Albert à l’ouest (Seth MacFarlane, 2014)

de le 28/06/2014
 
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Deux ans après le frais et surprenant Ted, Seth MacFarlane récidive dans le Far West fantasmé par Hollywood avec une comédie délirante bourrée de références. À mi-chemin entre John Ford et les ZAZ, Albert à l’Ouest n’est pas exempt de défauts et de quelques longueurs. Mais cela ne gâche en rien cette bonne tranche d’humour potache au pays des cow-boys et des indiens.

Albert a l'ouest 1Depuis bientôt plus d’une dizaine d’années, Seth MacFarlane s’est fait un nom sur la télévision américaine. Avec Family Guy (ou Les Griffin en Français), American Dad et le Cleveland Show il devient rapidement un incontournable de la série d’animation aux États-Unis. Néanmoins, le créateur subira des revers successifs en dehors de l’animation avec les annulations précoces des séries The Winner et Dads. Cela ne l’a pas empêché de partir à la conquête du grand écran avec Ted. Sorti en 2012, son premier long-métrage associait aussi bien son précédent parcours, MacFarlane y prêtant sa voix à un ours en peluche en images de synthèse, qu’à ses héros immatures. Assez modeste dans sa conception, Ted fit recette et donnait une garantie sur le potentiel cinématographique de Seth MacFarlane auprès de Hollywood. C’est donc dans crainte qu’il s’est lancé dans la production de son second film intitulé A Million Ways to Die in the West ou Un Million de façons de mourir dans l’Ouest, traduit littéralement, ou Albert à l’Ouest, traduit officiellement.

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Première image : Monument Valley ! C’est par le lieu associé aux westerns de John Ford que MacFarlane ouvre son long-métrage. Les belles images sont faciles mais la photographie est honnête. En plus d’une typographie datée de l’âge d’or, du cinéma hollywoodien, il nous glisse à l’oreille une composition de Joel McNeely qui reprend vaguement les thèmes des Sept mercenaires et de La Conquête de l’Ouest. Le réalisateur a posé son cadre dans la directe lignée du western américain. Les fans de Quentin Tarantino et de spaghettis reviendront plus tard. Pour Albert à l’Ouest, Seth MacFarlane choisit de se mettre en danger (à plus d’un titre). Enfin, tout du moins son corps en choisissant d’incarner le personnage principal, anachronisme ambulant qui se plaint en permanence de sa vie risquée dans le désert des pionniers. Malgré toute sa bonne volonté, son talent à interpréter vocalement toute une galerie de personnages animés ne se métamorphose jamais physiquement. Pas assez marqué, Seth MacFarlane manque cruellement de charisme visuel pour devenir ce loser de l’Ouest qu’il a imaginé. On se reportera plus facilement vers le reste du casting, en saluant la prestation de Liam Neeson qui s’amuse depuis de son image de bad ass chronique.

albert a l'ouest 3Au-delà de la question très subjective de l’humour, Albert à l’Ouest reste dans le même style que Ted. En gros, si vous n’avez pas une bonne culture populaire (américaine) générale, vous serez vite largué. Connu et apprécié pour cela, Seth MacFarlane enchaîne les références plus vite que son ombre. Neil Patrick Harris et son personnage secondaire très porté sur la moustache sont la cible systématique de clins d’œil au Barney Stinson de la série How I Met Your Mother. Les gags sont nombreux, notamment avec des diverses morts les plus incongrues. On rit grassement devant Albert à l’Ouest, film généreux dans la comédie. Trop généreux peut-être lorsque l’on tombe dans le scabreux et scatologique. Seth MacFarlane aime bien appuyer là où nous n’en n’avons pas l’habitude, au risque de déconcerter une bonne partie du public tandis que l’autre partie jubile et en redemande. De l’homme blanc dit « civilisé » aux indiens, tout le monde en prend pour son grade suivant les turpitudes d’Albert Stark.

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Mais comme il y a deux ans, le nouveau long-métrage de MacFarlane n’est pas sans défauts. Complètement fidèle à son style, le réalisateur reste également fidèle aux graves problèmes de rythmes qui s’accrochent à lui. Avec ses presque deux heures où l’on ne se marre pas tout le temps non plus, Albert à l’Ouest est une comédie plutôt lente d’autant que le parcours de son héros est déjà tout tracé. Réduit de vingt à trente minutes, le film aurait très clairement gagné en efficacité. La faute aussi à une peur incompréhensible de MacFarlane de poursuivre dans l’absurde les sentiments entre ses protagonistes. Alors qu’il se présente naturellement comme un héritier des ZAZ, il retombe systématiquement dans une mise en scène très académique pour être certain que l’on prenne au sérieux le côté émotionnel de son récit. Dommage qu’il n’assume pas jusqu’au bout son délire tandis qu’à l’inverse, il pousse encore certains de ses gags à l’extrême limite du supportable. Dommage que deux ans après Ted, Seth MacFarlane n’ait pas réglé ces petits problèmes et que ce très plaisant Albert à l’Ouest possèdent les mêmes défauts et qualités de son aîné.

FICHE FILM
 
Synopsis

La couardise d'Albert au cours d'une fusillade donne à sa fiancée volage la bonne excuse pour le quitter et partir avec un autre. Une belle et mystérieuse inconnue arrive alors en ville et aide le pauvre Albert à enfin trouver du courage. Des sentiments s'immiscent entre ces deux nouveaux alliés, jusqu'au jour où le mari de la belle, un hors-la-loi célèbre, découvre le pot-aux-roses, et n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Albert aura-t-il le courage nécessaire pour venir à bout du bandit ?