31 (Rob Zombie, 2016)

de le 29/11/2016
 
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Rob Zombie est condamné. Condamné à ne jamais sortir du moule qu’il maitrise et grâce auquel il s’est fait un nom dans le cinéma. C’est le constat un brin triste face à ce 31, exercice de style assez confortable qui lui permet de retrouver son public après Lords of Salem, mais qui marque assez clairement ses limites. D’un côté, difficile de faire la fine bouche face à ce petit morceau de bravoure de barbarie cinématographique. De l’autre, ce talent condamné à ne jamais sortir des rails laisse un goût légèrement amer.

31-1L’horreur sauvage et redneck. Voilà bien un sujet que maitrise Rob Zombie, comme en témoignent La Maison des 1000 morts, The Devil’s Rejects ou la première partie de son Halloween. Quand il s’aventure sur un autre terrain, ça coince. Avec 31, il revient donc très précisément à ce qui le caractérise en tant qu’auteur de cinéma. A l’exception d’un scénario qui tiendrait vraiment la route. Car il faut bien avouer que ce n’est pas au niveau de l’écriture de son intrigue que brille le nouveau Rob Zombie. Un seul enjeu, la survie. Et la succession de séquences agencées sans grande audace narrative n’a finalement qu’un seul véritable but : repousser les limites de la sauvagerie et du mauvais goût. 31 va donc plutôt droit au but et ne s’embarrasse pas de détails inutiles, à l’exception de quelques dialogues de remplissage qui auraient pu passer au dégraissage.

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En gros, une fois passée une exposition on ne peut plus classique, avec une bande sympathique qui fait une halte dans une station-service paumée au milieu de nulle part, 31 va rapidement passer en mode survival, dans un récit quelque part du côté des Chasses du Comte Zaroff et du Prix du danger façon torture porn avec tous les curseurs poussés à fond. Pas assez de Rob Zombie dans Lords of Salem ? Et bien Rob Zombie va vous donner du Rob Zombie. Pendant un peu moins de deux heures, ça va être la foire aux membres déchiquetés ou écrasés, au cannibalisme forcé, aux attaques à la tronçonneuse, aux clowns psychotiques, aux tortures en tous genres, avec du géant arien ou du nain mexicain et nazi (!). L’idée est assez claire : faire dans le sauvage et le plus barbare possible en massacrant une bande de personnages plutôt sympathiques. Sauf qu’ils ont beau être cools, le script est bien trop faible pour les rendre attachants. Sans grande surprise, ils vont à peu près tous crever les uns après les autres dans un récit très mécanique sans que le spectateur en ait grand chose à faire. C’est bien le gros problème de ce 31. Un script assez faiblard contrebalancé uniquement par le traitement visuel de la chose et sa tendance à en mettre plein la vue.

31-3Rob Zombie oblige, le soin apporté à la direction artistique permet de bâtir un univers assez unique. Le film possède donc un cachet tout particulier, à la fois dopé par toutes sortes de couleurs et franchement crade. Son film pue la sueur et le sang, et transpire la folie psychotique. Il est franchement dommageable de voir un tel univers complètement sous-exploité par un script aussi basique. D’autant plus qu’il n’est pas bien difficile d’en capter tout le potentiel. En effet, avec d’un coté une bande multi-ethnique représentant une Amérique « profonde » et plutôt pauvre, victime du délire maniaque d’un groupe de bourgeois décadents faisant appel à des tueurs psychopathes, misogynes et racistes, la caricature d’une élite américaine massacrant le socle populaire de la nation serait plutôt intéressante.

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Malheureusement, Rob Zombie n’en fait pas grande chose. Il préfère se focaliser sur l’aspect régressif de son spectacle et le « plaisir » induit par les litres de sang et les kilos de tripaille étalés sur le sol. Une bonne grosse série B qui tâche en gros, qui se contente de son statut plutôt que d’exploiter un vrai sujet. C’est dommage. Car de Rob Zombie, on attend depuis une douzaine d’années un film au niveau de The Devil’s Rejects, démonstration de sauvagerie qui n’oubliait pas de raconter quelque chose. Il faudra se contenter d’un jeu de massacre certes jouissif, d’autant plus que le réalisateur offre à sa compagne Sheri Moon Zombie un rôle enfin à peu près solide et qu’il la positionne assez clairement au centre des débats. Et il y a quelque chose de réjouissant à la voir dézinguer du clown dégueulasse et violent, notamment en leur explosant le crane. On l’aura compris, Rob Zombie ne fait pas dans la dentelle et c’est pour cela, très précisément, que 31 s’adresse essentiellement aux fans du réalisateur qui leur offre une sorte de gros gâteau, pas toujours digeste mais aux saveurs uniques. Un film généreux donc, à travers lequel il se fait également plaisir, mais qui ne va pas beaucoup plus loin que le simple exercice de style.

31-531 possède un style unique, avec cette image altérée mais de façon tout à fait naturelle (on n’est pas dans le « grindhouse » artificiel d’un Robert Rodriguez, comme si des brûlures et griffures suffisaient à pondre un film d’horreur old school). La photographie très 70’s, tantôt très aride, tantôt extrêmement élaborée avec des lumières très contrastées, doublée d’une bande son géniale qui convoque Lynyrd Skynyrd, The Mamas and the Papas ou Kitty Wells, façonnent cet univers cohérent avec les précédents films du réalisateur. Tout comme son casting avec, outre son épouse, l’excellente Meg Foster (Invasion Los Angeles, La Forêt d’émeraude….), le toujours outrancier Malcolm McDowell, Jeff Daniel Phillips (en ce moment au casting  de la série Westworld) ou encore l’impressionnant Richard Brake et sa gueule de psychopathe, dans la peau d’un vrai bad guy et qui a droit à un mémorable prologue sous forme de monologue. Beaucoup de raisons de se réjouir donc, mais également pas mal d’autres d’être déçu…

FICHE FILM
 
Synopsis

5 forains sont retenus dans un entrepôt désaffecté et sont forcés de participer à un jeu macabre : survivre pendant 12 heures aux attaques d’un groupe de sadiques armés jusqu’aux dents...