Ant-Man (Peyton Reed, 2015)

de le 09/07/2015
 
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Oui, Ant-Man est le meilleur film Marvel de la Phase 2, et même l’un des plus réussis de Marvel Studios. Pourquoi ? Il est terrible de constater que les quelques traces éparses de génie restantes du travail d’Edgar Wright suffisent à dresser aussi facilement le film au-dessus du lot. Ant-Man est une nouvelle preuve, si l’on en avait encore besoin, du nivellement par le bas d’une entreprise qui licencie ses employés responsables d’un travail original et de qualité.

Ant-Man 1Rarement la mise en forme d’un film Marvel Studios aura été aussi publiquement houleuse. Adapté du comic-book éponyme de Stan Lee, Jack Kirby et Larry Lieber, le point de départ de ce long-métrage n’était (pour une fois) pas du fait de l’implacable Kevin Feige, patron de Marvel Studios. S’il avait réhabilité l’audience Iron Man, Thor ou Captain America, personnages qui n’avaient pas suscité l’intérêt des autres grands studios pour acheter leur franchise à l’instar de Spider-man, des X-Men ou des 4 Fantastiques, Ant-Man, lui, était destiné à rester au placard en attendant que Feige daigne lui lancer un regard intéressé. Après avoir achevé sa fameuse trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier pub avant la fin du monde), le cinéaste britannique Edgar Wright, fan devant l’Éternel de l’homme-fourmi, avait associé son talent de réalisateur à l’impatience des autres consommateurs des aventures d’Hank Pym pour convaincre Marvel Studios de le laisser faire. Laisser faire ? Voilà, une expression qui n’a pas cours dans l’écurie Feige et, pourtant, ce dernier laissa le champ libre à Wright pour amorcer le projet “de son côté”. Il ne faudra pas longtemps pour que la situation s’envenime et que le cinéaste soit débouté.

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Si la version officielle s’accorde sur un désaccord mutuel et un départ volontaire d’Edgar Wright (réalisateur et scénariste), Joe Cornish (scénariste) et Bill Pope (chef opérateur), il est difficile à croire que le premier abandonne un projet qui lui tenait à cœur depuis sa plus tendre enfance. Wright a une patte, un style inimitable de mise en scène et, à le comparer aux autres productions estampillées Marvel Studios, son Ant-Man aurait laissé une tâche “trop propre” dans le bourbier morne et fade du fameux MCU (Marvel Cinematic Universe). Un bref coup d’œil sur son adaptation visuellement folle de Scott Pilgrim suffit pour prendre conscience que les deux visions antagoniques se télescoperaient et au détriment du rouleau compresseur abrutissant de Kevin Feige. Aux ordres des studios, c’est donc à Peyton Reed, réalisateur de Yes Man (non, ça ne s’invente pas), qu’est revenue la lourde tâche de remplacer Edgar Wright au pied levé, après une énième réécriture du scénario pour que celui-ci rentre dans le cahier des charges standardisé de la machine Marvel. Cela commence dès la scène d’introduction, reliant explicitement Ant-Man aux autres long-métrages de la firme, où, dès sa première réplique, Michael Douglas semble déjà ne plus y croire.

Ant-Man 3Ce grand acteur sur le retour après s’être battu contre un cancer incarne donc Hank Pym, l’inventeur de la combinaison qui change de taille et décuple la force physique. Cependant, actualisant l’univers aux autres héros contemporains, le personnage principal sera Scott Lang, tenu par Paul Rudd, tout juste sorti de prison et replongeant aussitôt dans la criminalité en ne trouvant aucun employeur. Lang finira par cambrioler le vieux Pym et embarquera la fameuse combinaison, sans savoir ce dont elle est capable. Sur ses deux heures, le but du film restera obscur pendant ses trois premiers quarts d’heure. En effet, il faudra attendre après 45 minutes et d’interminables explications du pourquoi et du comment Scott Lang rencontra Hank Pym pour que les enjeux soient établis. Il était temps ! Si Ant-Man se présente comme un film de casse, il n’en cherche pas moins à divertir aussi son public par l’humour. Enfin, c’est ce que devaient penser Edgar Wright et Joe Cornish. Car durant tout ce temps, le travail de Peyton Reed et d’Adam McKay au scénario sera confondant de paresse face aux saillies terriblement efficaces dans certains échanges absurdes entre les personnages. Traversant un bide glacial d’1h20 environ, les rires reviendront dans la salle pour la scène finale. Le rythme de tout le film sera sur ce jeu de ping-pong entre fulgurances du duo Wright/Cornish et l’encéphalogramme plat de Reed/McKay.

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Malgré tous ses défauts, Ant-Man est (pour l’instant) le film de Marvel Studios qui a de vraies propositions visuelles. La première expérience de Scott Lang dans une baignoire ou son évasion à dos de fourmi ailée nous offrent à voir quelque chose d’encore inédit à l’écran. On repense notamment à L’Aventure intérieure de Joe Dante où la réussite d’un long-métrage divertissant reposait aussi sur le développement d’un univers et d’une galerie de personnages et non pas uniquement sur la redondance de scènes d’action identiques. Même la participation de Christophe Beck à la bande originale est une bouffée d’air frais salvatrice au milieu du brouhaha infâme de Brian Tyler sur les derniers produits Marvel Studios. Mais Ant-Man retombe vite dans les mauvais travers, avec la famille de Scott Lang devenue accessoire, des dialogues scientifiques incompréhensibles, un méchant très méchant et ses références forcées aux autres Marvel, en particulier avec l’improbable intervention du Faucon (Anthony Mackie). Il est à craindre que Feige s’accorde tout le mérite des qualités restantes d’Ant-Man pour justifier son industrie, nous vendant déjà la prochaine inclusion de l’homme-fourmi aux Avengers et annonçant, dans l’une des deux scènes post-générique, le troisième Captain America.

Ah oui, n’oubliez pas ! On en a encore jusqu’en 2021 minimum…

FICHE FILM
 
Synopsis

Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…