[BIFFF 2011] Wake Wood / Troll Hunter / Kidnapped

de le 24/04/2011
 
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Dernière livrée de critiques express en provenance très différée du BIFFF 2011 :

Wake Wood de David Keating

Second film du réalisateur David Keating qui, 15ans après The last of the high Kings, sort de son mutisme avec Wake wood. Mais l’évènement pour ce film, c’est surtout qu’il est produit par la Hammer qui, il n’est pas nécessaire de le rappeler, a contribué largement à l’âge d’or du cinéma de genre britannique dans les années 50-60.

Donc autant le dire tout de suite, ce film marque le grand retour de la Hammer (mettons de côté l’inutile remake de Morse). Et quel retour ! C’est brutal, cru, Keating ne ménage pas le spectateur. Il utilise avec talent la ruralité comme théâtre d’événements aussi bien ésotériques qu’ancrés dans la réalité.

Car la force de Wake Wood réside avant tout dans la faculté qu’à eu le réalisateur à montrer des scènes d’une violence rare mais ancrées dans le réel. En effet le simple fait de penser que cela peut vraiment arriver éprouve le spectateur comme rarement. Ou comment un accident du quotidien, quand il est montré sans détour et avec talent, peut heurter même le spectateur rompu aux films de genre. Et de ce point de vue, sans vouloir déflorer le récit, celui-ci commence assez fort.

Le cadre, petite bourgade paisible de l’Irlande profonde, est donc propice aux élans réalistico-trash du réalisateur mais toujours à bon escient. On ne tombe jamais dans la surenchère ou le grand guignol. Keating arrive à disséminer au bon moment les scènes chocs et alterne avec des moments plus calmes pour développer une histoire originale teintée d’ésotérisme ou de rites païens qui permet d’avoir constamment un pied dans le réel et un pied dans le fantastique. Et c’est aussi cette duplicité qui fait que le film revêt un caractère particulier.

Servi par un très bon casting Timothy Spall (Harry Potter), Aidan Gillen (Sur écoute) et surtout Eva Birthistle terrifiante de froideur. Le genre de petite fille qu’on n’aimerait pas avoir comme enfant ou petite sœur mais qu’on a toujours plaisir de voir à l’écran.

Un retour terriblement réussi pour Keating et la Hammer qui signent, avec ce film violent et viscéral porté par une réalisation efficace, une perle qui ravira les amateurs du genre.

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The Troll Hunter de André Ovredal

La Scandinavie est particulièrement prolifique ces derniers temps concernant les films de genre que ce soit pour Morse ou dans un tout autre genre mais néanmoins excellent Dead Snow, certains réalisateurs inconnus chez nous sortent du bois. Deuxième long métrage du Norvégien André Ovredal, Troll Hunter entend bien surfer sur la vague et s’inscrire dans cette nouvelle vague de l’horreur venue du froid.

Mais il y a toujours une exception et là où ses prédécesseurs font dans la singularité, Troll Hunter donne dans le convenu et la facilité. Cette mode qui s’est installée depuis plusieurs années dans le paysage cinématographique qui consiste à filmer caméra à l’épaule tout au long du film façon documentaire comme Rec ou Cloverfield, commence à devenir sérieusement pesante. La succession de ce genre de films a dilapidé le seul intérêt qu’avait cette méthode de réalisation, à savoir l’originalité. Je n’aurai de cesse de rappeler l’inefficacité d’un tel procédé sans un minimum de talent derrière et même si Troll Hunter ne se la joue pas film fauché, tourné avec trois francs six sous, méthode elle aussi très à la mode, ça n’en demeure pas moins un succédané des illustres (ironie inside) précurseurs du genre.

Troll Hunter est donc un exemple de plus qui vient s’ajouter à la longue liste des ratages de ce style, le style documentaire n’apportant aucun plus à une histoire insipide et sans intérêt. Le réalisateur affiche clairement la volonté de faire un mix entre Jurassic Park, Indiana Jones et Ghostbuster, à l’annonce de ça on pouvait déjà avoir des craintes quant au résultat d’autant plus si on y ajoute le traitement documentaire.

Il ne se passe strictement rien pendant 1h30, ni tension, ni scènes chocs. Les trolls censés être au cœur du film ne sont pas effrayants et affreusement mal fait. On aurait été en droit de demander un film à la Critters nouvelle version par exemple seulement le réalisateur prend parti de faire un film grand spectacle mais là où Jurassic Park arrive malgré tout à nous distraire avec des dinosaures plus vrais que nature, Troll Hunter nous déconcerte par l’insignifiance des apparitions des Trolls sorte d’immense bestiole qui n’arriveront jamais à nous effrayer.

Noyé sous une pluie de critiques dithyrambiques et présenté comme le nouveau phénomène scandinave, Troll Hunter est un immense pétard mouillé, ni spectaculaire, ni beau, ni effrayant, il ne présente aucun intérêt et confirmera la théorie souvent vérifiée qu’il faut se méfier des films dont les critiques sont unanimement élogieuses.

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Kidnapped de Miguel Ángel Vivas

Le titre ne laisse pas beaucoup de doute quant au thème et à l’histoire qui vont nous être montrés à l’écran. L’intrusion d’inconnus malveillants dans une maison, séquestrant et maltraitant leurs occupants est un sujet plusieurs fois traité au cinéma mais toujours aussi efficace car le spectateur est placé dans le rôle de témoin privilégié de scènes traumatisantes. L’identification est d’autant plus simple qu’il peut très bien lui arriver la même chose en rentrant chez lui après une bonne séance de cinéma.

Dans les références du genre, il faut bien sur citer Funny Game de Michael Haneke, chef d’œuvre ultime de sadisme froid et de violence psychologique.

Mais Kidnapped s’inscrit dans un tout autre registre laissant de côté l’aspect psychologique et basant plus son récit sur des violences corporelles. Traitement peu original mais tout de même efficace, car Miguel Ángel Vivas réussit le tour de force de nous proposer un film angoissant, tourné en 12 plans par faute de temps et de moyens mais qui ici sert à merveille l’histoire. Chaque plan racontant un épisode de la séquestration.

Le deuxième film de ce réalisateur ibérique, inspiré de faits réels, nous offre un spectacle violent, cruel et anxiogène qui même si il ne révolutionne pas le genre reste un thriller sans concession et bien fait. Un second essai plutôt réussi donc pour Miguel Ángel Vivas.

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