Chroniques du BIFFF 2012, jour 4 et 5 : The Whistleblower, Kotoko, Mr. and Mrs. Incredible, Lloyd Kaufman…

de le 11/04/2012
 
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L’événement du jour c’est bien entendu la masterclass de Lloyd Kaufman. Pour ceux qui ne connaitraient pas le personnage, il est l’un des fondateur de la Troma et pape des productions gore indépendantes aux États-Unis, productions qui ont vu démarrer entre autre Trey Parker ou encore Samuel L. Jackson. Monsieur Kaufman nous fait donc l’honneur de venir au BIFFF pour nous expliquer comment produire un film indépendant. Un moment qu’il ne fallait pas louper, si on pige l’anglais.

Autre événement, la présence de Julie Gayet venue présenter son dernier film, Carré blanc et là aussi il ne fallait pas rater. La délicieuse Julie s’est mise topless sur scène répondant ainsi aux «à poil!» de la salle alors autant vous dire que des invités comme ça, on en veut tous les jours. Couillue la Julie. Et elle n’a pas non plus échappé à la traditionnelle chansonnette, je crois qu’elle va s’en souvenir de son passage au BIFFF.

Dans le cadre du Collectifff, notre présentateur vedette, Stéphane, a eu droit à son quart d’heure de gloire cinématographique puisqu’on a projeté son court métrage, Rorschach. Quel talent!

Et si t’en r’veux y’en r’na car Lloyd Kaufman n’est pas juste venu faire une masterclass d’une heure, il est aussi venu pour présenter le dernier petit bijou de chez Troma, Father’s Day en compagnie du réalisateur.

J’ai donc fini cette journée en faisant un brin de causette avec Monsieur Kaufman et Jeremy Gillespie (réalisateur du film) avant qu’ils aillent au Q&A. Niveau invités et événement, ce 30ème anniversaire est un grand cru.

Et pour les films de la veille, alors qu’était présenté en avant-première le très attendu Le Lorax

The Sandman (Der Sandmann) de Peter Luisi. Avec Fabian Krüger, Irene Brügger and Beat Schlatter. (Suisse)

Second film suisse en compétition cette année et dernier film du réalisateur Peter Luisi. À la réputation déjà bien établie et jouissant de critiques dithyrambiques, The sandman fait office de machine de guerre pour festival, raflant au minimum un prix dans presque tous les festivals où il a été présenté. C’est donc bardé de récompense que le film s’amène sur la scène du BIFFF.

Et la première chose qu’on se demande après avoir vu le film c’est: «Mais pourquoi tant de récompense?» – Parce queeeeeeeeeeeeeeeee ! – Mais parce que quoi?

Abordant les thèmes du rêve, de la remise en question de soi nécessaire à son accomplissement par le biais du détournement du mythe du marchand de sable, The sandman ne parvient jamais à transcender son sujet, ni dans le fond, ni dans la forme, restant dans une sorte de mièvrerie assez insupportable.

Sans lyrisme, ni poésie Luisi reste bloqué dans un schéma plus que classique usant même de ficelles scénaristiques grossières. Les personnages ne sont ni attachants, ni émouvants, l’histoire sans grand intérêt et les tentatives humoristiques grotesques.

Peu original dans son traitement malgré le mythe du marchand de sable, l’arbre de la bonne idée ne cachant pas la forêt du vide, The Sandman, en compétition Méliès, restera pour moi un mystère, ou comment ce film a t-il pu recevoir autant de prix ? Je veux croire mais la vérité doit être ailleurs.

Mr. and Mrs. Incredible (神奇俠侶) de Vincent Kok. Avec Louis Koo, Sandra Ng et Wang Bo-Chieh. (Chine, Hong-Kong)

Chaque année depuis maintenant quelque temps, nous avons droit à notre lot de films de super héros, qu’ils soient issus des Marvel ou plus parodiques comme Kick-Ass ou son petit frère bien plus déjanté et jouissif Super de James Gunn.

Cette tendance vient de débarquer à pied par la Chine et c’est Kok qui s’y colle. Fidèle de Stephen Chow, Vincent Kok est surtout connu du grand public en tant qu’acteur, notamment dans Shaolin Soccer. Après 2 essais en tant que réalisateur, Gorgeous et Jackie Chan à Hong Kong, il revient derrière la caméra pour nous présenter ce film de super héros médiéval chinois.

Multipliant les références, que ce soit aux films de Kung Fu ou au comics, Mr. and Mrs. Incredible peut facilement décontenancer les profanes en la matière.

Avec un véritable mélange des genres, Vincent Kok réussit à faire un film parfaitement homogène et réussissant le parie osé de faire se marier le mythe occidental du super héros avec les histoires médiévales traditionnelles chinoises.

Parfaitement réalisé et interprété, ce film en compétition internationale n’est de toute évidence pas fait pour le grand public. Car s’il fera le bonheur des amateurs de comics et de films d’art martiaux, les références abordées passeront totalement inaperçues aux yeux d’un public non averti qui devra alors se contenter des quelques scènes de bagarre, trop peu nombreuses à mon goût.

C’est donc là, la seule limite de ce film.

Seule contre tous (The Whistleblower) de Larysa Kondracki. Avec Rachel Weisz, Monica Bellucci andet Vanessa Redgrave. (Allemagne, Canada)

Premier film de la réalisatrice canadienne Larysa Kondracki, Seule contre tous est tiré d’une histoire vraie et traite d’un sujet sensible et difficile à aborder tant il suscite le sentiment de révolte et d’injustice, la traite des femmes.

On pouvait craindre par rapport au contexte de l’histoire, Bosnie-Herzégovine d’après-guerre dans les forces de l’ONU et autres organismes internationaux, de voir débarquer avec la légèreté d’un régiment de panzers allemand, la grosse artillerie droit-de-l’hommiste.

Et bien pas du tout. Etrillage en règle des institutions onusiennes et internationales, Seule contre tous dénonce non seulement la passivité des pouvoirs en place face à ce trafic mais pire, la responsabilité et l’implication des institutions qui, sous couvert d’immunité, couvrent la prostitution.

A travers le récit de Kathryn Bolcovak jouée ici par une impeccable Rachel Weisz, ce thriller politique nous emmène dans les dédales sombres de la prostitution qui pousse sur les ruines de l’ex Yougoslavie bien au chaud sous le couvert des droits de l’homme.

Film prenant et éprouvant, il montre la réalité crue de ses adolescentes à qui on promet une vie meilleure et qui se retrouvent sous le joug de mafieux tortionnaires qui les font venir pour satisfaire les besoins de ces messieurs censés être mandatés pour maintenir la paix.

Sans jamais tomber dans le pathos ou la facilité, ce film a clairement un parfum de scandale, faits très peu connu du grand public, il met en lumière les déviances, l’impunité, l’immoralité des institutions internationales présentes dans cette région du globe.

En compétition Thriller 2012, Seule contre tous est solidement armé pour prétendre à quelque chose, très juste et sans être moralisateur ni outrancier, il est pour le moment l’un des meilleur film de sa catégorie sortis ces dernières années.

Kotoko de Shinya Tsukamoto. Avec Cocco et Shinya Tsukamoto. (Japon)

Shinya Tsukamoto, bien connu pour sa trilogie des Tetsuo dont le dernier opus fut présenté au BIFFF l’année dernière ou encore Tokyo fist est un véritable touche à tout, acteur, réalisateur, monteur, s’occupant même de la lumière quand ça lui chante, il nous présente son dernier film sortit de son esprit déjanté.

Comment souvent, pour ne pas dire toujours avec Tsukamoto, Kotoko aborde le thème de la souffrance, physique et psychologique, de ce que notre corps ou notre esprit peuvent endurer et des limites que l’on peut atteindre.

A travers la dérive d’une jeune maman (incarnée par la chanteuse Cocco) prise de troubles visuels qui lui fait voir les doubles maléfiques de chacun, immisçant ainsi le doute dans son esprit déjà torturé, et qui ne tardera pas à sombrer dans la folie pure et dont les seuls moment de répits sont quand elle chante.

Immersion totale, caméra souvent à l’épaule, dans un univers fait de folie, de violence et d’automutilation, Kotoko est ancré dans les thèmes fétiches du réalisateur mais il n’en est pas moins un peu décevant.

Tsukamoto laisse un sentiment d’œuvre, si ce n’est brouillonne, difficilement abordable. Le style est un poil foutraque. Il s’adapte certes au contexte du film mais il peut agacer à la longue, trop d’épure tue l’épure. On a l’impression que ce qui était une bonne idée de départ est petit à petit mis de côté et ne devient qu’un gadget ou prétexte. Et que dire des intermèdes musicaux, longs, insupportables et pas toujours justifiés, qui cassent le rythme du film.

En compétition pour le 7eme parallèle, ce dernier Tsukamoto bien que fidèle aux thèmes de prédilection du monsieur est une œuvre difficilement abordable sur le fond et décevante dans la forme.