Étrange Festival #1

de le 05/09/2010
 
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Ça y est l’Etrange Festival de Paris 2010 c’est parti pour de bon! Et pour cette seizième édition les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands. Des invités de marque, une sélection de films qui part dans toutes les directions: De l’inédit, de l’ancien oublié, du culte, du gore, du méchant, du bizarre…

Hier soir c’était l’ouverture avec comme premier contact le court métrage Il était une fois l’huile de Winshluss qui revient après Villemolle 81. Petite merveille qui détourne avec humour les vidéos classiques de formation dans les entreprises, un petit bijou d’humour anti-capitaliste et acide, à consommer sans modération. Puis l’ouverture proprement dite, Four Lions de Chris Morris.

De quoi ça parle? Quatre terroristes islamistes originaires du nord de l’Angleterre échafaudent un plan pour se faire exploser comme des kamikazes.

Grand moment de comédie méchante sous forme de faux documentaire, le festival ne pouvait pas mieux commencer que par cette irrévérence totale. Vous pouvez aller lire la critique en cliquant sur le titre. Le film a trouvé un distributeur, il devrait donc sortir sur nos écrans prochainement.

On enchaîne directement en deuxième partie de soirée avec le coréen Bedevilled que nous avions malheureusement loupé lors de sa présentation à la Semaine de la Critique et qui a depuis pas mal fait parler de lui.

De quoi ça parle? La trentaine fatiguée, Hae-won travaille dans une banque à Séoul jusqu’au jour où elle assiste à une tentative de meurtre. Au même moment, sa vie professionnelle prend un tour inattendu. Contrainte de prendre du recul, elle part sur une petite île sous-développée, où, petite, elle était venue rendre visite à ses grands-parents…

Déstabilisant avec ses deux parties antagonistes et complémentaires, Bedevilled développe une ambiance très étrange. Le réalisateur, ancien assistant de Kim Ki-duk, et notamment sur l’île auquel on pense beaucoup, impose un style immédiat et une sorte de terreur persistante apparaissant à posteriori. On en ressort un peu chamboulé par le déchaînement de violence final et les excès gores inhabituels dans le cinéma coréen, mais avec la sensation de voir naître un futur grand cinéaste capable de déchaîner les passions.

Le festival est lancé et après avoir eu un petit coucou de Nicolas Winding Refn pour l’ouverture, c’est au tour de l’immense Alejandro Jodorowsy de se montrer pour sa carte blanche. Surprise, on attendait la Crypto Cinéma d’Alejandro Jodorowsky comme un court métrage, c’est finalement une expérience artistique étrange. Le grand Jodo avec sa voix inimitable a choisi des séquences du Magicien d’Oz et nous a offert une analyse métaphysique en live, poussant la symbolique jusque très loin. Un moment vraiment magique à vivre en compagnie d’un tel génie touche-à-tout. Puis premier film de sa sélection, Larmes de Clown.

De quoi ça parle? Un brillant scientifique est trahi par son ami qui lui vole le fruit de ses recherches et les présente à sa place à l’Académie des sciences. Comme il s’insurge, l’imposteur le fait passer pour fou et le gifle. Les académiciens s’esclaffent. Alors, riant aux larmes, pour survivre à la fracassante douleur, il devient sous un chapiteau « le clown qui reçoit des gifles ».

Film muet en noir et blanc et présenté sans le moindre accompagnement musical, Larmes de Clown est un de ces moments magiques de cinéma. Le noir et blanc et la lumière sont superbes, l’interprétation intense, et surtout il s’agit d’une histoire bouleversante traversée d’images inoubliables. Un très grand moment à vivre sur grand écran.

On continue avec un micro évènement, la première mondiale du film Proie d’Antoine Blossier. Premier film français de l’étrange festival, et malheureusement première grosse déception.

De quoi ça parle? Une nuit, des cerfs se jettent inexplicablement sur la clôture électrique d’une exploitation agricole. Apercevant des traces de morsures sur les cadavres des bêtes, les propriétaires de l’exploitation comprennent qu’un prédateur sévit dans les bois…

On est toujours pour soutenir le cinéma de genre français qui en a bien besoin et qui tente des choses mais parfois ça ne fonctionne vraiment pas. Le réalisateur parle d’une approche à la Massacre à la Tronçonneuse, on cherche encore. Oui on assiste bien à un survival rural qui se rapproche plus du célèbre Razorback que du chef d’oeuvre de Tobe Hooper mais on reste à des années lumières. La faute à une interprétation bancale mais surtout une mise en scène qui frôle l’insulte. Se déroulant majoritairement de nuit, le film est très mal éclairé et monsieur Blossier est incapable de poser sa caméra. On se doute bien que l’artifice est là pour masquer des restrictions sur les SFX liés au budget mais à l’écran ça bouge tellement dans tous les sens qu’on a les yeux qui piquent et la migraine qui pointe. Dommage car le scénario était plutôt bon et efficace, mais la mise en oeuvre déçoit vraiment.

Et on termine la deuxième journée en beauté avec une de ces perles gores venues du Japon et produite par la nouvelle société Sushi Typhoon, l’incroyable Mutant Girl Squad.

De quoi ça parle? À l’âge de seize ans, Rin commence à ressentir une violente douleur au bras droit. Lorsque s’en extrait une arme redoutable, la jeune fille se rend compte qu’elle n’est pas réellement humaine. Rin est alors poursuivie par les forces spéciales qui assassinent ses parents sous ses yeux. Avide de vengeance, la mutante utilise ses nouveaux pouvoirs pour exterminer un à un les agents du gouvernement…

Monument de n’importe quoi qui s’inscrit totalement dans cette nouvelle vague du cinéma gore japonais. Une esthétique de drama direct-to-DVD super cheap, des effets qui vont du numérique foireux aux maquillages plus réussis, c’est surtout la preuve vivante d’un cinéma libre qui ne s’impose aucune limite de bon ou mauvais goût, où une écolière se retrouve avec une tronçonneuse à la place du rectum ou des katanas à la place des seins, où les têtes explosent, où on se prend des douches de sang frais. Bref du grand n’importe quoi aussi drôle que dégueulasse, très bancal parfois mais ultra jouissif et vraiment à mourir de rire. Vive la Japon!

Les critiques arrivent très vite, et aujourd’hui place à Pontypool, No Mercy et le fameux porno gay d’horreur de Bruce LaBruce, LA Zombie. On garde le rythme!