Denis Villeneuve : réalisateur aux multiples talents

de le 26/12/2016
 
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Devenu incontournable dans le paysage cinématographique mondial, le réalisateur québécois Denis Villeneuve confirme de film en film un talent indéniable, présent dès ses premières œuvres. Auteur brillant, véritable esthète, le cinéaste semble en perpétuel renouvellement, alliant le goût de l’expérimentation et un sens prodigieux de la dramaturgie au service de la science-fiction dans Premier contact, son dernier film en date qui renouvelle les codes du genre.

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Un créateur d’images au regard acéré

Villeneuve a commencé sa carrière par le reportage et le video clip. Il se fait d’emblée remarquer par son sens esthétique novateur. Multi récompensé, il touche à la fiction avec un moyen métrage qui lui vaut sa participation à une œuvre collective (Cosmos) réunissant plusieurs réalisateurs représentant la jeune garde du cinéma québécois. Le film est un succès et Villeneuve réalise un premier long remarqué en 1998, Un 32 août sur terre. Dès ce premier film, le réalisateur montre un goût prononcé pour les images soignées et significatives. Il adopte un ton tragi-comique et montre une vraie fluidité dans la conduite de son récit. Son second film, Maelström, témoigne d’une écriture précise et, là encore, d’un esthétisme marqué. Le film se fait plus audacieux que son prédécesseur, plus déroutant. L’auteur regarde une société malade et livre une œuvre sensorielle ardue. Les récompenses pleuvent et il faudra à Villeneuve plusieurs années avant de revenir au long métrage. Le réalisateur choisit la publicité et un retour au court métrage (Next Floor) afin de tester d’autres cordes à son art. En décrivant le fait divers de la tuerie survenue en 1989 à l’école polytechnique de Montréal, Villeneuve adopte un style noir et blanc plus réaliste et glaçant. Avec Polytechnique, Le cinéaste montre une maturité nouvelle et se révèle plus juste dans la représentation visuelle de son histoire. Polytechnique est un film fort, âpre et sans artifice.

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La consécration internationale

Bouleversé en découvrant la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad, Villeneuve décide de la porter à l’écran et réalise un des films les plus sensationnels de sa décennie. Incendies bouleverse et fait de son réalisateur un auteur accompli. Non seulement, il évite tous les écueils d’une adaptation théâtrale classique mais il fait preuve d’un talent d’orfèvre dans la conduite de son récit. Incendies est un triomphe qui attire tous les regards vers Villeneuve. Hollywood lui offre Prisoners. L’arrivée d’un cinéaste étranger sous les spots du cinéma US ne se fait généralement pas en toute latitude pour le réalisateur. Villeneuve le sait. Avant d’attaquer ce Prisoners, le réalisateur choisit de tourner un petit film en langue anglaise, plus proche de son univers. Enemy est un retour vers les préoccupations du cinéaste de Maelström, dans une forme plus accomplie et maîtrisée. Pour Villeneuve, il s’agit d’explorer un peu plus la direction d’acteur et de conter une histoire simple que la complexité de l’être humain va rendre labyrinthique. Mieux armé pour officier sur Prisoners, il obtient des conditions lui permettant de travailler sereinement : reprise du scénario et obtention du final cut. Le résultat est salué comme un des meilleurs thrillers réalisé depuis Seven et fait un tabac au box office mondial. Villeneuve a réussi son entrée à Hollywood.

Sicario filmosphere

Les personnages moteurs du récit

Il y a cette constante dans le cinéma de Villeneuve : une approche humaine qui va au-delà du sujet ou du genre. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la femme est au cœur de ses films. Une évidence pour certains longs métrages puisqu’elles sont les personnages principaux (Pascale Bussières pour Un 32 août sur terre, Marie-Josée Croze pour Maelström, Lubna Azabal pour Incendies, Emily Blunt pour Sicario, Amy Adams pour Premier contact). Pour Polytechnique, la femme est la « cible » même du sujet, l’auteur du massacre à l’intérieur de l’école vise essentiellement les jeunes filles. En ce qui concerne Enemy, le sujet est masculin (Jake Gyllenhaal) mais les clés de l’histoire sont féminines. Plus que masculin ou féminin, c’est l’humain qui intéresse Villeneuve, son mal être, ses questionnements et ses doutes, ses choix et leurs conséquences. Ainsi, lorsque le réalisateur retravaille le scénario de Prisoners, il va développer le personnage du policier et sortir un peu le film de son schéma de thriller traditionnel. Dans Sicario, Kate (Emily Blunt), toute jeune recrue du FBI embarquée dans la guerre contre les cartels de la drogue à la frontière américano-mexicaine aux côtés d’un agent trouble (Benicio Del Toro), sert de curseur contre lequel se mesure le bien et le mal. Les personnages sont le moteur essentiel et émotionnel de l’histoire. C’est incontestablement la grande qualité et l’atout majeur du cinéma de Denis Villeneuve.

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Premier contact, l’art de la symbiose

Après le drame et le thriller, Denis Villeneuve réussit un coup de maître pour sa première incursion dans la science-fiction (mais pas la dernière puisqu’on attend avec impatience pour fin 2017 sa suite de Blade Runner), revisitant avec subtilité et humanité un thème aussi vieux que l’histoire du cinéma, la rencontre avec les extra-terrestres. Mais chez Villeneuve, ces derniers sont un objet d’étude secondaire par rapport à cet être non moins fascinant qu’est l’humain, en proie à une émotion aussi fondamentale que la peur qui conditionne ses choix. Aux effets fracassants, le réalisateur substitue un traitement psychologique poussé des personnages et une vision intimiste, centrée sur la figure de la linguiste Louise Banks (Amy Adams) qui incarne la connaissance face au pouvoir. Manipulateur de temps et de récit passé maître dans l’art du suspense et la montée de la tension, le réalisateur impose une nouvelle fois son empreinte.

par Joseph DiGrégorio et Clémentine Fullias