22 Jump Street (Phil Lord & Christopher Miller, 2014)

de le 23/08/2014
 
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Après La Grande aventure Lego, le génie délirant du duo Lord/Miller récidive sur 22 Jump Street. Une suite sachant relever la barre hissée pourtant très haut par le premier opus il y a deux ans. Jonah Hill et Channing Tatum, l’autre duo du film, fonctionnent toujours aussi bien ensemble. Un grain de folie qui fait du bien en cet été 2014 et dont le générique de fin est, à lui seul, un motif suffisant pour aller voir cette comédie potache complètement déjantée.

22 Jump StreetQuelle géniale mouche à piqué le duo Phil Lord et Chris Miller ? Depuis Tempête de boulettes géantes, les deux réalisateurs sont parvenu à donner un nouvel espoir dans la comédie américaine qui commençait à sévèrement s’essouffler en s’abandonnant à la bande de Judd Apatow. Les deux zigotos venus du monde de la télévision sont aussi drôles qu’intelligents et font partie des rares réalisateurs à Hollywood à qui, aujourd’hui, on peut confier un projet impossible. Remettre au goût du jour une vieille série des années 80 avec une double tête d’affiche qui crève l’écran ? Pas de problème, 21 Jump Street en 2012. Adapter une gamme de jouets tout en travaillant un scénario qui mêle toutes ses franchises sans tomber dans l’auto-promo ? Vous avez droit à La Grande aventure Lego l’année suivante. Avons-nous la moindre raison de douter de 22 Jump Street ? Aucune !

22 Jump Street

Alors qu’ils étaient en pleine post-production du premier volet de la future franchise Lego au cinéma, Lord et Miller se sont donc lancés dans le tournage d’une suite à 21 Jump Street. Ce dernier avait été une vraie surprise de l’été 2012 et inscrivait Jonah Hill et Channing Tatum au panthéon des duos les plus drôles du grand écran. Ne brassant pas les centaines de millions de dollars habituels des budgets des blockbusters hollywoodiens (42 millions au compteur, tout de même), leur premier long-métrage live pouvait se permettre une classification “R” aux États-Unis, ce qui ouvrait la porte à bon nombre de délires que le cinéma plus populaire ne se permet plus. Alors que d’autres ont préféré se compromettre dans la rentabilité cette année (rappelons que le troisième Expendables est passé en PG-13), 22 Jump Street continue dans la même voie que son aîné tout en sachant fermer la porte derrière lui de manière spectaculaire.

22 Jump StreetEn effet, (à moins d’un revirement de situation inattendu, qui ne serait surement pas suivi par les deux réalisateurs) ce 22 Jump Street clôt cette tordante parenthèse avec ses références à un potentiel numéro “23” et à cette merveille de générique de fin qui prolonge le délire jusqu’au bout. Le pire étant que si Phil Lord et Chris Miller étaient de la partie, nous les suivrions autant qu’il serait humainement possible ! Leurs deux cerveaux combinés fourmillent d’idées et parviennent à travailler au corps ce cinéma américain des années 80-90 qui nous obsède tant actuellement. 22 Jump Street c’est on prend les mêmes et on recommence, mais en deux fois plus fort et deux fois plus drôle en envoyant cette fois ses deux beaux losers de flics infiltrés à la fac. L’une des trouvailles de 21 Jump Street avait été d’inverser les rôles entre les personnages de Hill et de Tatum, donnant lieu à des séquences très cocasses et offrant à qui voulait l’entendre une réflexion sociologique sur la construction de soi pendant la scolarité.

22 Jump Street

Après une ouverture sur une grosse scène d’action, cette suite prend le contrepied de cette inversion en séparant ses héros dans deux élites que tout oppose. Jenko (Channing Tatum) est accepté au sein d’une grosse fratrie du campus et devient l’un des footballeurs les plus talentueux. Schmidt (Jonah Hill) se retrouve lui dans un groupe en études d’arts, mais se morfond d’avoir été le centre d’intérêt lors de leur précédente mission au lycée. Même si chacun a retrouvé sa place en quelque sorte, la comédie ne ronronne jamais et Lord et Miller parviennent toujours à épingler les petits gags ou détails qui font la différence, comme d’énormes révélations qui font aussi bien rire à gorge déployée. Côté rythme ça fonctionne d’ailleurs mieux qu’avant. L’inévitable ventre-mou du deuxième tiers dont souffrait 21 Jump Street n’existe plus dans sa suite. Il suffira de quelques gags et de split-screens bien pensés pour pallier à la classique modération de la cadence avant le dernier acte.

22 Jump StreetCe dernier acte grillé à des kilomètres par la promotion du film pour attirer du monde avec du soleil, des jolies filles peu vêtues et de l’alcool : le fameux Spring Break. Ce passage semblant devenu obligatoire dans tout film sur les universités américaines sert de théâtre au climax de 22 Jump Street. Dans cette course impossible pour retrouver la nostalgie des années 90, le long-métrage est l’occasion pour Phil Lord et Chris Miller de se servir allègrement dans la filmographie de Michael Bay pour illustrer leur propos, sachant placer habillement une critique à la façon dont Hollywood exploite ses long-métrages comme une simple valeur marchande. Fusillades, courses poursuites à pied et en voiture, le spectaculaire est aussi garanti que la dérision. Arrivant à la fin d’un été finalement assez morose (aussi bien au niveau de la météo que des films qui valent le détour), 22 Jump Street nous propose une bonne dose d’humour salvatrice, nous évitant une rentrée avec le moral dans les chaussettes.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour leur première mission, les officiers Schmidt et Jenko avaient infiltré un lycée. C’est maintenant à l’université que les deux flics doivent opérer pour mettre fin à un trafic de drogue. Alors que Jenko se découvre un nouvel ami au sein de l’équipe de foot, Schmidt intègre la section artistique. Schmidt et Jenko vont devoir non seulement résoudre l’affaire, mais aussi essayer de préserver leur amitié et découvrir s’ils sont suffisamment mûrs pour se conduire en adultes… La fac sera-t-elle la meilleure chose qui leur soit jamais arrivée ?