After Earth (M. Night Shyamalan, 2013)

de le 06/06/2013
 
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Après la grosse déconvenue du Dernier maître de l’air, qui confirmait l’orientation peu heureuse de l’œuvre de M. Night Shyamalan depuis deux films, le réalisateur indien jouait gros avec son film de SF, projet écrit par Will Smith. S’il s’agit bien d’une commande, véhicule pour la star et son fils, After Earth n’a pourtant rien du blockbuster désincarné qu’il était légitime de craindre. Et si le résultat est en partie franchement raté, il contient suffisamment de belles choses pour ne pas mériter les tonnes de moquerie dont il est victime depuis sa sortie aux USA.

C’est la première fois en 20 ans de carrière que M. Night Shyamalan n’est plus le seul maître à bord d’un de son film. Non seulement le récit original d’After Earth est signé Will Smith, mais le scénario est en plus co-signé avec Gary Whitta, scénariste de plusieurs jeux vidéo (Gears of War, Duke Nukem Forever) et du Livre d’Eli. Le résultat est nécessairement bancal, entre la nécessité de produire un véhicule calibré à la gloire des pères et fils Smith et les velléités d’un auteur capable de se réapproprier un sujet imposé pour poursuivre son œuvre. On pourra ainsi y voir deux films qui s’entrechoquent souvent, fusionnent parfois, pour aboutir sur quelque chose d’aussi fascinant qu’anecdotique. After Earth contient les germes d’un très grand film annihilé par divers éléments qui le rabaissent en permanence. En opérant un retour en catastrophe sur une Terre qui ne semblait plus vouloir de lui, M. Night Shyamalan opère un cheminement symbolique, montre que ses capacités de grand cinéaste sont toujours présentes mais il se retrouve bridé par l’origine même du film : la famille Smith. Non pas qu’il ait souffert d’un contrôle sur le tournage mais certaines figures imposées, dont la structure du script, empêchent malheureusement l’œuvre de s’envoler.

After Earth

After Earth c’est d’abord une longue exposition calamiteuse. Sous forme de très long flashback sur tout ce qui précédait le vol et l’accident, cette partie incroyablement redondante, inutile car développant moult détails sur une relation père/fils qui s’avère pourtant limpide par la suite, elle est le signe d’un narrateur pris en flagrant délit de manque d’assurance. A moins qu’il ne s’agisse là d’une figure imposée par Will Smith. Le fait est que tout ce prologue – pas loin des 15 minutes – a pour conséquence de rendre l’immersion dans le récit assez difficile, notamment par une grammaire cinématographique ronflante qui tranche franchement avec la suite, beaucoup plus inspirée. A vrai dire, même les séquences à l’intérieur du vaisseau, avant le crash, n’apportent pas grand chose. La relation entre le père et le fils n’y est pas plus développée et l’autre grand thème du film, très shyamalanien, de l’affrontement face à une peur primale (la créature, l’accident) n’est utilisé qu’à titre purement illustratif, comme pour recycler une figure de style. C’est à partir du réveil après le crash qu’After Earth trouve un intérêt. La narration trouve une forme d’épure, à peine déformée par l’inclusion de divers flashbacks, qui transforme le film en une double quête initiatique sous la forme d’un voyage du héros. La présence de Gary Whitta devient dès lors tout à fait logique, le film empruntant énormément au langage du jeu vidéo, comme une variation d’Avatar. Comme dans le film de James Cameron, comme dans notre réalité lorsqu’un joueur se pose dans un siège manette à la main, un personnage immobile en contrôle un autre qui sera un corps pour ses yeux et son esprit. En même temps, l’avatar, le personnage virtuel, ici Kitai, suit son propre parcours d’émancipation pour exister en tant qu’individu. La projection du héros va s’affirmer en tant que héros, le schéma est à la fois classique et très moderne, tout en développant un discours cher à M. Night Shyamalan sur l’homme face à la nature. La cohabitation de ce dernier avec sa mère originelle ne passant que par une forme d’absorption.

After Earth

Le récit d’After Earth est parcouru de séquences dantesques, menant logiquement vers un final épique dont la symbolique contient à elle seule tout le cœur du film. Les affrontements avec divers animaux participent au parcours mythologique du héros sur une Terre abandonnée par l’être humain il y a bien longtemps, comme un retour sur le lieu des origines afin de trouver l’accomplissement. Tout cela est formidable, avec au centre le développement d’un discours délicat sur la paternité s’échappant des schémas classiques. Une paternité difficile, sans émotion, dans le but de créer non pas un fils mais un héritier. Le parallèle entre les personnages et la véritable famille Smith est inévitable, After Earth ressemblant tout de même énormément à un passage de flambeau symbolique. Tout est réuni pour que le film soit une réussite, avec cette mise en scène toujours aussi raffinée, cette narration qui prend toujours le temps nécessaire pour raconter une histoire, cette symbiose avec la composition formidable de James Newton Howard, et une direction artistique qui l’est tout autant, dans un style très organique. Sauf qu’il y a un problème de taille qui vient ruiner quasiment tous les efforts de M. Night Shyamalan. Et ce problème se nomme Jaden Smith. Le réalisateur a beau multiplier les idées pour l’iconiser au maximum, en faire une figure forte, le jeune acteur est tellement mauvais qu’il détruit toutes les tentatives par la médiocrité de son jeu. Tellement insupportable qu’il tue dans l’œuf toute tentative de créer une émotion sincère, à tel point que le spectateur se retrouve à distance alors que tout était là pour bâtir quelque chose de fort. C’est d’autant plus dommage que Will Smith, qui a bâti sa carrière sur une majorité de performances médiocres (avec une poignée d’exceptions de type Ali), est ici étonnamment très bon dans un jeu tout en sobriété, coincé dans un décor unique et restreint. Dommage donc, car After Earth aurait pu être un très grand film sur l’apprivoisement de la peur comme moteur d’initiation. Il n’en est que l’esquisse, ou le brouillon qui mériterait quelques grosses corrections.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après un atterrissage forcé, Kitai Raige et son père, Cypher, se retrouvent sur Terre, mille ans après que l’humanité a été obligée d’évacuer la planète, chassée par des événements cataclysmiques. Cypher est grièvement blessé, et Kitai s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Il va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash.
Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils vont devoir apprendre à œuvrer ensemble et à se faire confiance...