Chroniques du BIFFF 2012, jour 7 et 8 : Killer Joe, The Incident…

de le 16/04/2012
 
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Il ne fallait absolument pas rater ce jeudi 12/04 au BIFFF et pour cause car il y avait en avant première en Belgique Killer Joe dont je ne vous parlerai pas, c’est à moi je l’ai vu en premier, je le garde, mais aussi et surtout Monsieur William Friedkin, venu à l’occasion du 30eme anniversaire du festival nous présenter son dernier bébé.

Après avoir répondu aux quelques questions de Stéphane, l’animateur du BIFFF qui s’essaye de temps en temps à la réalisation et joue même quand ça lui chante des rôles de puceau geek à slip de superman, dans le cadre du collectifff, et après avoir poussé la chansonnette (du Cole Porter s’il vous plait) William Friedkin nous a donné rendez-vous pour un Q&A dans un petit restaurant non loin du lieu du BIFFF, histoire que tout le monde soit confortablement assis pour écouter ce grand monsieur du cinéma répondre aux questions. Quelle classe.

Quoi de mieux qu’un vendredi 13 pour organiser l’un des événement les plus prisés du festival, le bal des vampires ? Vous aimez vous déguiser en monstre ? Vous aimez faire la fête ? Le bal des vampires est fait pour vous. Événement incontournable du BIFFF pour les accros du déguisement, les noctambules de tout poil ou pour ceux pour qui le manque de sommeil après 8 jours de festival de fait pas peur.

Déguisement obligatoire sinon tu ne rentres pas, j’ai donc décidé de pénétrer l’enceinte muni d’une parka marron claire avec rien en dessous, chaussures de ville, bave aux lèvres et mains baladeuses, déguisement qui n’a pas fait fureur vendredi soir puisqu’on m’a refusé l’entrée. Filmosphere ne m’ayant pas alloué de budget déguisement, j’ai du faire avec les moyens du bord.

Je n’ai pu couvrir ce sommet de fiesta où se regroupent tous les fêtards du BIFFF et qui s’étale de 23H à très tôt le lendemain matin. A faire au moins une fois, il n’y a pas qu’à Halloween qu’on peut faire la fête déguisé en monstre, il y a mieux, chaque année, il y a le bal des vampires.

Killer Joe de William Friedkin. Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch et Juno Temple. (USA)

William Friedkin, dans l’esprit collectif, c’est French Connection, 5 oscars dont celui du meilleur réalisateur mais c’est surtout l’Exorciste qui a traumatisé bon nombre de personne sur plusieurs générations et sur lequel plane une légende qui voudrait qu’une malédiction entoure ceux qui ont travaillé dessus. Mais visiblement cette malédiction ne semble pas toucher le réalisateur qui après ça a enchainé les très bons films, et on oublie malheureusement un peu facilement les films comme Traqué ou Cruising, entre autres.

Un des réalisateurs les plus intéressants du cinéma se remet derrière la caméra 5 ans après l’excellent Bug pour nous offrir Killer Joe.

Basé sur une pièce de théâtre de Tracy Letts, qui avait déjà écrit la pièce de théâtre dont est issu Bug, Friedkin a décidé de renouveler cette collaboration qui a si bien marché avec le film précédent. Killer Joe est un film noir sur la cupidité, la trahison, la naïveté. Un film absolument immoral qui repousse les limites du politiquement correct.

Pendant près de deux heures, Friedkin nous emmène dans l’univers d’une famille pauvre de Dallas avec son lot de losers et d’antécédent familiaux qui sont prêts à tout pour récupérer l’argent d’une assurance vie. Il engage alors un tueur, Joe, joué par un Matthew McConaughey des grands soirs.

Bourré d’humour noir totalement assumé, Killer Joe n’en reste pas moins un film assez brut et qui montre que Friedkin n’a rien perdu de sa superbe avec une réalisation toujours impeccable et une direction d’acteurs qui frôle la perfection.

Thriller dramatique et immoral, Killer Joe, bousculera sans aucun doute certains esprits. Film à la fois dur et très drôle, ce mélange des genres, inspiré et sans concessions, terminant sur une scène frustrante qui frôle le sadisme, ce dernier film de Friedkin est une petite perle.

The incident d’Alexandre Courtès. Avec Dave Legeno, Rupert Evans et Kenny Doughty. (USA, France, Belgique)

The Incident est le premier film du réalisateur Alexandre Courtes, qui co-réalisera plus tard avec 6 autres personnes les infidèles, mais qui a surtout sévi dans le petit monde du clip vidéo signant ainsi quelques clip pour U2 ou encore The white stripes.

Précédé par sa réputation de film éprouvant, 2 spectateurs se seraient évanouis lors d’une projection au festival du film fantastique de Toronto, The incident aiguise la curiosité.

Avec une immersion totale dans un univers carcéral peuplé de fous, Courtes nous offre une petite leçon d’esthétique, réalisation parfaite et photo en totale adéquation avec les lieux du tournage, superbe et froide faisant ressortir le côté glauque et étouffant de cette prison.

Après une trop longue mise en bouche, le film mettant un certain temps à se mettre en route, Courtes décide de passer aux choses sérieuses créant ainsi non pas un crescendo dans la montée en violence mais plutôt un contraste qui fait qu’on passe quasiment du froid au chaud bouillant en un quart de seconde et il valait mieux être bien accroché.

Frôlant parfois le torture porn sans jamais tomber dans les lourdeurs inhérentes au genre, The Incident nous gratifie de quelques scène gratinée qui seront difficilement soutenables pour les âmes sensibles mais qui satisferont pleinement les plus sadiques d’entre nous.

Huis clos éprouvant et violent, maîtrisé de bout en bout, souffrant à mon sens d’une certaine longueur au début mais qui a pour effet de créer un contraste entre la première et la seconde partie, ce thriller gore en compétition internationale, entièrement tourné à Bruxelles est un succès prometteur pour la suite.

Games of werewolves (Lobos de Arga) de Juan Martínez Moreno. Avec Carlos Areces, Mabel Rivera et Luis Zahera. (Espagne)

Nos amis lycanthropes ont toujours inspiré la littérature et le cinéma. Et même si ces dernières années les zombies, avec la déclinaison des «of the dead» et les vampires tiennent le haut du pavé, il y a toujours un réalisateur pour nous proposer un film sur le genre. Que ce soit une série Z mal inspirée, la liste est trop longue pour les énumérer, ou pour revisiter le mythe du loup garou comme le très bon Ginger Snaps.

Et Juan martinez Moreno s’est dit que ça faisait un petit moment que l’Espagne n’avait pas sorti un film de loup garou digne de ce nom.

Games of werewolves est très clairement un film d’amoureux du genre, multipliant les clin d’oeil à peine discret au film de John Landis, Le Loup-garou de Londres. Un petit jeune dans un village en pleine cambrousse avec un loup-garou caché derrière les fagots, ça ne vous rappelle rien? Moreno rend ainsi hommage, en bon amateur des films d’horreur des années 80, à l’un des films lycanthropique les plus cultes en y ajoutant toutefois sa patte personnel.

Bourré d’humour noir, de second degré, Games of werewolves donne plus dans la comédie trash que dans le film d’horreur, à la façon justement des comédies sur les zombies mais ici en plus poilu et c’est pour le moins réussi. Ne tombant jamais dans la parodie, le film s’émancipe petit à petit de son illustre modèle et donne au final une comédie horrifique hilarante de très bon goût.

Très inspiré et parfaitement mis en scène, le film de Moreno, ne s’adresse pas seulement aux aficionados du genre car même si les références sont nettes, elles ne sont pas nécessaires pour comprendre l’humour du film, les profanes pourront eux aussi rigoler.

En compétition Méliès et international, ce petit film ibérique est une bonne surprise qui ravira les amateurs d’humour noir de tout poil.