cruise aura subit une année difficile pour son image de superstar indestructible et inusable. En dehors d’une cascade ratée sur le tournage du sixième Mission: Impossible, qui lui valut plusieurs semaines d’hospitalisation, les deux précédents long-métrages portés par l’acteur ont fini en échecs cruels au box-office. La règle des chiffres faisant loi à Hollywood, certains se demandaient déjà Outre-Atlantique si Cruise n’était plus bankable aujourd’hui. Certes, les flops consécutifs du second Jack Reacher et du reboot de La Momie n’ont rien de rassurants. Néanmoins, l’acteur/producteur n’est pas né de la dernière pluie. Tom Cruise a toujours su jouer sur différents tableaux afin de rebondir rapidement. Possédant une carrière faite de collaborations avec des réalisateurs prestigieux, il a su maintenir son image à travers, aussi bien des blockbusters populaires, que des films indépendants ou plus engagés.

Barry Seal : American Traffic suit cette logique de multiplier ses chances en fonction des opportunités qui se présentent à lui. À côté des deux machines franchisées, pourquoi ne pas incarner ce personnage plus ambigu et pour un film moins grand public, dans lequel l’acteur peut jurer à tout bout de champ ? Pour ce long-métrage plus indépendant, Tom Cruise s’est aidé de son ami Doug Liman pour le mettre en scène. Doug Liman, pour qui il avait sauvé la Terre d’une invasion extraterrestre dans Edge of Tomorrow. Dans cette histoire tirée d’une vraie, Cruise est Barry Seal, pilote prometteur de la TWA, mais dont le passage en douce de quelques cigares cubains le fait repérer par la CIA. Pour éviter la prison, un deal lui est proposé, tel que seul le pays de l’oncle Sam peut concevoir : mettre à profit ses talents de pilote pour l’agence de renseignement, quitte à monter des opérations plus périlleuses encore au fil des missions en Amérique centrale et du Sud. Ainsi, le pourvoyeur à la petite semaine va progressivement devenir un maillon essentiel de la chaîne d’influence des États-Unis dans le trafic de drogue, d’armes et sur les coups d’états organisés dans les pays latins du continent américain.

De nos jours, Tom Cruise s’autorise un peu plus à écorner son image de sex symbol. Il échoue de manière burlesque certaines acrobaties dans les derniers Mission: Impossible ou interprète des personnages plus veules ou couards qu’à l’accoutumée. Et Barry Seal n’a rien d’un héros américain ! Dès le départ, son rôle navigue dans la zone grise. Tête brûlée, conscient de ses charmes et de ses talents, hyperactif au risque de mettre en danger les passagers d’un avion de ligne, ce Barry Seal à tout du petit con prétentieux à qui tout réussit : pur produit de l’éducation américaine à deux vitesse, où le prestige d’un individu se mesure à sa position sur le tableau d’honneur de sa promotion. Il va pourtant trouver son équivalent à la CIA, sous les traits de Domhnall Gleeson. Ce dernier l’engage donc pour prendre des photographies des camps de guerilleros des cartels, à qui les États-Unis de Jimmy Carter ont déclaré la guerre. Mais la chance insolente du pilote l’amènera à effectuer des missions de plus en plus officieuses, puis à définitivement franchir la ligne jaune pour son propre compte.

Le style tapageur qu’a choisi Doug Liman pour mettre en scène son biopic n’est pas son meilleur atout, mais n’est pas non plus hors propos. Le réalisateur emprunte par moments ce style télévisuel de ces années fric, dégradant volontairement la qualité de son image pour lui donner l’aspect brouillé des enregistrements sur cassettes VHS. L’hommage à la série Deux flics à Miami de Michael Mann n’est pas loin. Après l’aride et minimaliste The Wall, Liman revient à ses premières bases, venu du cinéma indépendant. Sa caméra portée au style documentariste, ou alors posée dans des recoins incongrus, nous fait retrouver la mise en scène de ses premiers films. Toutefois, le réalisateur garde une étrange distance avec le parcours de Barry Seal. Il nous propose ici une alternative plus fun à la série Narcos diffusée sur Netflix, donnant une image plutôt exotique d’un cartel de carte postale. Même avec des scènes présentant notre anti-héros en fâcheuse posture, l’aspect décomplexé de l’ambiance générale contredit assez souvent cette mise en danger véritable, face à des personnages comme Noriega ou Pablo Escobar. La bande originale suit également ce tempo particulier qui joue à contretemps.

Ce travail de sape au profit de la cool attitude des années 80 ne permettra pas à Barry Seal : American Traffic d’atteindre l’un de ses principaux objectifs. Car si le pilote est, à son échelle, un artisan d’un réseau international illégal, le scénario de Gary Spinelli accuse clairement le sommet de la pyramide et souligne l’hypocrisie du discours officiel, tenu par les occupants successifs du bureau ovale de la Maison blanche. Il serait difficile de résumer tout le parcours de Barry Seal, sans mentionner les innombrables ramifications de ses échanges avec les différentes parties en présence. Doug Liman s’en amusera même sur ses cartes. Mais les résultats aboutissant concrètement au contrôle des nations et à des profits en espèces sonnantes et trébuchantes font fit de la morale et de l’éthique. Et les petites mains telles que ce pilote qu’incarne Tom Cruise dans ce film ne sont pas irremplaçables. Oui, Barry Seal : American Traffic sent Le Loup de Wall Street à plein nez. Mais le film de Liman aurait gagné à s’émanciper complètement ou, à l’inverse, à se confronter directement au style plus débridé de Martin Scorsese afin de trouver son identité bien à lui.

FICHE FILM
 
Synopsis

L'histoire vraie de Barry Seal, un pilote arnaqueur recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l'une des plus grosses opérations secrètes de l'histoire des Etats-Unis.