Babel (Alejandro González Iñárritu, 2006)

de le 15/11/2006
 
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Babel, quel beau titre. Jamais une métaphore biblique (la tour de Babel où dieu créa les différentes langues qui composent le monde afin que les hommes ne se comprennent plus et ne puissent pas finir la tour qui devait atteindre le ciel, soit le symbole de la désunification suprême) n’aura été si bien illustrée.

Sur la forme, Babel rejoint les 2 précédentes réalisations d’Alejandro González Iñárritu, Amours chiennes et 21 Grammes, puisqu’il s’agit d’un film choral avec quatre trames narratives distinctes qui finissent par être liées par le destin de leurs personnages. Cette fois il pousse le concept encore plus loin en établissant sa cartographie narrative autour de trois continents. Le Maroc pour l’Afrique, la frontière mexicaine pour l’Amérique et le Japon pour l’Asie. Passionné par l’effet papillon, Alejandro González Iñárritu, qui a eu l’idée originale de la chose, brouille encore les repères temporels et jongle entre les différentes histoires de manière intelligente. Et ce bien que la structure générale de Babel s’avère beaucoup plus simple que celle de 21 grammes par exemple. Ici le spectateur est véritablement guidé, tenu par la main, pour reconstituer le fil des événements, et c’est un des principaux défauts de ce beau film.

Babel 1

L’artisan indispensable de la réussite est le scénariste Guillermo Arriaga, sans doute un des plus talentueux au monde, qui possède un regard et une connaissance de la nature humaine à la fois très pessimiste mais effroyablement réaliste. Il aborde ici les problèmes fondamentaux de communication entre les hommes, bien entendu mais également, et surtout, de la conséquence de nos actes. Les plus anecdotiques qui peuvent entraîner les pires des drames, la famille, le deuil, l’amour… des thèmes forts qui se retrouvent pour bâtir les fondations de tous les personnages de ce drame : un couple d’américains ayant rompu le dialogue suite au décès de leur enfant et qui se retrouvent perdus en plein désert marocain, des enfants marocains qui n’ont aucun contact avec le monde extérieur, une baby-sitter mexicaine travaillant à San Diego, un père japonais surbooké et sa fille sourde-muette qui ne communiquent plus que par la violence après la mort de la mère… et on se rend compte qu’en plein cœur d’une ville comme Tokyo il est tout à fait possible d’être aussi perdu que dans le désert marocain, quand toute forme de communication est impossible. Babel est bouleversant dans sa peinture de ce monde voué à l’auto-destruction, en se penchant sur des êtres brisés dont l’avenir tragique semble figé dès la distribution des cartes du destin.

Babel 2

Il s’agit d’un film d’une puissance rare. Alejandro González Iñárritu et Guillermo Arriaga ne font ni dans la demi-mesure ni dans la sobriété au moment d’aborder le mélodrame. Le dispositif ne laisse aucune chance au spectateur de prendre du recul, le plongeant dans un maelstrom de détresse, de mort et de larmes, peut-être jusqu’à l’overdose. Mais ce traitement, sans fard, sans retenue, mais surtout sans aucun second degré, se montre le plus sincère possible. D’autant plus que Babel est porté par des acteurs incroyables de justesse, sobres et dévoués à leur projet, jusqu’à en devenir bouleversants de naturel. Avec en tête un Brad Pitt magistral et une Rinko Kikuchi magnifique dans la détresse. Mais Babel c’est également un nouveau tour de force narratif, sans cesse sur le fil pour déployer son architecture fragile, ainsi qu’une démonstration de mise en scène. Immersif, brutal, porté par une énergie du désespoir qui transpire du cadre et ce désir de vivre impalpable des personnages, derrière leur douleur et l’ombre de mort qui plane sur eux, Babel est un mélodrame magnifique qui refuse tout compromis.

FICHE FILM
 
Synopsis

En plein désert marocain, un coup de feu retentit. Il va déclencher toute une série d'événements qui impliqueront un couple de touristes américains au bord du naufrage, deux jeunes Marocains auteurs d'un crime accidentel, une nourrice qui voyage illégalement avec deux enfants américains, et une adolescente japonaise rebelle dont le père est recherché par la police à Tokyo. Séparés par leurs cultures et leurs modes de vie, chacun de ces quatre groupes de personnes va cependant connaître une même destinée d'isolement et de douleur...