Chroniques du BIFFF 2012, jour 1 : Sennentuntschi, Shuffle…

de le 07/04/2012
 
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Cette année se tient du 5 au 17 avril la 30ème édition du Brussels International Fantastic Film Festival. Un évènement pour les amateurs de cinéma de genre et de fantastique qui prend une toute autre dimension pour cet anniversaire. Après une cérémonie d’ouverture où se sont succédés sur scène Barbara Steele et Terry Gilliam, la première pour ouvrir le festival et le second pour recevoir l’ordre du corbeau, le premier film projeté hors compétition et en avant-première était le très attendu (enfin, presque) L’ombre du mal de James McTeigue, aka The Raven dans sa version originale. Les retours plutôt frileux sur ce film, déjà présenté en Angleterre, semblent se confirmer du côté des chanceux ayant assisté à la séance d’ouverture. James McTeigue sans les Wachowski c’est pas top.

Pour le premier jour étaient présentés 5 films dont The Divide de Xavier Gens, que nous avions pu voir à l’étrange festival, et The Sorcerer and the White Snake de Ching Siu-tung, vu à Deauville il y a quelques semaines. Pour les autres, voici ce que nous réservait le BIFFF.

Sennentuntschi de Michael Steiner. Avec Roxane Mesquida, Nicholas Ofczarek et Andrea Zogg. (Suisse)

Michael Steiner est réalisateur à succès chez nos amis helvètes et même si sa réputation ne dépasse pas tellement les frontières suisses son film Mon nom est Eugène, une comédie familiale, a reçu le prix du meilleur film en 2006.

Peut-être lassé des comédies familiales, Michael Steiner a t-il voulu s’encanailler en s’essayant au film de genre avec ce Sennentuntschi. La Suisse n’étant pas réputée pour son cinéma fantastique, ce film suscite la curiosité, le questionnement mais aussi de l’appréhension naturelle face à l’inconnu.

Mais tous ces sentiments laisseront vite place à la déception, à un sentiment de gâchis. Malgré un contexte très intéressant, le film se déroulant en deux lieux, dans un petit village de montagne à la population très catholique et dans une cabane de berger bien au chaud dans les alpages, le réalisateur n’arrive pas à exploiter tout le potentiel qui subsiste dans ces deux environnements. L’intrigue est noyée dans un scénario alambiqué qui empêche d’installer un climax, une ambiance, une atmosphère spécifique en plus de souffrir de sa longueur.

Néanmoins tout n’est pas à jeter. Sorte de conte fantastique teinter de thriller Sennentuntschi reste une œuvre originale qui contrairement à d’autres premiers films de genre est totalement dépourvue de références grossières, de ficèles scénaristiques scabreuses et évite soigneusement tous les écueils habituels et la facilité. Un projet de cinéma somme toute très appréciable.

Servi par une mise en scène convenable, sans fioritures mais handicapée à mon sens par un manque d’ambition au niveau du contenu, un scénario trop confus et une durée trop longue, 30 minutes en moins n’aurait pas été du luxe et auraient permis de donner un peu plus de rythme, ce film en compétition européenne pourrait quand même faire parler de lui. Avis donc aux amateurs de contes fantastiques aux relents de thriller alpin et aux aventuriers cinématographiques.

Shuffle de Kurt Kuenne. Avec T.J. Thyne, Paula Rhodes, Chris Stone, Meeghan Holaway. (USA)

Figure du cinéma indépendant, Kurt Kuenne est un touche à tout. Compositeur, réalisateur, producteur, de court ou long métrage ou même de documentaire. En un peu plus de 10ans, le réalisateur notamment de Drive-in movies memories, documentaire sur l’histoire des drive-in aux États-Unis et du type de film qui y passait, s’est constitué un joli petit CV.

Et à la dernière ligne de ce CV se trouve Shuffle. Issu d’un court métrage, Validation, écrit et réalisé aussi par lui, qui jouit sur internet d’une certaine popularité puisqu’un petit tour sur youtube permet de voir que plus de 6 500 000 personnes ont vu ce court métrage. Shuffle est donc une extension de validation. Projet périlleux tant on sait qu’il est difficile de tirer sur un court pour en faire un long surtout si il n’y a pas matière.

On pouvait donc avoir des craintes. D’autant plus que le sujet de départ est loin d’être des plus attrayants malgré son originalité. Un homme qui se réveille chaque jour à un age différent, passant du vieux grand père sur son lit de mort au mioche à bouclettes, pourrait laisser dubitatif tout en rappelant un certain Benjamin Button.

Et pourtant cela fonctionne. Porté par un excellent T.J. Thyne, les amateurs de la série Bones le reconnaitront, Shuffle est une œuvre riche et complexe, mêlant surnaturel, histoire d’amour et introspection dans une sorte de maelström qui fait de la vie de Lovell Milo un cauchemar éveillé.

Quête existentielle, fortement ancré dans le romantisme sans tomber dans le pathos ou la niaiserie, Shuffle est un petit bijou cinématographique, filmé dans un noir et blanc impeccable et avec un humour, une distance et une auto-dérision qui fait mouche à chaque fois.

Dédales d’évènements, de sentiments, qui sont faits pour fourvoyer le spectateur, Shuffle est loin d’être brouillon. Tout est maîtrisé de bout en bout jusqu’à ce dénouement, très beau et émouvant, qui conclut parfaitement ce film.

En compétition pour le 7eme parallèle, ce Shuffle est une bonne surprise qui risque d’en étonner plus d’un.