À la poursuite de demain (Brad Bird, 2015)

de le 27/05/2015
 
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Alors que Mission : Impossible – Protocole Fantôme a connu un succèsconsidérable, le nouveau long métrage de Brad Bird reçoit un accueil assez mitigé voire négatif. Des réactions qui s’expliquent probablement par la nature atypique d’À la poursuite de demain, qui tranche radicalement avec la production cinématographique actuelle.

A la poursuite de demainEn 2008 les scénaristes et sont contactés par Walt Disney Pictures pour écrire une comédie de science fiction, basée sur la section « Tomorrowland » de leurs parcs à thèmes. Il est question d’un pilote projeté 350 ans dans le futur, interprété par Dwayne Johnson. En juin 2011 le producteur Sean Bailey (Gone Baby Gone, Tron : L’héritage) commande à Damon Lindelof (Lost – Les disparus) un scénario basé sur la récente découverte, dans les archives du studio, de documents sur la création de « Tomorrowland » et l’exposition universelle de 1964. En mai 2012, Brad Bird refuse la réalisation de Star Wars : Episode 7 pour ce projet. George Clooney est engagé pour le rôle de Frank Walker, ainsi qu’Hugh Laurie pour celui de David Hix. Shailene Woodley (White Bird) et Naomi Scott (Terra Nova) sont pressenties pour incarner Casey Newton, mais c’est Britt Robertson (Under the dome) qui décroche le rôle. Doté d’un budget de 190 millions de dollars, le tournage se déroule entre Août 2013 et Janvier 2014 dans plusieurs pays.

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Passé le prologue renvoyant au « freeze » humoristique de Ratatouille, À la poursuite de demain montre le jeune Frank Walker (Thomas Robinson), inventeur d’un Jet Pack révolutionnaire, qu’il présente à David Nix. Ne se laissant pas abattre par le mépris de ce dernier, notre jeune protagoniste finit par découvrir un passage sous l’attraction « It’s small world », menant à l’univers parallèle de Tomorrowland. Le récit se poursuit à nôtre époque avec Casey Newton, fille d’un ingénieur de la NASA qui découvre un mystérieux pin’s. La grande force du film réside avant tout dans ses personnages principaux. Newton, éternelle optimiste qui refuse l’arrêt du programme spatial et la déchéance du monde contemporain. Son hyper activité, similaire à celle de Dean McCoppin du Géant de fer et à celle Dashiell Parr des Indestructibles, est montrée de manière très subtile par le cinéaste. Newton est en constant décalage avec ses camarades de classe et son père. Robertson apporte à son personnage une prestation enjouée, bienvenue. Brillamment interprété par George Clooney, Frank Walker est un inventeur reclus de la société, qui se considère comme un raté suite à son exclusion de « Tomorrowland ». Un personnage qui fait écho à la passion de l’interprète de Good Night and Good Luck pour l’Amérique des années 50 – 60, et leurs utopies sociales, que ce soit en tant que comédien ou cinéaste.

A la poursuite de demainDeux protagonistes qu’ Athena (Raffey Cassidy) va sortir de leur solitude. La jeune comédienne de Dark Shadows vole la vedette aux autres interprètes dans de nombreuses scènes. Grâce à une composition adulte et très subtile, qui ne sombre jamais dans le ridicule y compris lors des moments d’actions. Athena traduit la fascination qu’éprouve le cinéaste pour la robotique et la réflexion philosophique, complexe, qui en découle. Si le Géant de fer était un enfant dans un corps d’adulte, Athena est une adulte dans un corps d’enfant. Ce trio atypique particulièrement attachant est une réussite majeure. À l’instar des récents Jupiter : Le destin de l’univers et Kingsman, À la poursuite de demain place l’ultime espoir de l’humanité chez des gens ordinaires confrontés à l’extraordinaire. Une vision qui détonne à l’heure où les champions du box office sont les milliardaires Tony Stark, Christian Grey, et où les héros n’ont plus rien de super.

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À contrario de ses contemporains, qui évacuent la menace apocalyptique sous un humour désacralisateur, Brad Bird la remet au premier plan comme horizon inévitable. Souvent comparé péjorativement au dernier film, sous estimé, des Wachowski, À la poursuite de demain est pourtant totalement différent sur l’univers et son intrigue. Cependant, comme Jupiter : le destin de l’univers, le film enchaine les péripéties sur un rythme trépidant, et manipule différents concepts : monde parallèle, robotique, parc d’attractions, la vie de Jules Verne, folklore conspirationniste … . de façon décomplexée, quitte à laisser certains spectateurs de côté. Scénariste des pathétiques Prometheus et World War Z, Lindelof parvient à livrer une narration cohérente. Les jeux de piste qui ont fait sa renommée à la télévision, souvent poudre aux yeux, étant canalisés par les enjeux scéniques de Brad Bird, également co-scénariste. Les différents rebondissements sont au service d’un objectif clair qui se suffit à lui même. Le tout donnant un récit à la croisé du conte, de la SF et du Road Movie, comme le dit son cinéaste. Le post modernisme y est suffisamment subtil, pour que le spectateur y projette son propre degrés de lecture. De Pinocchio via le parcours d’Athena, à Terminator 2 : le jugement dernier, à travers son trio humain-robot qui doit empêcher l’apocalypse, en étant poursuivi par d’autres machines. Si la scène de la boutique « geek » peut passer pour du fan service. Le nom de l’enseigne, « Blast from the Past », et sa fonction narrative, font preuve de sarcasme à l’égard de la Pop Culture actuelle, bloquée dans un recyclage mortifère.

A la poursuite de demainPassionné de rétro futurisme, Brad Bird en fait le cœur visuel et thématique. Le production design de Scott Chambliss (chef décorateur de J.J. Abrams) renoue avec toute une imagerie propre à ce courant. Le résultat évoque autant l’imaginaire Disney de l’époque, que les illustrations d’Amazing Stories et les dessins d’Osamu Tezuka. Un ensemble cohérent qui doit également à Claudio Miranda. Le chef opérateur de L’étrange histoire de Benjamin Button et de L’odyssée de Pi signe une lumière aux contrastes pop et épurés, qui permet au film de trouver sa singularité, et de sortir du tout venant actuel. À l’instar de Mission : Impossible – Protocole fantôme, le réalisateur applique son savoir faire dans l’animation au cinéma « live ». Cela se traduit par les l’important travail sur les perspectives et échelles, ainsi qu’une musicalité du découpage propre au cartoon. Notamment lors des scènes avec le Jet Pack, et les éléments sur son sillage.

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Ce ressenti « animé » se retrouve jusque dans le rendu des effets visuels d’ILM et Rodeo FX. Aidé du superviseur des effets visuels John Knoll (Speed Racer, Avatar), Bird donne aux volumes un rendu fluide proche de l’animation. Au détour d’un combat entre deux méchas, le cinéaste joue sur deux niveaux de lectures. Lorsque le robot piloté par Athena frappe l’autre mécha, une violente contre plongée renvoie explicitement au coup porté à Otachi par Gispy Danger dans Pacific Rim (sur lequel Knoll à travaillé). Comme si Bird faisait un clin d’œil à del Toro, qui s’était inspiré d’une de ses créations pour concevoir son principal mécha. Le deuxième niveau de lecture rejoins Ratatouille, dans lequel Rémy (l’esprit) « pilotait » Augusto (le corps) pour l’aider en cuisine. La traversée du Tomorrowland par Robertson est l’apogée du croisement des deux réalités. Un plan séquence basé sur l’émerveillement induit par la situation, vis à vis du personnage et du spectateur. L’aspect thématique, traduit l’essence même du rétro futurisme, voir « l’avenir à travers le passé ». Ayant grandi dans les années 60, avec l’utopie d’un monde meilleur, en réaction à la seconde guerre mondiale et au nucléaire, Bird porte un regard plein de désillusion sur son passé.

TOMORROWLANDÀ contrario des Parr et de l’équipe d’Ethan Hunt, nos protagonistes principaux ne sont pas forcément une famille. Ils devront affronter le futur sans. Un constat amer doublé d’une vision particulièrement cruelle, sur le devenir d’une humanité complaisamment suicidaire. Un propos bien plus subversif qu’il en a l’air, dicté par un Hugh Laurie impérial. Ce dernier acte, questionne ouvertement la problématique finale du Jour où la terre s’arrêta. Là où Robert Wise offrait un sursis à l’humanité, Brad Bird insinue qu’elle préfère s’autodétruire malgré cet avertissement. Si espoir il y a, ce ne sera possible quand acceptant de tirer un trait sur un passé maladif. Dans un ultime acte d’héroïsme, Walker acceptera de s’en défaire, via une iconographie héritée des comics. Bien qu’en sursis, l’humanité trouvera un éventuel espoir, au travers de la nouvelle génération, et de gens ordinaires acceptant l’extraordinaire. C’est sous cet angle qu’il faut prendre la conclusion, si décriée, et pourtant parfaitement lucide d’À la poursuite de demain.

Par ses partis pris à contre courant de l’époque, et le caractère personnel qui s’en dégage, À la poursuite de demain est une œuvre importante dans la filmographie de Brad Bird. Arrêter de se morfondre dans le passé pour espérer un avenir plus humain et optimiste. La devise lucide de ce brillant cinéaste, non nostalgique mais tourné vers le futur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune... Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !