Hard Day (Kim Seong-hoon, 2014)

de le 19/05/2014
 
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Difficile de faire son trou dans la jungle des polars coréens, qui n’en finissent plus de se ressembler, y compris des plus gros succès. Ainsi, quand débarque un réalisateur avec un ton assez nouveau tel que Kim Seong-hoon, dont le premier film était une comédie, c’est un plaisir de le voir déboulonner les codes du genre tout en s’y conformant à sa manière. De quoi provoquer une belle décharge d’adrénaline sur la Quinzaine des réalisateurs.

A Hard Day 1Huit années se sont déjà écoulées depuis les débuts de Kim Seong-hoon, qui signait avec How the Lack of Love Affects Two Men une vraie comédie teintée de drame. De quoi monter un beau projet avec A Hard Day, film totalement inattendu et complètement fou. En effet, sous des airs de polar lambda dont il récupère absolument tous les codes, le second film de Kim Seong-hoon va les pervertir par l’excès et par l’humour, dans un étonnant rollercoaster qui, au moins lors de sa première heure, ne semble jamais s’arrêter. Le film va ainsi jouer sur un décalage comique assez génial, avec les outils classiques de l’humour noir, pour court-circuiter des séquences naturellement tragiques (accident de la route, enterrement…) par une injection d’éléments comiques. Et si dans sa deuxième partie il retrouve un cadre relativement plus confortable de polar lambda, A Hard Day n’en reste pas moins une œuvre assez singulière qui vient apporter du sang neuf à un genre qui a tendance à tourner en rond.

A Hard Day 2

Des ses premières images, avec un type visiblement sous pression, une bagnole, la nuit, une route mouillée, A Hard Day s’inscrit dans la logique visuelle de tout bon polar coréen qui se respecte, avec son cahier des charges devenu bien trop précis. Mais cette séquence d’ouverture, au demeurant très réussie, tient surtout de la note d’intention et ouvre très tôt les hostilités. En effet, très rapidement et dans un dispositif qui parait étonnement logique, les péripéties commencent à s’enchaîner et le rythme s’accélère encore et toujours. Parfois à la limite du surréalisme tant les situations abracadabrantes se succèdent, A Hard Day joue assez clairement la carte de l’accumulation et de la saturation. Mais il la joue intelligemment, en l’utilisant comme ressort comique extrêmement précis. Précis dans la rythmique surtout, plus que dans les situations elles-mêmes. Chaque nouvel élément qui vient s’ajouter à la dose de poisse déjà tragique du héros arrive précisément au moment où il pouvait y avoir une porte de sortie. Le plus beau est que non seulement c’est très drôles, mais en plus la grammaire cinématographique utilisée par Kim Seong-hoon, et en particulier son découpage, construisent des séquences au suspense parfois difficilement soutenable. A ce titre, toute la scène de la chambre funéraire jusqu’à l’enterrement tient de la séquence culte en puissance.

A Hard Day 3A Hard Day prend largement à contrepied les différentes attentes que le genre induit inconsciemment. Cela se fait sentir dès la traditionnelle scène du contrôle routier, motif récurrent permettant généralement de tacler le manque de professionnalisme des policiers, sauf qu’ici les flics font leur boulot, quitte à ensuite se faire tabasser par cet autre flic pour lequel ils ne souhaitaient pas faire de petit arrangement. Et tout le film va ainsi prendre à revers les différents éléments qui sont devenus des caractéristiques intrinsèques de ce cinéma, depuis une dizaine d’années. Cette spirale de la poisse est absolument tordante, très enlevée et semble ne jamais vouloir s’arrêter, avec quelque séquences dans lesquelles tension et surprise prennent le pas sur tout le reste. Qui pouvait s’attendre à ce qu’un maître-chanteur vienne cogner sa victime dans un commissariat ? Alors qu’il est avec son équipe ? A Hard Day ose ce type de mouvement inattendu, et c’est précisément ce qui fait sa force.

A Hard Day 4

AIl s’agit également d’un film extrêmement bien exécuté sur le plan technique, ce qui n’est pas vraiment une surprise tant la Corée possède peut-être les techniciens les plus efficaces pour mettre en scène un polar. Kim Seong-hoon se permet quelques petits plaisirs sous forme de morceaux de bravoure. Il y a par exemple ce plan lors d’une poursuite à pied, filmé en plongée totale depuis une hauteur démesurée, ces tentatives de passer en caméra à l’épaule de façon très énergique pour imprimer un rythme très soutenu à l’action, et ce recours à des plans larges à la composition magnifique. A Hard Day est dopé à l’énergie et aux belles idées, et revitalise non sans mal ce qu’est devenu le polar coréen. Malheureusement, dans sa dernière partie, le film devient bien plus sérieux et tombe dans des travers habituels du genre, avec une surenchère de violence parfois grand-guignolesque, des situations totalement improbables dignes d’un comic book et un flot incessant d’insultes. Reste la scène de la camionnette, qui retrouve le timing génial des débuts, et ce duel d’une violence inouïe entre Lee Seon-gyoon et Jo Jin-woong, parfois insoutenable et traité frontalement jusqu’à l’excès. Une chose est sure, si A Hard Day est imparfait et aurait gagné à réduire sa durée, le film est une proposition de polar alternatif qui ne manque ni de charme, ni d’idées, ni d’humour, et qui dans son dernier acte se montre extrêmement virulent et acide envers le comportement des forces de police.

FICHE FILM
 
Synopsis

De retour de l'enterrement de sa mère, Gun-su, détective à la police criminelle, tue un homme dans un accident de voiture.
Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère.
Lorsque l'affaire apparaît sur la base de données de la police, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Gun-su, sous pression voit l’enquête avancer au rythme des détails révélés de l’accident. Les choses vont empirer lorsqu’un témoin de l’accident va menacer Gun-su.