Arès (Jean-Patrick Benes, 2016)

de le 22/11/2016
 
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Malgré son pitch en or, Arès ne dépasse pas l’effet de curiosité qu’il suscite à la lecture du futur en perdition. Le second long-métrage du réalisateur Jean-Patrick Benes qui semble l’avoir porté à bout de bras pendant des années rejoint, malgré tous ses efforts, la myriade de projets de films de science-fiction français morts dans l’œuf, faute d’intérêt porté par ces professionnels de la profession qui s’imaginent que le cinéma de genre n’a aucun avenir en France.

ares-1Effectivement, il y a certains genres que le cinéma français semble avoir abandonné. Faute d’argent, de public, de courage, d’ambition… Les raisons sont légion pour expliquer la disparition progressive des films de genre plus exotiques comme le fantastique ou la science-fiction. Et lorsqu’un projet comme Arès arrive à faire son trou jusqu’à la salle de cinéma, il s’attire forcément une attention toute particulière et créé une impatience fébrile de découvrir si, oui ou non, le long-métrage arrive à répondre à nos espérances les plus folles, bercées par le cinéma américain qui domine le secteur. Alors, le frenchie Arès n’est-il fait que de belles promesses ?

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Cela faisait huit ans que son réalisateur n’était pas revenu au cinéma, débutant sa carrière avec Vilaine, coréalisé avec Allan Mauduit. C’est sûrement avec des soutiens comme Louis Leterrier (Insaisissables, Le Choc des titans), qui a aidé Mauduit au scénario, que le projet d’Arès a pu passer les premières phases capitales pour se constituer une base solide. Clairement, le vrai point fort du film est son contexte, son point de départ perdu dans une France futuriste ruinée par une crise économique. Les beaux et grands immeubles rutilants des habituels long-métrages d’anticipation ont laissé la place aux transformations de plans d’un Paris aux tons sépia, dont les grandes places sont envahies de toiles de tentes et les rues pleines de sans abris et de manifestants qui s’opposent aux forces de police surarmées. Arès emprunte avec intelligence l’imagerie très actuelle véhiculée par les effondrements dramatiques de ces états tombés en faillite ces dernières années. Arès imagine ainsi une France rachetée au rabais par des grands groupes multinationaux qui représentent la classe dominante sur une quantité de pauvres, distraits de la violence de leur condition par des jeux de combat de style MMA.

ares-3Jean-Patrick Benes est assez malin sur le papier, mais lorsque ses talents de metteur en scène sont requis, c’est un peu plus problématique. Il était inévitable que la construction de cette vision affreuse de l’avenir invoquerait l’implication d’un budget conséquent. Si outre-Atlantique on peut se permettre toutes les folies, pour un modeste projet comme Arès, certaines solutions reposent principalement sur la mise en scène et le travail que le réalisateur impliquera pour jouer les cache-misères. Malheureusement, le film ne parvient pas à nous cacher suffisamment ses faiblesses budgétaires à l’image. Les décors un peu surchargés en encombrants ou en néons multicolores font assez cheap. Le meilleur exemple est ce qui en fait son cœur : ces fameux combats où tous les coups sont permis entre deux adversaires boostés par des produits anabolisants, représentant les cobayes en direct des laboratoires pharmaceutiques qui dirigent le pays. Alors qu’il s’agit du sport le plus populaire et le plus suivi du monde (quid du ballon rond dans le futur de l’une des nations où le football est roi ?), les lieux de ces rencontres musclées sont ridiculement exigus et sans public. Le spectacle est simplement retransmis par webcam sur les réseaux sociaux. Pour un sport dont les résultats influent sur des milliards, on aurait pu s’attendre à mieux.

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À travers Ola Rapace qui incarne son héros ou antihéros, Benes applique, inconsciemment ou pas, une sorte de mélange qui fonctionne plutôt bien entre deux rôles de Sylvester Stallone. Le parcours de cet Arès est similaire à Rocky tocard qui revient malgré lui sur le devant de la scène, symbole d’une génération, couplé à un mental conservateur et militaire d’un Rambo. Nous avons beaucoup de mal à croire au reste du casting, dont une bonne partie est en roue libre totale. Il est alors difficile de trouver quelque chose d’assez solide à quoi se raccrocher, tandis que la mise en scène de Jean-Patrick Benes s’embrouille toute seule dans les scènes de combat et sombre par moments dans des effets grossiers et racoleurs dignes d’un très mauvais téléfilm. Il est probable qu’Arès naisse d’une très bonne intention et véritable envie de cinéma, d’apporter ce changement nécessaire au cinéma français contemporain, mais le résultat est loin d’atteindre le minimum syndical pour y attirer la sympathie du spectateur en quête de renouveau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un futur proche, l'ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu'il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.