5 bonnes raisons de voir Pentagon Papers (Steven Spielberg, 2018)

de le 31/12/2017
 
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Chaque film de Steven Spielberg est un événement. En 2018, nous aurons droit à non pas un, mais deux films du vétéran américain avec tout d’abord Pentagon Papers (The Post) le 24 janvier puis l’adaptation du roman Ready Player One, le 28 mars. Ce n’est pas la première fois que Spielberg sort deux films la même année et ce sont souvent de très belles oeuvres (1993 avec Jurassic Park et la Liste de Schindler, 2002 avec Minority Report et Arrête-moi si tu peux ou encore 2005 avec La Guerre des Mondes et Munich). Pour le moment, 2018 ne déroge pas à la règle puisque Pentagon Papers est un véritable bijou. Et voici les cinq bonnes raisons de se ruer sur le film lorsqu’il sortira en salles !

1 – Pour la mise en scène de Steven Spielberg :
Il y a deux ans, Spotlight raflait l’Oscar du meilleur film sur un sujet similaire (la bataille de journalistes intègres face à la corruption du système politique) en montrant comment les journalistes du Boston Globe se sont démenés pour dévoiler l’affaire des prêtres pédophiles au sein de l’Eglise Catholique en 2003. Or le film pêchait par son cruel manque d’urgence, d’ampleur et d’un trop grand didactisme. En bref le film était plein de bon volonté mais statique. Pentagon Papers est tout l’inverse tant la fièvre qu’insuffle Spielberg à son récit se traduit par une utilisation virtuose de la caméra à travers des mouvements fluides à tomber par leur manière de dévoiler l’espace et un montage archi-dynamique tout en étant parfaitement lisible.
Spielberg a le don de donner vie aux lieux par la profondeur de champ, aux situations par l’intelligence du découpage et aux personnages par l’empathie de son regard. Ajoutons à cela la sublime lumière de Janusz Kaminski à la fois douce et franche dans ses contrastes et on obtient une reconstitution de l’époque très loin d’être napthalinée avec une bonne dose de leçon de mise en scène pour 99% des réalisateurs actuels.

2 – Pour son importance politique :
A l’heure de l’alternative fact, de la fake news et de la collusion franchement inquiétante entre le pouvoir, l’élite financière et les médias, Pentagon Papers est aussi bien un cri d’alerte contre ce système qu’une ode sublime à la liberté de la presse et à l’indépendance des journalistes. Traitant aussi bien de l’obsession militariste des Etats-Unis s’enlisant dans la guerre du Viet-Nâm, des mensonges de Nixon et de son administration et d’une élite sclérosée qui contribue à la régression sociale et idéologique d’un pays, Spielberg se rapproche plus que jamais d’un Capra (les films de propagande en moins). Fasciné par la situation et ses personnages, le film touche à tous les sujets emblématiques de cette époque et de la notre. On retrouve ainsi un superbe sous-texte féministe qui insuffle une belle espérance à son propos complétant la bataille pour la liberté de la presse menée par le New-York Times et le Washington Post.
A travers la figure du journaliste, Spielberg réalise un vrai film social dans le sens noble du terme, traitant d’un sujet de société essentiel mais avec le plus grand intérêt pour ces personnages, parlant de sujets sensibles sans oublier de faire du cinéma. Ce qui manque cruellement au cinéma français en somme. Comme il y a eu une vague de film post-9/11, Pentagon Papers sera un des films emblématiques de l’ère Trump.

3 – Pour ses acteurs :
Tout d’abord, Meryl Streep et Tom Hanks sont simplement au sommet de leur art. On comprend pourquoi leur côte de popularité est toujours intacte, bien que les deux ont multiplé les mauvais choix de carrières ces dernières années, tant ils ont un plaisir non-dissimulé à jouer ces personnages valeureux, complexes et presque excentriques dans leur milieu.
Hanks qui n’a eu que quelques bons films à se mettre sous la dent ces dix dernières années avec le Sully d’Eastwood, Captain Philips de Greengrass, Cloud Atlas des Washowski et bien sûr le Pont des Espions (le reste étant pas loin d’être indigent) mais illumine le film par sa détermination, sa gentillesse apparente et son idéalisme triste, celui d’une personne qui ne peut s’empêcher d’espérer malgré les illusions perdues.
De même pour Streep qui n’a pas fait un film potable depuis… 2006 et The Last Show de Robert Altman, enchainant les prestations transformistes pour gagner des Oscars mais pour des films brillants par leur manque d’idées, elle vient ici apporter une bonté naturelle et rieuse dans son émancipation en tant que femme et cheffe d’entreprise.
Surtout, il y a un réel plaisir dans la galerie de seconds rôles. On y retrouve la plupart des meilleurs acteurs de séries du moment comme Bob Odenkirk (Better Call Saul), Carrie Coon (The Leftovers), Sarah Paulson (American Horror Story), Jesse Plemons (Fargo), Zach Woods (Silicon Valley), Alison Brie (Mad Men) ou encore Matthew Rhys (The Americans).

4 – Pour la musique de John Williams :
John Williams ne réalise probablement par son score le plus mémorable dans le sens ou il n’y a pas de theme qu’on va fredonner en sortant de la salle mais la musique n’en est pas moins tonitruante. Il reste une habileté hors-norme chez lui à composer une musique comme moteur de l’action d’un dynamisme surprenant. Au service de l’image, elle apporte subtilement nuances et profondeur par la variété d’instruments et de rythme à la manière de la musique de Thomas Newman dans Le Pont des Espions. Surtout, la musique accompagne les allers-retours effrénés des journalistes sans jamais surligner ce vertige, excepté dans le final du film qui y va un peu fort sur les envolées triomphales au violon, le reste est un modèle d’équilibre entre drame, suspense, thriller avec comme d’habitude un jeu sur les corps d’instrument en fonction de l’action qui est exemplaire.

5 – Car Spielberg s’inscrit toujours plus dans la tradition du cinéma américain et dans sa propre légende :
Soyons net et tranché : Pentagon Papers est tout simplement le meilleur film de Spielberg depuis La Guerre des Mondes (2005) et peut-être un de ses meilleurs films tout court. Non seulement le film tutoie les sommets de ce réalisateur de génie mais il s’inscrit dans une grande tradition de films politiques à l’américaine allant du Mr. Smith au Sénat de Frank Capra aux Hommes du Président d’Alan Pakula dont il pourrait presque être un prequel. On y retrouve une forme de classicisme dans la construction narrative, ainsi que dans ce regard qui le rapproche également d’un John Ford, allié à une modernité dans la mise en scène montrant que le réalisateur, qui vient de fêter ses 71 ans, est encore au sommet de sa forme.

Pentagon Papers sort le 24 janvier au cinéma, distribué par Universal Pictures.

Puis nous retrouverons Spielberg le 28 Mars pour Ready Player One.

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