Assassin’s Creed (Justin Kurzel, 2016)

de le 20/12/2016
 
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2016 aura été une année sinistre pour les blockbusters hollywoodiens, accumulant suites dispensables, accidents industriels et adaptations vidéoludiques. Assassin’s Creed est l’énième représentant d’une génération qui sacrifie les auteurs indépendants dans des productions démesurées et improbables. Le résultat, sans appel, est un échec cuisant. Mais combien de temps cette machine infernale pourra continuer à tourner à vide ?

Assassin's CreedLe marché du jeu vidéo a un potentiel commercial trop reluisant pour ne pas attirer les tentacules de tous les exécutifs à l’appétit insatiable. Cependant, personne n’est dupe : les résultats sont calamiteux et jusqu’à présent, personne n’en a été réellement satisfait. On se souvient encore, entre rire et larmes, des douteux essais de Max Payne, Doom ou encore Tomb Raider, dont une nouvelle adaptation est déjà sur les rails. L’explosion économique du marché permet cependant aujourd’hui aux studios de développement de s’investir pleinement dans l’adaptation de leurs œuvres, c’est là toute la différence. Plus tôt dans l’année, Blizzard a embrayé le pas avec Warcraft, Ubisoft suivant avec Assassin’s Creed – soit, pour chacun d’entre eux, leur licence-phare. Dans les faits, rien ne change réellement dans la mesure où les proportions des ratages en question sont toujours homériques. Des films largement idiots, complètement en roue libre, et ne répondant à aucun questionnement cinématographique décent, malgré les vagues auteurs que l’on a artificiellement implanté sur ces projets.

Assassin's Creed

Justin Kurzel suit justement la voie d’un Duncan Jones ou d’un Gareth Edwards, soit de jeunes réalisateurs remarqués pour des premiers films à l’énergie singulière, immédiatement catapultés vers des productions devant – plus ou moins – s’assortir à leur style. Après MacBeth, la filiation est certes évidente pour Kurzel. Hélas, trois fois hélas, il faut composer avant toute chose avec un paramètre inéluctable à la série Assassin’s Creed, gangrénant d’emblée tout le projet qui pourrait se construire dessus : l’écriture. La saga n’a jamais brillé pour l’intelligence de son traitement scénaristique, pouvant allègrement se résumer à des théories du complot vues par un adolescent de treize ans et des relectures historiques faussement subversives. Ubisoft, à la tête du projet filmique, n’a donc pas hésité à reproduire cette formule boiteuse. Perdu dans les abîmes d’un scénario sans queue ni tête, bâti sur deux trames temporelles, Justin Kurzel prend cependant ceci très au sérieux. Assassin’s Creed est un film qui est ridicule dès ses premiers photogrammes, pour toute la balourdise de son ton pompeux mêlée à la vulgarité absolue de son traitement. Par ailleurs, le carton introductif présente avec aplomb un contexte d’ores et déjà peu crédible.

assassins-creed-3Expédiant n’importe comment son peu d’enjeux dramatiques – ce qui est presque compréhensible vu la médiocrité du postulat, le récit se concentre avant tout sur la présentation rébarbative de son univers : la confrérie des assassins dans l’Espagne du XVème siècle, mais aussi les grands vilains dans l’empire corporatif Abstergo au XXIème siècle. En réalité, l’intégralité du long-métrage est scénarisée comme un pilote de série, jusqu’à même son dénouement. Aucune ampleur, aucun effort dramaturgique ne tend à faire du film un récit à part entière, surfant évidemment sur la douce illusion d’une saga à venir (qui ne verra peut-être jamais le jour). Au mieux le film devient alors un banal produit pour faire plaisir aux consommateurs du jeu, au pire il est trop mal pensé pour intéresser qui que ce soit. D’aucuns diront que c’est là tout le pari du studio, théorie qui demande encore à faire ses preuves.

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Le prétendu joker du film, comme caution artistique, c’est évidemment son réalisateur, Justin Kurzel, et les collaborateurs l’entourant : Jed Kurzel à la musique et Adam Arkapaw à la photographie. Assassin’s Creed est un film résolument formaliste, empruntant en revanche toutes les mauvaises voies possible. La débauche d’effets, la plupart du temps de mauvais goût, trahit le peu d’intention consacrée au fond du projet. Tout devient prétexte à une sorte de grand n’importe quoi visuel et sonore, un film sensoriel surstylisé mais complètement dégénéré. L’imagerie navigue de la sorte entre ces fameux travellings impossibles, intégralement ou presque réalisés en synthèse (ce qui fait bien rire lorsque l’on met en parallèle les déclarations du réalisateur à propos des trucages numériques), rappelant évidemment toute l’esthétique d’un jeu vidéo et son affranchissement complet du bon goût, et un côté poseur tellement exagéré que la moindre intention visuelle ne paraît plus naturelle. C’est là le symptôme du classique grand écart entre les blockbusters totalement anonymes (Captain America : Civil War) et ceux vulgairement tamponnés par une soi-disant patte (Batman v Superman : l’aube de justice). Le problème n’étant à ce niveau-là plus l’effet de style, qui est devenue une évidence accessible à presque tous dans l’ère numérique, mais plutôt la réflexion qui l’accompagne, ici constamment absente.

Entre deux tunnels dialogués interminables, Kurzel saborde ses scènes d’action, surdécoupées et montées à la truelle selon le canon habituel : sur l’ensemble des combats du film, seul un – et encore – est lisible. Paradoxalement, le film n’est jamais vraiment généreux malgré son esbroufe constante. Son casting, absent, ne lui insuffle pas de vie. L’objet final est ultimement assez inerte. La loi du tape-à-l’œil a ses limites, en espérant que son réalisateur en ait profité pour sonder les siennes. Car si Justin Kurzel aimerait être Ridley Scott, il en est encore au stade MTV.

FICHE FILM
 
Synopsis

Condamné à mort, Callum Lynch se voit offrir une seconde chance par les laboratoire Abstergo Industries.
Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique contenue dans son ADN, il revit les souvenirs de son ancêtre Aguilar de Nerha, membre de la société secrète des Assassins
à l'époque de l'Inquisition espagnole.
Luttant contre l'ordre des Templiers et leur soif de pouvoir, la Confrérie des Assassins combat pour protéger le libre arbitre de l'humanité.