[BIFFF 2011] The Speak, Retribution, Rejection

de le 12/04/2011
 
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2011 c’est l’année du 29ème Brussels International Fantastic Film Festival, le BIFFF pour les intimes. Un des plus grands festivals de cinéma fantastique en Europe. Filmosphere s’y trouve pour la première fois, avec un compte-rendu presque journalier des films vus.

The Speak de Anthony Pierce

Après la vente de biens immobiliers et quelques court métrages récompensés comme Good Sam ou Inkblot, Anthony Pierce se lance dans l’aventure du long métrage avec The Speak.
Depuis quelques années les films sur le paranormal se multiplient avec plus ou moins de bonheur. Du Projet Blair Witch, qui marquait la « naissance » de ce genre de film (n’oublions pas Cannibal Holocaust) et qui avait le mérite d’être innovant dans la forme, jusqu’à Paranormal Activity, immense pétard mouillé. The speak s’inscrit complètement dans cette veine de documenteur, caméra à l’épaule façon REC et autres. Le film est un long plan séquence de 80 minutes dans lequel se succèdent dialogues sans intérêt, mouvements de caméra incessants et psychotiques et rebondissement d’une platitude effarante, si bien qu’ici le terme rebondissement s’avère inadéquat.
La réalisation n’a donc pas grand intérêt ici, aucune recherche esthétique à noter. Bien que ça ne soit sans doute pas le but du réalisateur, il n’y a aucune tension, et aucune idée nouvelle qui pourrait donner un soupçon d’intérêt au film. Une poignée de bonnes choses parsèment The Speak mais c’est largement insuffisant pour créer un climat de tension.
Les plus sensibles d’entre nous trouveront peut-être de quoi flipper mais cet ersatz de Blair Witch et de Paranormal Activity ne réussit absolument pas à transcender le genre. C’est du déjà vu et revu, un condensé en plan séquence de tous les films de ce genre depuis ces dernières années. À noter qu’on n’a même pas droit à un véritable climax, ce qui pour un film de fantôme censé faire peur est un comble. À oublier.

Retribution de Mukunda Dewil

Avouons le, le cinéma sud africain est relativement inexistant ou tout du moins quasiment inconnu chez nous jusqu’à District 9 réalisé par Neil Blomkamp. Un sud africain avec une équipe sud africaine, ce qui semble avoir donné un coup de projecteur sur les talents qui composent ce pays, et a permis à certains réalisateurs de tenter leur chance.
Retribution fait partie de ces petites merveilles qui n’auraient peut-être jamais vu le jour sans District 9. C’est une petite perle du cinéma sud africain, avec son tournage resserré sur seulement 14 jours, le réalisateur nous livre une œuvre forte et intense sur la vengeance d’un père.
La réalisation est impeccable, sobre et maitrisée, avec un rythme assez lent mais qui n’enlève rien à la tension omniprésente.
Et que dire de Jérémy Crutchley ? qui a lui seul vaut le déplacement. Il incarne ici un être maniaque, intriguant, habité par un désir transcendant de vengeance. Son charisme et son interprétation crèvent l’écran, il incarne parfaitement le psychopathe névrosé, instaure un sentiment de malaise chez le spectateur contrarié par son côté pervers qui en redemande tellement c’est bon. Il apporte un plus indéniable.
Pour contraster un peu mon enthousiasme débordant et non dissimulé envers ce film, on notera quelques faux raccords qui surviennent ça et là, surement dus au manque de moyens mais qui n’entachent en rien la qualité globale. Ouvertement inspiré de Misery et Death Trap, Retribution relancera à coup sûr notre intérêt pour le cinéma sud africain tant ce petit bijou est un vrai moment de bonheur.

Rejection de Vladimir Lert

Premier film du jeune cinéaste ukrainien Vladimir Lert, Rejection est une adaptation du roman G d’Andrei Solomin. Le réalisateur n’y va pas par quatre chemins puisqu’il déclare, « je veux qu’on aime ou qu’on déteste mon film ». Au moins les choses sont clairement annoncées et c’est vrai que ce film ne peut que très difficilement laisser indifférent tant il est déroutant.
On nous promène tout au long de Rejection entre réel et imaginaire dans une sorte de confusion troublante qui rappelle parfois un certain David Lynch. Une love story sur fond post apocalyptique parfois traitée de façon niaise (d’autres diraient « romantique »), parfois sur le ton de l’humour. Et tout à coup, on change d’univers comme un schizophrène change de personnalité. Les amateurs de logique et les cartésiens risquent d’être déroutés et réticents. On peut les comprendre car le film s’éloigne clairement des schémas de narration habituels pour troubler le spectateur. Sur ce point c’est plutôt réussi, et les spectateurs pour qui la logique dans un film est celle qui lui est propre trouveront leur bonheur.
Tout est questionnement dans Rejection. Qui est-on vraiment? Qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Des sujets certes maintes fois abordés, mais qui ici trouvent un traitement atypique doublé d’une audace formelle qui fait que l’on n’a pas l’impression d’un sujet largement éculé.
A coup sûr un film qui en déroutera ou dégoûtera plus d’un.