007 Spectre (Sam Mendes, 2015)

de le 29/10/2015
 
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Le titre « Spectre » de ce nouvel opus de 007 incarne à lui seul la note d’intention de Sam Mendes sur James Bond, d’un côté un réinvestissement moderne du mythe, reprenant ici une figure centrale de la saga (Spectre, le grand méchant ici incarné par Christoph Waltz), de l’autre un attrait pour tout une gamme d’enjeux et de symboles plus complexes (Spectre incarnant la mort, les fantômes, la part d’ombre de Bond) qui, aussi passionnants soient-ils, peine ici à trouver un équilibre avec le cahier des charges imposé par la franchise.

007 SpectreSPECTRE : Apparition fantastique et effrayante d’un mort. Des morts, il y en a partout dans 007 Spectre. Prenant comme point de départ le Jour des Morts, cette immense fête nationale où le peuple mexicain se réunit dans la rue, paré de déguisement mortuaire, le nouvel opus de James Bond établit une dynamique entièrement motivée par des personnages d’outre-tombe, de la défunte M qui lance Bond dans sa quête, à la mort d’un proche de Madeleine qui la poussera à suivre notre agent secret, les morts hantent l’écran de toutes parts, jusqu’à ces photos d’anciens ennemis et amis qu’Oberhauser dispose autour de Bond. Comme l’indique le message qui précède le début du film : « Les morts sont vivants ».

SPECTRE

Au milieu de ce ballet mortuaire, James Bond semble conserver tout du long son masque de squelette qu’il portait pour le Jour des Morts. Complètement immergé dans sa mission, le personnage si torturé interprété par Daniel Craig dans les précédents épisodes semble ici abandonné au profit de l’homme d’action déterminé, quasi obsessionnel dans son désir de réussite. Comme il l’avouera à Madeleine, James Bond ne s’est jamais arrêté pour réfléchir à ses motivations. Le spectre, c’est aussi lui. Comme l’indique l’affiche du film qui voit Bond être surplombé en arrière plan par son masque de squelette, 007 n’existe que pour ses missions et à l’image de son appartement vide et sans personnalité, il semble que l’homme sous le masque soit bel et bien mort.

007 SpectreAinsi, 007 Spectre est un opus beaucoup plus classique dans son fond mais Sam Mendes parvient habilement à questionner la quête de justice obsessionnelle de Bond. Lors d’une très belle scène avec Madeleine, il admet la possibilité de changer de vie avant d’être de suite rattrapé par cette dernière lors d’un combat des plus âpre. Plus tôt cette année, Mission Impossible : Rogue Nation interrogeait astucieusement le personnage de Ethan Hunt sur ses réelles motivations, mettant en perspective l’aspect sériel de ces blockbusters où chaque épisode les voit risquer leur vie. Que ce soit Ethan Hunt ou James Bond, les deux n’échappent pas à cette question cruciale : pourquoi continuer encore et encore ? Par patriotisme ? Si Christopher McQuarrie se contentait de poser cette question sur le personnage de Tom Cruise : est-il au fond un patriote dévoué ou un mercenaire drogué à l’adrénaline ? Sam Mendes va adopter une voie plus définitive : avouant qu’il n’a jamais eu le choix et qu’il ne s’est jamais arrêté pour y penser, James Bond va au contact de Madeleine examiner la possibilité de tout arrêter et peut être même d’enlever son masque de squelette… en un mot, de renaître à la vie.

SPECTRE

SPECTRE : Special Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion. Pour cela, il va devoir se débarrasser de son ennemi ultime incarné par Christoph Waltz. Dans la droite lignée du précédent opus qui explorait le passé familial de Bond, et dans la lignée du run incarné par Daniel Craig se faisant presque psychanalytique dans son approche du personnage, le grand méchant de 007 Spectre est une nouvelle fois un « ennemi intime ». Sans motivation claire, délesté de tout ce qui faisait le sel de grand méchant grandiloquent « à la James Bond » (la bague, le chat persan), Oberhauser n’est ici qu’un pantin agissant comme le dernier vestige qui empêche Bond de s’autoriser à s’arrêter.

007 SpectreMalheureusement, ce recul que prend Bond sur lui-même grâce à Madeleine n’est au final qu’une sous intrigue, 007 Spectre laissant souvent place à un récit des plus confus et répétitif. Une nouvelle fois James Bond ne peut faire confiance à son propre gouvernement et devra resserrer au maximum son réseau d’alliés et surtout faire cavalier seul contre l’Organisation. Une nouvelle fois, il y aura deux femmes dont l’une qui sera au centre de l’enjeu final. La brute épaisse mutique, seul véritable vestige de l’héritage de la franchise (les gadgets ont disparus) est balayé rapidement et si Sam Mendes s’appuie de nouveau sur un très grand directeur photo (on retrouve l’attrait pour les tons jaunes et beiges du directeur photo de Her et Fighter), Hoyte Van Hoytema n’est pas Roger Deakins et peine à recréer de vrais instants de cinéma par le seul pouvoir de ses images. Aucune scène d’action n’est véritablement impressionnante, et si l’ensemble n’est pas déplaisant, la mise en scène classieuse et les sous-intrigues passionnantes ne donnent pas justice à ce qui ressemble à la fin d’un cycle pour l’ère Daniel Craig.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre.
Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6, dirigé par M. Bond persuade Moneypenny et Q de l’aider secrètement à localiser Madeleine Swann, la fille de son vieil ennemi, Mr White, qui pourrait détenir le moyen de détruire Spectre. Fille de tueur, Madeleine comprend Bond mieux que personne…
En s’approchant du cœur de Spectre, Bond va découvrir qu’il existe peut-être un terrible lien entre lui et le mystérieux ennemi qu’il traque...