Chroniques du BIFFF 2012, jour 5 et 6 : Ra-One, Mural, Tormented, Father’s Day…

de le 13/04/2012
 
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Le marathon de films continue au BIFFF. En plus de l’excellent Carré blanc et du bien barge Deadball, voilà ce qui était au programme.

Événement du 11/04, la masterclass de monsieur Stéphane Bourguoin, écrivain et journaliste mais aussi membre du jury cette année de la compétition thriller, spécialiste reconnu des tueurs en série, il est venu nous en dire un peu plus sur ces personnages qui suscitent à la fois crainte et curiosité.

Et sans oublier la présentation du Jury international, présidé cette année par Mick Garris connu pour avoir réalisé Critters 2 mais aussi pour avoir signé deux épisodes dans les master of horror saison 1 & 2, jury qui est venu profiter de la bonne ambiance bifffesque de la salle de cinéma pour voir Game of Werewolves, réalisé par l’espagnol, Juan Martinez Moreno qui viendra aussi nous faire un petit coucou en passant.

Mural (畫壁) de Gordon Chan et Danny Go. Avec Deng Chao, Betty Sun Li et Yan Ni. (Chine)

Gordon Chan, surtout connu pour ses films d’action comme Le Médaillon ou Fist of Legend mais aussi réalisateur de Painted Skin qui fait figure de préquelle à Mural, tous les deux étant tirés des contes de Pu Songling. Et c’est en tant que co-réalisateur, co-scénariste et producteur que Gordon Chan revient sur le devant de la scène avec ce Mural.

Narrant l’histoire d’un savant, joué par Deng Chao, qui réussit à pénétrer dans un monde peuplé de fées, plus belles les une que les autres, à travers une peinture présente dans un temple, Mural est une réflexion sur l’amour, sur l’interdit et sur son côté irrépressible.

A travers cette reine, égocentrique et froide, qui ne croit pas ou plus aux sentiments amoureux et qui a mis un point d’honneur à empêcher ses disciples femmes d’y croire, Gordon Chan pose la question: peut on réellement empêcher l’amour de naître?

Fresque romantico-fantastique parsemée de quelques scène d’action, Mural dispose d’un lyrisme et d’une poésie qui, malgré sa longueur et quelques lourdeurs qui auraient pu être dommageables, permet au spectateur de ne pas s’ennuyer.

A l’esthétique léchée mais aux effets spéciaux un peu cheaps, habituels pour ce genre de production, cette adaptation d’une histoire des contes de Pu Songling est loin d’être indigente ou indigeste même s’il souffre clairement d’une certaine lenteur.

En sélection officielle et en première internationale, ce dernier film de Gordon Chan fera le bonheur des irréductibles romantiques mais risque d’en ennuyer plus d’un.

Tormented (ラビット・ホラー3D) de Takashi Shimizu. Avec Hikari Mitsushima, Takeru Shibuya et Teruyuki Kagawa. (Japon)

On ne présente plus Takashi Shimizu, connu du grand public pour son très bon Ju-on, sa suite Ju-on 2 et ses remakes The Grudge 1 & 2, il est de retour au BIFFF 7 ans après avoir présenté son Marebito qui a reçu le Grand Prix du Jury.

Tormented est une plongée dans l’esprit torturé et traumatisé d’une jeune fille muette suite à un événement de son enfance. Tout est fait pour embrouiller les spectateurs entre les rebondissements, les ellipses et autres joyeusetés narratives qui confèrent à l’ensemble un côté fouillis dont il ne se dépêtrera pas même à la fin.

Ici point de jeunes filles aux cheveux gras ou de petit garçon blanchâtre, ce qui est loin d’être une tare tant on sature de ce genre de personnage qui font fureur depuis Ring.

Tourné dans une 3D dont on cherche encore l’utilité, Tormented possède un style qui convient parfaitement à l’histoire sans être ni outrancier ni trop épuré, Shimizu allant même jusqu’à faire une mise en abime de cette 3D en l’intégrant dans l’histoire, un film en 3D dans lequel il y a un film en 3D et qui ferait presque sens dans le film. Presque.

Car au delà de ça, Tormented est relativement décevant, ne parvenant que très rarement à captiver le spectateur et à transcender son sujet, Shimizu manque clairement d’audace, d’originalité et d’inspiration. Un peu dommage car le sujet revêt un intérêt qui aurait pu être bien mieux exploité ou du moins autrement.

En compétition internationale, ce dernier Shimizu est une œuvre moyenne et pas très inspirée qui laisse un goût de déception.

Eliminate: Archie Cookson de Robin Holder. Avec Paul Rhys, Claire Skinner et Georgia King. (Royaume-Uni)

Venu tout droit d’outre manche, Eliminate: Archie Cookson est le premier film de Robin Holder dont il signe aussi le scénario.

Un brave type un peu couillon abandonné par sa femme se faisant pourchasser par des tueurs, on lorgne clairement du côté d’un Bons baisers de Bruges dont il reprend en partie les codes. Mais le film de Robin Holder souffre clairement de la comparaison avec son très bon prédécesseur.

Thriller ambitieux pour un premier film indépendant, Eliminate: Archie Cookson souffre de carences trop préjudiciables pour que l’on y adhère. Et ce qui aurait pu être sauvé par un humour anglais, toujours très appréciable, ne passe pas ici.

Ni drôle, ni intéressant, il faut dire qu’on n’a que faire de ce qui va arriver à ce pauvre Archie Cookson, le film est un ratage complet. Le côté désespéré du personnage est très mal exploité. Là où dans Bons baisers de Bruges on avait de la compassion pour Collin Farrel ici nous avons de l’indifférence.

Et de l’indifférence on en a pour le film entier. Sans tension, à l’humour catastrophique, Robin Holder n’arrive jamais à captiver le spectateur, le laissant ainsi s’ennuyer pendant près d‘1H30.

En compétition Thriller, Eliminate: Archie Cookson est une déception. Trop d’insuffisances et de carences scénaristiques pour pouvoir prétendre à quelque chose dans cette catégorie. Avec un projet peut être trop ambitieux pour un premier long, Robin Holder n’a jamais su se mettre à la hauteur de la tâche qu’il s’était fixé, à savoir nous divertir.

Father’s Day d’Adam Brooks, Jeremy Gillespie, Matthew Kennedy, Steven Kostanski et Conor Sweeney. Avec Adam Brooks, Matthew Kennedy et Conor Sweeney. (USA, Canada)

Dernier bébé cinématographique de la Troma qui est de retour et ça va faire mal. La très prolifique firme de Lloyd Kaufman dont les titres comme Mother’s Day, qui s’est vu affublé d’un remake, ou encore Toxic Avenger, résonnent comme des films cultes aux oreilles des aficionados du cinéma gore indépendant, ne revient pas les mains vides et nous propose ici un petit bijou du nom de Father’s Day.

Premier film de Jeremy Gillespi qui fait partie du collectif Astron-6 avec qui il a signé quelques court métrage et co-réalisé ce film, Father’s Day tient toutes ses promesses. On retrouve ici tous les fondamentaux de la Troma qui ont fait sa réputation.

Un tueur en série du nom de Fuchman (prononcer fuckman hein pas fucheman sinon ça ne vaut rien), cannibale violeur de gentils papas et arracheur de zguègue avec les dents, est de retour en ville et fout une trouille bleue aux pères de famille qui pensaient passer la fête des pères bien au chaud avec leur collier de nouilles autour du coup. Malheureusement pour eux, Fuchman à la dalle mais malheureusement pour Fuchman, un seul homme est capable de lui botter son cul flasque, Ahab, qui va sortir de sa retraite au fond des bois pour se venger.

Toute l’histoire est prétexte à une succession de scènes délicieusement gores, absolument jouissives et à l’humour plus que limite. Ainsi Father’s Day ne déroge pas aux règles des Troma : sexe, humour noir, déviance, ce film est une perle outrancière du cinéma gore indépendant.

Avec un budget ridicule, Jérémy Gillespie réussit le tour de force de ne jamais rendre le film cheap contrairement à une grosse partie des films Troma. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est talentueux le bonhomme. Niveau réalisation c’est du lourd, véritable démonstration le film est parcourue de scènes absolument démentes et très inspirées qui feront pleurer de joie les amateurs du genre.

Petit chef d’œuvre du Grindhouse qui en ferait pâlir de jalousie ce cher Roberto Rodriguez, Father’s day ne tardera pas à atteindre le statut de film culte. Aux répliques bien sentie, à l’humour tendancieux, à la réalisation nickel et comprenant tous les ingrédients qui font des films indépendants des petits moments de bonheur, sexe gore et déviance. Father’s Day est le film le plus bandant depuis le début du festival, un bon film, un grand film!

 

Ra-One d’Anubhav Sinha. Avec Shahrukh Khan, Kareena Kapoor et Arjun Rampal. (Inde)

Bollywood est la plus grosse industrie cinématographique du monde, véritable machine à faire des films aux codes bien particuliers mêlant ainsi plusieurs genres à la fois et entrecoupant le film de quelques scènes de danse. Mais il n’en reste pas moins que malgré une très grosse diffusion en Inde, au maghred ou au moyen-orient, le cinéma indien reste très confidentiel en Europe.

C’est peut être une des raisons pour laquelle Bollywood lance sa plus grosse et ambitieuse production jamais produite là bas avec Ra-One.

Comme au pays de Gandhi, comme dans tous les pays, il y a des méchants et des gentils, Ra-One reprend ce bon vieux concept, pas encore tout à fait obsolète, pour nous offrir dans grand spectacle, de l’entertainment qui n’a absolument rien à envier aux gros blockbusters américains dont il reprend sans complexes une partie des codes et lorgne clairement vers les films cultes. On retrouve des allusions à peine dissimulées à Terminator ou encore à Matrix, parfaitement assumées et qui sont plus des clins d’oeils que du pompage, histoire de parler au grand public.

Car si Ra-One a bien une ambition, c’est de plaire au plus grand nombre et pour cela ils ont limité les intermèdes musicaux, typiques des productions bollywoodiennes, à seulement 3 en partie écrites par le chanteur de R’n’B américain Akon et chorégraphié par Kamel Ouali (non j’déconne).

Et ça fonctionne plutôt bien. Effet spéciaux de très bonne facture, scènes d’action qui poutrent, jolies filles et coups de tatanes, du grand spectacle pendant presque 2H30.

En reprenant à son compte toutes les influences des grands film d’entertainment américain et en y ajoutant la touche bollywood qui lui confère un parfum d’exotisme sans être écœurant, Ra-One est une réussite en son genre.

One way trip 3D de Markus Welter. Avec Sabrina Reiter, Melanie Winiger and Herbert Leiser. (Suisse)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les films suisses sont l’honneur cette année au BIFFF. Après le décevant Sennentuntschi et le très surfait The Sandman voila que débarque de chez nos amis helvètes One way Trip beaucoup plus prometteur que les 2 précédents.

Second film de Markus Welter et tourné en 3D, dont encore une fois l’intérêt est quasi nul mis à part 2 ou 3 effets plutôt bien vus – on pouvait facilement s’en passer – One way trip est un slasher gore. Et qui dit slasher dit bien entendu groupe de jeunes qui quitte la ville pour aller faire la fête bien au calme dans la campagne, mais aussi et surtout quelques autochtones bourrus qui n’ont pas l’air commode. Maintenant qu’on possède tous les ingrédients on en fait quoi ?

Et bien on essaye d’être original et c’est difficile car avec la somme de slashers qui sont sortis depuis que Wes Craven a démocratisé le genre avec Scream, le tour de la question a été fait plusieurs fois et c’est là que One way trip réalise un petit tour de force. Car malgré le fait qu’il reprenne les ficelles scénaristiques de bases inhérentes au Slasher, Markus Welter parvient à nous surprendre avec des scènes de meurtres bien senties et un petit climax sympathique.

Car le seul moyen de ne pas sombrer dans le déjà vu est d’offrir au spectateur sadique avide d’hémoglobine et de tripaille des sacrifices dignes de ce nom. Et de ce côté, je ne dirais pas qu’on est gâté, mais on n’est pas déçu.

Finissant par un petit twist pas vraiment surprenant mais qui ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe, et manquant cruellement d’humour noir qui aurait été le bienvenu, One way trip demeure un petit plaisir qu’on peut se faire en cachette, à l’abri des regards inquisiteurs de nos amis cinéphiles. On a tous droit à nos péchés mignons après tout.