Alliés (Robert Zemeckis, 2016)

de le 21/11/2016
 
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Délaissant la performance capture et la 3D, l’impressionnant Robert Zemeckis s’essaie cette année au film sur la Seconde Guerre mondiale. Si certains spectateurs pourront être charmés par son côté old school, le surprenant manque d’originalité dans la mise en scène du cinéaste sur Alliés nous laisse plutôt sur l’impression d’un film au classicisme suranné.

AlliésRobert Zemeckis a toujours été un réalisateur difficile à situer pour le pour grand public, situé entre l’expérimentateur technique comme George Miller et le conteur hollywoodien qu’est encore Steven Spielberg. Il n’est pas toujours évident d’imaginer qu’un même auteur se trouve derrière des films tels que la populaire trilogie Retour vers le futur et le film d’animation plus adulte La Légende de Beowulf. À l’instar d’un George Lucas, Zemeckis s’est exercé sur la plupart de ses derniers long-métrages à développer de nouvelles technologies que le cinéma pourrait emprunter par la suite. Oscille-t-il donc entre les cartons aux box office (Forrest Gump, Seul au monde) et les films en cours de réhabilitation (La Mort vous va si bien, Contact). Le cinéaste s’attaque en 2016 au film d’espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale avec Alliés auréolé de deux méga stars : Brad Pitt et Marion Cotillard.

Alliés

Si, d’entrée de jeu, Robert Zemeckis nous rappelle que les dernières technologies peuvent tout se permettre avec un plan qu’il aurait été impossible à tourner en vrai, il se lance néanmoins dans une histoire que l’on pourrait considérer comme déjà vue. Après Inglourious Basterds et Fury, ce n’est que la troisième fois que Brad Pitt se retrouve en conflit avec les nazis. Cependant, là où Quentin Tarantino et David Ayer avaient une vision bien à eux de cette guerre, Robert Zemeckis se positionne clairement dans un cinéma classique. En plus de partager le même décor, son long-métrage transpire à chaque plan du Casablanca de Michael Curtiz et de tous les films noirs des années 1940. On ressent tout l’amour et sa passion pour cette page du cinéma hollywoodien, au risque de donner à son film de 2016 un côté un peu vieillot. Préférant se concentrer sur ses personnages et leurs aventures, ses rares tentatives de revitaliser sa mise en scène par des effets de caméra, créant des mouvements impossibles à l’intérieur de l’habitacle de voitures par exemple, ne permettent pas à sortir le spectateur d’un film qui ronronne tout du long sur son scénario qui repose essentiellement sur un retournement qui lance enfin son intrigue.

AlliésAlliés n’est pas forcément un film d’action, comme on voudrait le vendre, mais repose surtout sur les faux semblants. Le genre de l’espionnage est le nec plus ultra et ce couple d’espions à de quoi cacher à l’autre. Il ne faudrait pas trop se fier au ton que recherche l’affiche française d’Alliés, pour se focaliser sur le caractère plus sombre et intimiste de l’originale (voir ici). Zemeckis joue assez (voire beaucoup) avec les miroirs entre la salle de bains et la chambre à coucher, lorsque l’un observe le double de l’autre dans le reflet. La photographie de l’habitué Don Burgess reste alors, somme toute, assez standard sur une mise en scène qui semble plus empruntée que celle de Steven Spielberg dans son plan d’ouverture du Pont des espions qui reprenait le tableau de Norman Rockwell dans la même thématique. Préférant sa voie plus classique et classieuse, quitte à dérouter le public d’aujourd’hui avec un rythme global plus lent, le cinéaste prend le parti-pris de filmer ses scènes d’action avec de long plans, laissant seulement au montage alterné le soin de faire monter la tension, dans une romance au récit chronologique ponctué de quelques flashbacks attendus. Toutefois, nous suivons Alliés au-delà de sa réalisation assez convenue pour le caractère bigger than life de l’histoire, commun à la filmographie de Robert Zemeckis.

Alliés

Nous sentons que ce dernier s’amuse comme un fou dans la reconstruction de la Seconde Guerre mondiale. Des ruelles nocturnes marocaines aux bombardements londoniens, le cinéaste exprime son talent sur une palette la plus large possible. Son enthousiasme déborde de temps à autre, ajoutant dans la deuxième partie des péripéties explosives relativement superflues et qui nous sortent des enjeux principaux. Il serait bien dommage de ne découvrir ce film qu’en version française. Vous vous priveriez de l’élocution, encore un peu timide et pas toujours intelligible, de Brad Pitt dans la langue de Molière. Nous sommes loin, par contre, de la vision fantasque et fantasmée sur laquelle Zemeckis avait dérapé dans The Walk – Rêver plus haut, où Joseph Gordon Levitt donnait carrément des leçons de Français en nous sortant à tout bout de champ des expressions improbables. Marion Cotillard s’en tire bien avec son personnage qui ne brille véritablement que sur la durée. En dehors de Jared Harris, le casting secondaire reste terriblement anecdotique. Bien que le film soit de bonne facture, il reste néanmoins décevant. En particulier pour les fans de Robert Zemeckis qui nous avait habitué à un peu plus d’originalité sur la forme dans ce long-métrage anachronique.

FICHE FILM
 
Synopsis

Casablanca 1942. Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime.