[BIFFF 2011] One Day, Super, 13 Assassins

de le 15/04/2011
 
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Les chroniques du BIFFF continuent avec des stars aperçues dans d’autres festivals, dont Venise tout de même!

One Day de Chi-Jan Hou

Premier film et premier scénario du jeune réalisateur taïwanais Hou Chi-Jan, qui a raflé quelques prix pour ses courts métrages et auteur du documentaire Taiwan hei dianying, qui traite du cinéma d’exploitation taiwainais des années 70-80.
Pourtant One Day n’a absolument rien à voir avec les films d’exploitation ou films de genre. Tout est propre, tout est gentil, trop même. Hou Chi-Jan a de l’ambition pour ce film, il a voulu faire une love story qui passe du rêve à la réalité mais où les actes trouvent écho dans chacun des mondes, laissant ainsi des sortes de passerelles imaginaires. L’exercice n’est pas aisé et n’est pas David Lynch qui veut. Malgré toute la bonne volonté affichée du réalisateur à faire un film d’amour original, ça ne fonctionne pas. L’ensemble est bien trop brouillon, le réalisateur passe d’un monde à l’autre de façon totalement anarchique et sans grande cohérence, ce qui a pour effet immédiat de laisser sur le côté le spectateur qui ne fait pas l’effort de revenir dans la course tant l’attrait pour One Day est limité.
Il est limité pour plusieurs raisons. Déjà parce qu’une histoire d’amour n’a en soit pas grand intérêt et là où un Wong Kar Wai magnifie ses films par une esthétique hors norme qui scotche le spectateur et qui transcende l’histoire, Hou Chi-Jan lui nous offre un film beaucoup trop sobre et fade au niveau de la réalisation, dépouillé diront certains. Oui, dépouillé de toute beauté.
Et également, quand on veut faire un film au rythme lent, il faut qu’il soit empreint d’une certaine poésie, d’un certain lyrisme qui là permet de transcender l’histoire. Ici ne subsiste que la pudeur habituelle des films de romance asiatiques sans tout ce qui en fait l’intérêt: la poésie, la beauté esthétique, le lyrisme.
One Day est donc une love story platonique et ennuyeuse, beaucoup trop fade, brouillon, à l’ambition trop grande pour le réalisateur. Un ratage complet donc malgré la bonne volonté de faire un film poétique et original, on salue l’effort mais le résultat n’est pas du tout à la hauteur.

Super de James Gunn

15 ans après Troméo et Juliet dont la scène entre Juliet et sa nurse lesbienne reste dans toute les mémoires et surtout 5 ans après le très honorable Horribilis, l’un des chouchous de la Troma Entertainement revient avec Super.
On serait tout de suite tenté de le comparer à Kick Ass, premier film de ce genre sorti, un looser qui devient un super héros, et qui constitue donc un point de repère mais le film de James Gunn est fondamentalement différent. On a toujours notre looser qui devient super héros mais le traitement est radicalement autre.
Pour le personnage principal du film, Rainn Wilson (les amateurs de The Office reconnaîtront), devenir super héros est comme entrer dans une religion d’un nouveau genre où la foi en sa mission lui confère un supplément d’âme et lui donne la force de tataner à grand coup de clé à molette tout ceux qui ne respectent pas la loi.
Le côté moral s’arrête à ça, tout le reste n’est qu’une succession de gags de situation, parfois potaches mais toujours extrêmement drôle, de scènes gores à souhait, de répliques délirantes qui font passer Kick Ass pour un film de gonzesse tellement Super va plus loin dans le crade et l’indécence des plus jouissifs. On retrouve tout l’univers Troma dans ce film, James Gunn n’a rien oublié de ses débuts et quand on a du budget ça donne un film corrosif, drôle et outrancier, qui plaira aux amateurs de la Troma.
Ajoutons à cela une Ellen Page (excellente dans Hard Candy et que l’on retrouve dans Inception) totalement déjantée et un Kevin Bacon excellent et on obtient une comédie de super héros qui va devenir, à coup sûr, une référence en la matière.

13 Assassins de Takashi Miike

Après 20ans de carrière et plus de 80 films, le tout aussi prolifique qu’inégal réalisateur nippon s’attaque au remake du film les Treize tueurs de Eichi Kudo de 1963. Et avec Miike, on est en droit de s’attendre à tout.
L’art du remake est difficile, toute la question est de savoir si le réalisateur va nous offrir une pâle copie remasterisée ou va t-il marquer de sa patte ce 13 Assassins new look. Les doutes sont très vite dissipés, le film commence fort, au bout de quelques minutes nous apparaît de façon brute et dans un style propre à Miike, une femme-tronc dont les membre ont été arrachés ainsi que la langue par le frère du Shogun. Maintenant on en est sûr dans la forme ça sera du Miike et du bon.
Et il n’en démordra pas jusqu’à la fin du film. 13 Assassins est clairement un film de chambara faisant référence aux classiques du genre comme les 7 samouraïs. Car oui, Miike nous surprend par sa narration sans défaut, son sens de l’esthétisme et une photographie absolument magnifique qui transcende l’histoire et permet de développer sans lourdeur excessive des thèmes pourtant largement vus dans le 7ème art comme l’honneur, le courage, l’abnégation et le sacrifice.
C’est avec cette rigueur cinématographique, presque inhabituelle chez ce réalisateur, que Miike nous mène doucement mais surement vers une fin complètement dantesque et éblouissante. La scène finale est un modèle du genre, les combats sont grandioses. Le sens du cadrage, la maîtrise de l’espace, tout y est. On en prend plein les yeux pendant plusieurs dizaines de minutes, des cadavres en pagaille, de l’hémoglobine à souhait mais sans jamais tomber dans le grand guignolesque ou l’outrancier. 13 Assassins est donc un remake sans faute, maîtrisé de bout en bout, offrant au spectateur un film de toute beauté. Du très grand art.