Avengers : l’ère d’Ultron (Joss Whedon, 2015)

de le 18/04/2015
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

On prend les mêmes et on recommence. Telle est la devise que l’on commence à déceler trop aisément dans ces films similaires, produits à la chaîne chez Marvel Studios. S’il trouve, par quelques rares moments, le moyen de surpasser le précédent long-métrage somme, Avengers : l’ère d’Ultron n’est plus qu’un énième produit dérivé posé sur l’étagère d’un magasin de jouets déjà repu et qui sera, un jour ou l’autre, victime de sa paresse maladive pour surprendre ses spectateurs avec un peu de nouveauté

Avengers l'ere d'ultron 1Vers où nous conduisent les studios Marvel ? Ces derniers arrivent désormais à la fin de cette phase 2 qui compte six long-métrages (Ant-Man ayant prit du retard suite aux conflits internes avec Edgar Wright) et prévue de longue date par le producteur Kevin Feige. Quelle sera la prochaine destination de tous ses héros ? Après quelques scènes post-générique ayant fait la redite sur le grand grand grand méchant Thanos, incarné depuis par Josh Brolin, l’attente commence à se faire longue, d’autant qu’il ne sera pas l’ennemi public numéro un de ce second Avengers. À coup de vagues de marketing bien ciblé, Marvel nous propose Ultron pour affronter sa bande de super-héros. C’est Joss Whedon qui rempile à la réalisation après le moyen Avengers, tachant de monter la barre plus haut qu’il y a trois ans, mais également de combiner les trames multiples développées dans les autres long-métrages. Le créateur de Buffy contre les vampires ou de Firefly est-il à la hauteur du challenge ? Verdict (sans trop de spoilers).

Avengers l'ere d'ultron 2

Si l’on omet Les Gardiens de la galaxie, encore trop loin de notre univers pour interagir directement avec celui partagé par les autres films, le fameux MCU (Marvel Cinematic Univers – Univers cinématographique Marvel), le dernier épisode en date était Captain America : le Soldat de l’hiver. Ce volet s’achevait sur la chute de l’organisation SHEILD et d’un nouveau départ pour les personnages qui y étaient rattachés. De plus, ce n’est qu’en découvrant les premières secondes d’Avengers : l’ère d’Ultron que nous comprenons que le petit bonus situé en bout du générique du second Captain America était un vrai liant vers le film qui sort en ce mois d’avril 2015. Une tonitruante ouverture au milieu des bois enneigés réservera un nouveau long plan rassemblant tous les super-héros en action. Si la chorégraphie générale a bien été préparée par les studios d’effets visuels ILM et fait moins bricolage forcé comme dans le premier, le travail accompli fini un peu gâché. D’une part avec cette sensation de déjà vu et ensuite par ces ultimes secondes qui s’achèvent sur une charge commune des Avengers à l’écran, composition visuelle improbable qui aurait dérapé sur Photoshop, mais sûrement pensée par Marvel pour finir en gif animé sur Internet

Avengers l'ere d'ultron 3Malheureusement, cette seule séquence annoncera la couleur pour le reste du film de 2h21 où les logiques Whedon et Feige se retrouvent prises à leur propre piège. Si le réalisateur et scénariste souhaitait apporter plus d’émotion dans ce nouvel opus, cela était déjà impossible sur le papier. La multiplication exponentielle des personnages restreinte à la durée d’un long-métrage ne pouvait pas aboutir qu’à une revue superficielle de leurs relations. Preuve sera faite avec celle entre la Veuve noire (Scarlett Johansson, déjà plus impliquée que dans Captain America : le Soldat de l’hiver) et Bruce Banner/Hulk (impeccable Mark Ruffalo) qui commence avec une bonne idée et se perdra rapidement au profit des scènes d’actions uniformes et illisibles. L’absence de certains personnages secondaires (notamment ceux de Gwyneth Paltrow ou Natalie Portman) se fait également ressentir. Si dans le premier Avengers, un bon mot suffisait de cache-misère (outil repris pareillement dans le second), la subite mise en avant de Hawkeye au milieu du long-métrage ne s’explique que par les menaces de Jeremy Renner de ne pas reprendre son rôle d’archer des temps modernes. Le fait d’avoir incarné un antagoniste, même possédé, n’avait pas plu à l’acteur qui l’avait fait savoir. Avengers : l’ère d’Ultron s’affiche alors comme un produit étudié pour répondre aux égos internes. Mais qu’en est-il des spectateurs ?

Avengers l'ere d'ultron 4

Si la volonté de Kevin Feige est de toujours en faire plus, il est probable qu’il ait déjà dépassé le trop. Le seul intérêt ne sera que pour les scènes de bataille rangées abrutissantes et non plus pour créer de l’empathie envers les héros qui y luttent. Aucune attention ne sera portée à la caractérisation des nouveaux arrivants. Alors que le cinéma regorge de nombreuses personnalités robotiques dont la froide réflexion paraissait implacable mais pour le moins logique, la volonté de détruire le monde d’Ultron s’avèrera totalement absurde. Lui, comme les deux jumeaux aux puissants pouvoirs, ne semble intéresser personne. Issus d’un coin paumé d’une caricature de Yougoslavie, Aaron Taylor-Johnson et Elizabeth Olsen semblent perdus sur le plateau et roulent grossièrement les R pour donner le change du patronyme Maximoff qu’ont leur a affublé. Au moins chez Bryan Singer, ce même personnage de Pietro Maximoff alias Quicksilver se payait la meilleure scène de X-Men, Days of the Future Past. Sinon, on regrettera plus encore que les personnages de War Machine (Don Cheadle) et du Faucon (Anthony Mackie) n’aient eu plus de minutes de gloire à l’écran. Nous ne nous attarderons pas sur celui tertiaire parodique d’Andy Serkis ni sur celui secret qui se “cache” en contre jour sur l’affiche surchargée qui interviendra dans le dernier acte comme un autre cheveu dans une soupe réchauffée par Kevin Feige

Avengers l'ere d'ultron 5Le même Kevin Feige, qui avait brisé les ambitions de Joe Johnston, Kenneth Branagh et Edgar Wright pour mieux répondre à un univers prédéfini, ne prend même plus le soin de le respecter et le contredit même dans le troisième acte d’Avengers : l’ère d’Ultron. De l’Afrique du Sud à Séoul pour revenir à l’Europe de l’est, le film égrène les scènes d’action balourdes pour compenser au chrono les séquences entre les héros. Or tout n’est pas qu’une question de temps et de surenchère, et aboutit à un rythme très inégal et l’intervention de scènes sorties de nulle part. Ce seront les quarante dernières minutes du film qui en subiront le plus. Entre les énormes faux raccords et les soit disant moments de bravoure, on a l’impression d’assister à un scénario improvisé dans une cour d’école au moment de la récré, tiré d’un épisode des Power Rangers. Le formatage de l’écriture et de la mise en scène des long-métrages Marvel Studios s’en ressentira sur cet épisode s’il ne sautait pas déjà aux yeux. On a déjà vu le même film avec les mêmes séquences et les mêmes plans (sans parler des affiches de la phase 2). Le tout avec cette petite blague redondante en trop qui gâche chaque scène et tout le film. Avec comme seules armes la facilité et la pantalonnade, Joss Whedon peine à cacher la myriade de défauts du produit initial. Avengers : l’ère d’Ultron n’a que faire de son histoire, de ses personnages, de sa cohérence ou des spectateurs profanes et des fans du MCU, cherchant pourtant encore à dissimuler cette indifférence derrière un fan service contreproductif et lourdingue.

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.
Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps…