A Most Violent Year (J.C. Chandor, 2014)

de le 28/12/2014
 
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Le dernier jour de l’année n’est pas exempt de grand film. A Most Violent Year est une œuvre intelligente qui se déguise en film de gangsters pour mieux prendre à revers ses spectateurs sur les thèmes clés que le genre véhicule. Aidé du brillant couple formé par Oscar Isaac et Jessica Chastain, le réalisateur d’All is Lost et Margin Call prouve une nouvelle fois son immense talent de scénariste et metteur en scène.

A Most Violent YearDécembre 2013, le réalisateur américain J.C. Chandor nous avait fait chaviré avec All is Lost. Ce deuxième long-métrage nous perdait alors avec Robert Redford, seul sur son navire au milieu de l’océan Indien. Avec un budget de 8,5 millions de dollars, Chandor nous prouvait que le cinéma indépendant avait encore de la ressource aux États-Unis, mais surtout de l’ambition visuelle pour conter ses histoires. Tout de même, son premier film intitulé Margin Call était parvenu à réunir un casting impressionnant, avec notamment Kevin Spacey et Jeremy Irons, tout en rendant lisible et accessible un récit situé dans le monde de la finance. Ayant fait ses premières armes dans le documentaire et la publicité, le réalisateur américain a toujours su aller chercher plus loin que le thème ou genre auquel ses films s’attaquent. Il récidive en cette fin d’année 2014 avec A Most Violent Year.

A Most Violent Year

Que peut-on apporter de plus aux films de gangsters quand on sait que ce que l’on en sortira sera systématiquement comparé au Parrain, Affranchis et autre Scarface ? Ces films phares ont déjà balisé le terrain et ont aussi vampirisé tous les schémas dramaturgiques de ce genre auquel s’adapte J.C. Chandor pour sa troisième réalisation. Pas effrayé une seule seconde, ce dernier reste droit dans ses bottes et retournera complètement la problématique avec son personnage principal incarné par Oscar Isaac. Le premier et meilleur exemple reste l’ouverture. Sur le superbe morceau Inner City Blues de Marvin Gaye, où les images d’une matinée hivernale de New York s’enchaînent. Puis, tout bascule avec le car-jacking d’un camion à un péage. Il ressort de ces premières minutes une grande classe dans la mise en scène tout en gardant une certaine humilité, si particulière au travail de J.C. Chandor. Mais ce dernier aura su nous rappeler à l’ordre en quelques secondes, car A Most Violent Year pose son cadre dans la grosse pomme à l’un de ses plus hauts pics de violence jamais atteints. Nous voilà prévenus que les apparences sont trompeuses et que le danger rôde à chaque instant.

A Most Violent YearNous voilà donc embarqués au début des années 1980 dans cette construction d’entreprise mise à mal par de nombreux problèmes (financiers, criminels…). Chandor s’inscrit sciemment dans cet univers cinématographique très codifié des films de gangsters américains. La photographie plutôt typée de la décennie précédente et la bande originale d’Alex Ebert vont également dans ce sens. Oscar Isaac est ce fils d’immigrés qui est devenu ce qu’il est grâce à se seule persévérance et qui compte truster le commerce du fioul et du gaz à New York avec un achat très risqué d’une zone industrielle. Venant du monde de la rue, Abel Morales doit sans cesse justifier sa position dans une société qui cherche à le détruire. Lui qui ressemble à s’y méprendre à un mafieux, il croit néanmoins dur comme fer au concept quelque peu naïf du self made man. Toujours bien habillé, traqué par un juge tenace (David Oyelowo), négociant avec des personnes au passé trouble, Abel affiche pourtant une formelle aversion à l’usage de la violence et de la corruption. Cependant, les obstacles et les incidents indépendants de sa volonté s’accumuleront inexorablement sur son chemin. Même lorsque cette vie professionnelle chaotique mettra en péril le cocon familial, de la même manière que dans la scène d’introduction, Abel continuera de courir vers le destin qu’il s’est choisi.

A Most Violent Year 2

Tenant habilement ce double discours entre les dialogues et ce qu’il nous montre à l’écran, J.C. Chandor mettra un point d’honneur à brouiller constamment les pistes quand à la véritable sensibilité de son héros. Celle-ci ne se révélera qu’assez tard, dans une dispute farouche avec sa femme incarnée par la sublime Jessica Chastain. Si dans ses précédents films, le réalisateur a su s’entourer de grands acteurs confirmés, ses deux têtes d’affiche feront (si ce n’est pas déjà le cas) partie des futurs très grands du cinéma hollywoodien. Portant ses propres scénarios à l’écran, Chandor est un excellent directeur d’acteurs et sait en tirer le meilleur pour donner vie à ses personnages du quotidien devant affronter la plus grave crise de leur existence. Pourtant, A Most Violent Year n’est pas un film qui cherche la surenchère, le bigger than life. Il multiplie des scènes à la tension extrême pour mieux les résoudre en finesse et déstabiliser encore un peu plus son spectateur. Mais si son grand final désarçonne par un retournement trop théâtral, la conclusion qui suit nous donne le vertige quant à l’intelligence de l’écriture du cinéaste. Oui, car après trois long-métrages aussi brillants et marqués de l’empreinte de leur auteur, on ne peut qu’affubler J.C. Chandor du titre de cinéaste qui, à l’instar du personnage d’Oscar Isaac, trace humblement son chemin dans le cinéma américain.

FICHE FILM
 
Synopsis

New York - 1981. L'année la plus violente qu'ait connu la ville. Le destin d'un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l'époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.