Antiporno (Sion Sono, 2016)

de le 17/09/2016
 
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Alors que ça carrière aurait tendance à partir un peu dans tous les sens, entre productions « alimentaires » et délires cosmiques, Sion Sono profite d’une commande de la Nikkatsu, studio avec lequel il travaille depuis quelques années, pour livrer son film le plus fou depuis longtemps. Anti-Porno est un film-labyrinthe plus qu’une simple renaissance du pinku eiga, une œuvre dense, bordélique, et complètement libre, à l’image de son auteur.

anti-porno-2Avec un rythme de production plus qu’intense, Sion Sono n’a pas fait que dans la qualité ces derniers temps. Et il était tout à fait légitime de craindre que son Anti-Porno ne se situe pas dans le haut du panier. En effet, il s’agit d’un pur film de commande de la Nikkatsu qui fête les 45 ans de la vague « roman porno » (appellation légèrement racoleuse des pinku eigas, films à tendance érotique, produits par la firme dans les années 70) en invitant 5 réalisateurs pour 5 films : Hideo Nakata, Akihiko Shiota, Kazuya Shiraishi, Isao Yukisada et Sion Sono. Ce dernier n’est d’ailleurs pas tout à fait étranger au genre, dans la mesure où il a, en début de carrière, réalisé des pinkus carrément pornographiques. Ici, avec des contraintes de budget et de temps de tournage imposées par la tradition du roman porno, il se livre à un exercice de style autour des thèmes de l’art et de la femme. Des sujets qui ne lui sont évidemment pas étrangers, Anti-Porno renvoyant volontiers à certains de ses films les plus majeurs, de Love Exposure à Guilty of Romance, en passant évidemment par Strange Circus. Son « roman porno » se situe clairement dans cette veine, mais également celle de Why Don’t you Play in Hell?, plus que dans celle de ses adaptations de mangas. Une nouvelle fois, le poète se montre taquin et, sous couvert de caresser le spectateur masculin primaire/primate dans le sens du poil, va livrer un vaste plaidoyer pour la Femme. Un roman porno féministe serait-il possible ? En quelque sorte.

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S’il y a bien un élément qui caractérise le cinéma de Sion Sono, du moins dans ses œuvres les plus riches et intéressantes, c’est son absence de cadre. D’une forme de chaos, et donc de confusion, va naître une réflexion, comme le cerveau bouillonnant d’un peintre lui faisant cracher de la peinture sur une toile en attendant que s’en dégage une forme. C’est précisément le mode de construction d’Anti-Porno, assemblage lynchéen d’idées foutraques qui va prendre tout son sens dans les ultimes minutes, dans un ensemble extrêmement ramassé d’1h15. Une forme de bordel (dés)organisé fondamentalement ludique, qui vient s’amuser des attentes du spectateur, foudroyer ses certitudes et provoquer ainsi une sorte de prise de conscience. Ainsi, Sion Sono va projeter des images dont l’objectif premier sera d’évoquer toutes les formes de privation de liberté des femmes dans la société japonaise, même si la réflexion peut se projeter de façon universelle à travers l’illusion de liberté bâtie par l’homme. Images de réponse policière à des manifestations, images de la nudité féminine exploitée jusqu’au grotesque sous couvert d’une expression artistique (voir le traveling en lumières diffuses de l’ouverture, tournant en dérision une certaine esthétique du cinéma érotique), mais plus largement encore, une vaste démonstration de la domination masculine qui ne laisse à la femme que l’unique choix d’être la servante : soit la pute délurée, soit la gentille soumise aux bonnes mœurs. Le réalisateur emploie pour cela la stratégie du choc et la démonstration par l’absurde, alimentant sa réflexion d’un appel franc aux procédés surréalistes.

anti-porno-1Un visage brisé par les éclats d’un miroir, un corps qui se fond dans un patchwork de peinture, une scie circulaire qui découpe le plafond (et donc la structure, la cohérence) de la cellule familiale, un lézard enfermé dans une bouteille… Sion Sono multiplie les symboles jusqu’à l’épuisement. Prenant visiblement un grand plaisir à hurler sur pellicule un cri du cœur, pas forcément évident à saisir pour les profanes qui découvriraient cet auteur adepte de la nudité frontale et de l’illustration de toutes formes de perversion, il va allègrement abattre le quatrième mur pour faire plonger son film dans un tourbillon de points de vue. Une équipe de tournage apparait, puis une scène de théâtre, les actrices sont l’opposé de leur personnage et les rôles vont s’inverser jusqu’à effacer toute forme de point de repère. Derrière ce qui n’aurait pu être qu’une gentille récréation, Anti-Porno déborde d’idées et s’inscrit clairement dans la droite lignée des œuvres les plus fortes de l’auteur qui parvient avec aisance à matraquer un discours grave, majeur, de façon extrêmement ludique.

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Évidemment, Anti-Porno fait la part belle aux femmes, qui investissent l’écran et laissent exprimer leur soif de liberté. Tandis que les représentations masculines sont renvoyées à l’équipe de tournage (une bande de professionnels désagréables dont la seule activité est d’imposer des décisions aux actrices/femmes) et à la figure du père, monument d’hypocrisie assoiffé de sexe et qui assène une morale impossible à ses enfants. Le film est bâti sur la notion de dualité, voire de schizophrénie, illustrant ainsi la société aberrante imposée par l’homme. Une fois de plus, Sion Sono touche du doigt quelque chose de fondamental dans son étude de l’éclatement de la structure familiale traditionnelle et dans ses portraits de femmes. Derrière une apparence peut-être racoleuse au premier abord, il écrit une nouvelle forme de poème ponctué de sonorités classiques. Un moment d’hystérie porté par l’interprétation outrancière d’Ami Tomite et une ode à la prise de conscience et de pouvoir de la femme japonaise, et une fable gentiment acide quand il aborde la création artistique et son interprétation.

FICHE FILM
 
Réalisateur
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Acteurs
Scénariste
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Nationalité
Synopsis

Kioko, star de la mode, s’ennuie dans son appartement en attendant son rendez-vous avec Watanabe, une rédactrice en chef chargée de l’interviewer. Dans le jeu de domination et d'humiliation entre elle son assistante, les rôles vont peu à peu s’inverser. À moins que tout ça ne soit fictif ?