Ava (Léa Mysius, 2017)

de le 20/06/2017
 
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À la manière d’un amour de vacances, le premier film de Léa Mysius à tout de la passion exaltante et des défauts regrettables d’une première fois, mais dont la nostalgie nous rappelle son aspect fondateur d’une ascension vers la lumière aussi forte qu’apaisée.

L’année dernière, ce fut le film Grave de Julia Ducournau qui avait créé la sensation à la Semaine de la critique pendant le Festival de Cannes. Cette section parallèle au célèbre événement cinématographique fait la promotion des futurs grands qui compteront dans les prochaines années. Et l’un des premiers long-métrages qui a su tirer son épingle du jeu en 2017, c’est Ava ! Sa réalisatrice Léa Mysius y a été récompensée du Prix SACD pour son film sur le passage de la vie d’enfant à celle d’adulte avec son héroïne rebelle pour qui tout va bientôt s’assombrir.

Pour un art aussi visuel que le cinéma, il est osé pour une première œuvre de se lancer dans l’histoire d’un personnage qui va perdre la vue. Comment pouvoir faire ressentir au spectateur cette sensation oppressante d’une obscurité rampante, implacable, jusqu’à l’aveuglement le plus complet ? C’est néanmoins par ce prisme atypique que s’amorce le changement de vie pour Ava, 13 ans, incarnée par la prometteuse Noée Abita. Elle encore jeune fille qui a tout à découvrir (par elle-même), ne le pourra bientôt plus par un caprice de la nature (contre elle). Ava qui dépendra bientôt des autres pour vivre va devoir s’en émanciper au plus vite et voler, pour le peu de temps qu’il lui reste, voler de ses propres ailes, n’en déplaise à une mère très maladroite. égoïste et envahissante contre qui la jeune fille va immanquablement se rebeller. Incarnée par Laura Calamy, celle-ci qui projetait ses rêves déchus sur sa fille comprend que cette dernière n’aura pas le destin qu’elle lui imaginait. Or l’été merveilleux que cette mère célibataire lui propose s’avèrera tout sauf idyllique pour sa fille.

Dans les traces de L’Effrontée de Claude Miller, Léa Mysius dessine un film d’initiation étrangement à rebours avec cette échéance. Au fur et à mesure que les jours passent, son image s’assombrit au même rythme que la vue de son héroïne. Le personnage d’Ava présente une véritable obsession pour ces ténèbres qui la guettent, notamment pour ce chien noir, presque loup, qu’elle vole à celui qui deviendra son complice et plus encore. Elle rejette ce monde normé et pourtant lumineux qu’elle côtoie pendant ces vacances d’été sur le littoral Atlantique. Enfants, famille, amours d’été, règlements. La banalité frivole des objectifs fixés par sa mère est confondante pour elle. Surtout que lorsque le soleil se couche et que des séquences rêvées viennent hanter son sommeil. Seule sa rencontre avec Juan, un gitan plus âgé qu’elle cherche à apprivoiser, lui fera accepter ses complexes et sa difficulté d’appréhender la société, en allant encore plus loin contre les valeurs d’une société bien rangée.

Contrairement à son héroïne ou au film de Julia Ducournau, Ava n’a pas su complètement s’émanciper des codes du premier film d’auteur français. La réalisatrice se gène avec des répliques de certains personnages sur la vie ou sur le monde un peu péremptoires, ou bien une recherche du symbolisme parfois trop appuyée dans ses éléments de mise en scène. On repensera plutôt à la bonne volonté et la fraicheur de son jeune casting et au mérite qu’a eu Léa Mysius de ne pas achever son film avec un retour au monde réel, comme si cette fuite en avant vers ce qu’il reste encore de lumière ne pouvait avoir de fin.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Genre
Date De Sortie
Scénariste
Directeur Photo
Distributeur
Nationalité
Synopsis

Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l'océan quand elle apprend qu'elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…