Balade entre les tombes (Scott Frank, 2014)

de le 30/09/2014
 
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Les « Liam Neeson movies » se suivent et se ressemblent, à quelques variations près. Éhontément typecasté, ce grand acteur reste la plupart du temps la seule attraction de ces films répondant à un cahier des charges tellement précis qu’il semble jouer à chaque fois dans le même film. Balade entre les tombes tente vainement d’échapper à la règle, malgré de vraies qualités, notamment dans sa volonté de retrouver une esthétique de thriller typée 90’s.

Balade entre les tombesAvec son titre de western, Balade entre les tombes est le second long métrage réalisé par Scott Frank, scénariste émérite de Hors d’atteinte et Minority Report. Il adapte ici le roman éponyme de Lawrence Block, de sa série dédiée au détective Matt Scudder (qui fut interprété par Jeff Bridges dans Huit millions de façons de mourir de Hal Ashby). Avec Liam Neeson en lead, le script n’a rien de vraiment surprenant à offrir. Il incarne un détective privé, ancien flic ayant commis une bavure et qui s’est ensuite coupé les cheveux et rasé le bouc, partant cette fois en chasse de flic pourris pratiquant le kidnapping et le meurtre façon barbare. Et pendant 1h45, Liam Neeson va traquer ces sales types, le tout ponctué de rencontres avec d’autres sales types qui vont l’aiguiller vers les premiers et de moments très sérieux, voire mélo, pendant lesquelles il va baisser les yeux, froncer les sourcils et paraître très concerné par les erreurs de son passé et leur impact sur son présent, en quelque sorte. La justice, la rédemption, la traque, autant de motifs essentiels à tout « Liam Neeson Movie » qui se respecte, Balade entre les tombes se situant tout de même un cran au-dessus des horreurs signées Jaume Collet-Serra ou Olivier Megaton.

Balade entre les tombes

Avec un certain sens de la punchline, notamment le temps d’une conversation téléphonique pour négocier une rançon, et pendant laquelle Liam Neeson la joue 200% badass motherfucker, Balade entre les tombes pourrait être une simple série B d’une efficacité redoutable. D’autant plus que Scott Frank s’applique à faire renaître une esthétique et des tonalités typiques des productions 90’s du genre. Tout à fait prévisible dans son déroulement mais parfois extrêmement noir, le film déroule son récit cousu de fil blanc avec une certaine élégance, avec quelques beaux mouvements de caméra donnant presque une personnalité à ce décor urbain pré-an 2000. De la même façon, l’angle choisi pour aborder la corruption, mais également la monstruosité sévissant au sein des forces de police new-yorkaises, en y opposant des personnages de victimes qui sortent des canons du genre (les victimes des kidnapping sont des narcotrafiquants qui ne peuvent faire appel à la police), s’avère des plus intéressant. De sorte que les étapes obligatoires du genre finissent par construire un tout loin d’être déplaisant. Le problème vient de récits secondaires venant se greffer à l’intrigue principale et qui l’handicapent plus qu’ils ne lui apportent de la matière.

Balade entre les tombesDommage pour le jeune Astro, dont la performance est tout à fait honorable mais qui hérite d’un rôle sans intérêt, voire carrément idiot. Le petit génie à l’enfance difficile qui aide le vrai détective grâce à sa maîtrise de la recherche sur Yahoo, voilà un cliché qui devrait être interdit. Concrètement, en plus d’être un élément de facilités dans la narration, il est surtout présent pour construire toute une sous-intrigue consacrée à la nature du personnage de Liam Neeson. Sa bavure le pousse à prendre le jeune garçon sous son aile et de rejouer la partition de Qui-Gon Jinn, sans que cela ne fonctionne véritablement, ou n’apporte quoi que ce soit de fondamental au récit. Scott Frank plombe ainsi l’efficacité de son film qui aurait gagné à voir ces digressions virées au montage. Lourdement handicapé, Balade entre les tombes reste pourtant relativement solide, au moins jusqu’à son final.

Balade entre les tombes

Le dernier acte ne fonctionne jamais. Aucune tension, des affrontements qui virent au ridicule, des types qui meurent, mais qui en réalité ne meurent pas et réapparaissent pour justifier un jump scare bien grossier, et une morale qui se cherche. Balade entre les tombes y perd toute son efficacité et va reproduire un schéma bien trop classique de conclusion de thriller expédiée sans le moindre souci du détail. L’émotion y est désespérément absente, malgré les efforts du réalisateur qui se montre lourdaud dans l’utilisation du montage parallèle entre les évènements et l’énumération des règles du membre des alcooliques anonymes. Dommage car Balade entre les tombes possède un ton et une lumière suffisamment singuliers pour s’imposer au sein de la production contemporaine, mais c’est malheureusement sa seule véritable « originalité ». Au milieu de toutes ces figures éculées, ne reste finalement que Liam Neeson, une fois de plus impérial et sans qui le film finirait directement en DTV sans que personne n’ait eu vent de son existence. Son talent est intact, son charisme également, à l’inverse de sa lucidité quant à certains de ses choix de carrière.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien flic, Matt Scudder (Liam Neeson) est désormais un détective privé qui travaille en marge de la loi. Engagé par un trafiquant de drogue (Dan Stevens) pour retrouver ceux qui ont enlevé et assassiné sa femme avec une rare violence, Scudder découvre que ce n’est pas le premier crime sanglant qui frappe les puissants du milieu… S’aventurant entre le bien et le mal, Scudder va traquer les monstres qui ont commis ces crimes atroces jusque dans les plus effroyables bas-fonds de New York, espérant les trouver avant qu’ils ne frappent à nouveau…